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Mémoire

Silhouettes et Emergences au cinéma

Mémoire de Camille Bertin - Directeur de mémoire : Claude Bailblé

vendredi 10 juin 2011

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Les silhouettes et les émergences de formes sont indéniablement liées. Dans les deux cas, les corps perdent leur apparence naturelle et s’affirment en tant qu’images. Celles-ci se caractérisent en effet par un manque visuel perceptible : les silhouettes sont dépourvues de remplissage (informations intrafigurales), tandis que les formes émergentes n’ont pas de contour global (informations extrafigurales).

Ce sont des formes confuses, générant un doute, qui réclament au spectateur un travail de complémentation imaginaire et présentent de ce fait un potentiel dramaturgique remarquable. Réunir ces deux sujets en un seul s’est donc imposé à moi dès lors que j’y ai trouvé des similitudes. Il m’arrive d’ailleurs parfois de parler de l’un en évoquant l’autre. Très rapidement, je suis arrivé à la conclusion que les silhouettes ne sont rien moins que des émergences de formes, et inversement. Le but de ce mémoire n’est donc pas de confronter ces deux entités qui semblent désigner la même chose, mais plutôt de les interroger ensemble.

Il s’agira dans un premier temps de les interroger d’un point de vue formel : quelles apparences peut-on donner aux corps filmés et par quels paramètres techniques ? Comment de telles images tronquées sont-elles perçues par le spectateur ? Puis, dans un deuxième temps, il faut les interroger d’un point de vue dramaturgique : quels sont les effets potentiels de la dissimulation partielle d’un corps au sein d’un récit cinématographique ?

Dans quelle mesure le choix du paramètre technique permettant de masquer un corps est-il important ? Et surtout, la question centrale de ma recherche, à savoir qu’est-ce qui caractérise véritablement les silhouettes et les émergences de formes : le manque visuel ou l’émergence ? Le non-visible ou le visible ? La dissimulation ou la suggestion ? Je m’efforcerai alors de montrer que l’absence, l’imprécision et le doute attirent l’attention du spectateur, intensifient son activité imaginative, et interviennent de façon considérable dans la construction des schèmes narratifs.

Il apparaîtra ainsi que, loin de se limiter à des représentations approximatives et imparfaites, les silhouettes et les émergences présentent au contraire un intérêt tout particulier qui naît précisément de ce que permettent de découvrir la dissimulation ou l’estompage.