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Mémoire

Pour une lumière qui coule de source

Mémoire de David Chambille - Directeurs de mémoire : Jean-Fis. Gondre et Jean-Noël Ferragut

jeudi 26 mai 2011

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C’est en partant d’une affection naturelle pour les sources de lumière courantes (éclairage public, éclairage domestique, signalisation, feu…) que j’ai décidé de m’intéresser à leur utilisation photographique.

Tous ces éclairages quotidiens possèdent leurs propres caractéristiques très marquées, et je me suis demandé quel pouvait être l’intérêt de les utiliser de façon privilégiée dans la construction lumineuse des films. J’ai alors traversé l’histoire du cinéma – d’une façon personnelle et sélective – pour retrouver dans les films qui m’avaient plu cette utilisation particulière de la lumière.

En partant du cinéma muet qui présente déjà quelques exemples remarquables, en suivant l’évolution des techniques et des mentalités à travers le classicisme hollywoodien ou la Nouvelle Vague, jusqu’à une période plus contemporaine, on peut comprendre progressivement l’importance que représente ce travail sur les sources de lumière du décor.

Dans les plus beaux exemples, l’éclairage s’appuie ainsi sur des origines concrètes de lumière et mélange l’univers du projet avec les moyens de sa représentation : éclairer une scène avec ce qu’elle propose elle-même de lumière. J’ai pu alors définir, à partir de ces exemples, l’intérêt esthétique que représentait pour moi une conception de la lumière basée sur les sources présentes dans le décor : des liens très forts se tissent avec la mise en scène, l’interaction avec les personnages devient possible, des allumages et des extinctions viennent enrichir l’action, les couleurs très particulières de certains éclairages urbains viennent appuyer une ambiance, les plages de lumière autant que les zones d’ombre sont légitimées par les sources dans le champ…

Une lumière qui naît directement de l’univers du film, de son décor et de ses accessoires, est une lumière sans a priori qui évite les conventions esthétiques arbitraires et qui devient plausible et indiscutable. Si elles permettent d’enrichir l’ambiance d’un film et d’accompagner son propos, les sources de lumières courantes n’en sont pas moins difficiles à utiliser et à interpréter photographiquement.

Une étude technique des différentes émissions de lumière m’a permis de mieux appréhender les caractéristiques spécifiques de ces sources de lumières courantes ; que l’on parvient alors à détourner de leur utilisation quotidienne. L’histoire du cinéma regorge d’astuces et de manipulations ingénieuses inventées pour recréer l’effet tant recherché de ces lumières qui entrent dans le champ.

Ma partie pratique s’attache ainsi à n’utiliser pour éclairage que les lumières de la ville dans leur réalité brute, à contourner leur "défauts" de restitution photographique pour mieux en saisir les particularités esthétiques. En m’éloignant un temps des éclairages de cinéma plus normaux ou conventionnels (studio et construction de lumière par projecteurs), j’ai l’impression de m’être approché de nouveaux outils indispensables aujourd’hui.

Des outils à n’utiliser qu’avec goûts et parcimonie, mais qui seront autant de points de départ à mon travail de lumière.