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Mémoire

La personne face à son personnage

Mémoire d’Inès Leraud (Ciné 2006) - Directeurs de mémoire : Yves Angelo et Jean Louis Berdot

mardi 21 juin 2011

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Les films documentaires qui réussissent à élever les personnes filmées au rang de personnages sont très rares, mais quand on en voit, ils laissent le sentiment durable d’avoir intimement rencontré quelqu’un.

C’est ce qui s’est produit quand j’ai regardé les films « Chronique d’une banlieue ordinaire » de Dominique Cabrera, « No quarto da Vanda » de Pedro Costa, et « 17 ans » de Didier Nion. Ces « documentaires de création », bien loin du reportage télévisé, révèlent des personnages dans leur justesse, leur singularité et leur universalité.

Ils sont souvent le fruit d’un long travail de repérages, de préparation, et d’heures de rushes tournées. Que se passe-t-il pendant ces années de travail ? Comment le documentariste construit-il petit à petit son film ? Les genèses de films sont généralement peu racontées, ce sont des espaces secrets, cachés, invisibles pour le spectateur, mais très riches pour mieux connaître les fondements d’un film. Nous les explorerons pour comprendre et analyser comment l’auteur parvient-il à faire d’une personne réelle un personnage de documentaire.

A travers ce mémoire, je m’interroge donc sur le processus de construction d’un personnage dans le documentaire, à travers trois œuvres à priori très différentes dans leur récit (les récits d’anciens habitants d’un immeuble plongés dans leurs souvenirs dans « Chronique d’une banlieue ordinaire », le récit au jour le jour d’un homme qui se reconstruit dans « 17 ans », le non-récit d’une toxicomane dans un film dénué de toute progression narrative : « La chambre de Vanda »), dans leur durée (respectivement de cinquante-six minutes à trois heures), dans leur support (du 35 mm à la mini-dv), dans leur manière d’être pensée.

J’analyse les œuvres, j’interroge les cinéastes sur l’acte créatif : le casting, le contrat entre le réalisateur et la personne qu’il va filmer, les choix esthétiques, le tournage et le montage. Je m’interroge aussi sur le statut des personnes filmées, l’expérience qu’elles vivent. J’en extrais finalement des ressemblances, des axes de convergence : La création du personnage en documentaire consisterait d’abord en un acte de fouille, puis en un acte créatif. Le cinéaste prépare longuement son film, fouillant en lui et en la personne qu’il va filmer afin de trouver ce qu’il veut exprimer, puis au tournage, il inscrit au tournage son personnage dans un univers esthétique singulier et puissant.

André Bazin pense que les réalisateurs de fiction sont des alchimistes, et les documentaristes des chercheurs d’or. Il semblerait à travers ce mémoire que construire un personnage en documentaire relève des deux actes.