Accueil du site > Technique > Mémoires > Mémoires 2005 > Cinéma 2005 > Filmer le déplacement

Mémoire

Filmer le déplacement

Mémoire de Leïla Bergougnoux - Directeurs de mémoire : Michel Coteret et Diane Arnaud

dimanche 22 mai 2011

Partager l'article avec  

Ce mémoire s’attache à étudier les différents visages du déplacement à l’écran. En effet, le déplacement traverse le cinéma de part en part, et plus particulièrement encore le cinéma américain, son expression la plus poussée étant bien sûr le road-movie.

En effet, même si le genre road-movie, puisqu’il s’agit bien de lui, n’est pas le sujet central de ce mémoire, il est intéressant de voir comment il arrive à la toute fin d’un processus de digestion par le cinéma des différents mythes fondateurs de la nation américaine, et notamment du mythe de la frontière. Le road-movie apparaît ainsi, dans un contexte politique et culturel particulier, celui de la toute fin des années 1960 aux États-Unis. Il ne se présente pas alors comme un genre mais plutôt comme un symptôme de la crise de la représentation que connaît le cinéma à ce moment là.

Il est intéressant de noter comment le road-movie peut produire une si grande variété de manières de filmer l’action minimale de se déplacer. Ce mouvement si ténu, cette ligne droite, prend toute sa force à l’écran de par la place particulière qu’elle donne au spectateur : celle, organisée par la caméra, du point de vue par rapport auquel tout déplacement existe. Et ce point de vue s’incarne de mille manières à l’écran.

Il peut être du voyage, ou bien, vite oublié sur le bas côté. Il peut s’attacher à un paysage qui devient plus qu’un simple décor et prend également en charge les états d’âme du personnage, la rythmique quasi musicale propre au voyage. Ou encore, le paysage peut aller jusqu’à disparaître totalement et laisser place à un déplacement imaginé naissant de l’immobilité apparente des personnages.

Nous étudions plus particulièrement le cas du film Gerry (Gus Van Sant, 2001) parce qu’il pousse à son paroxysme l’épuisement du récit. On ne sait même plus pourquoi les personnages se déplacent. Perdus dans le désert, ils deviennent de simples pantins soumis à un paysage intelligent et un film qui les manipule.

Et celui-ci, tout en s’inscrivant dans l’univers référencé du road-movie, en détruit un à un les codes. Il fait le ménage par le vide : plus de route, plus de voiture, plus d’Amérique. Le déplacement devient tout ce qui compte, tout ce qui reste.