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Mémoire

Paroles de documentaires

Mémoire de Claire Amilhat - Directeur de mémoire : Jean Louis Berdot

dimanche 6 novembre 2011

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Comment déverrouiller la mémoire, comment faire ressurgir les souvenirs ? La reconstitution est implicite à tout documentaire relatif au passé.

Quatre films seront à l’appui de ma réflexion, me permettant d’étudier quelques-unes des figures de la reconstitution : Casque bleu de Chris Marker, Paroles d’otages de Jean-Claude Raspiengeas et Patrick Volson, Shoah de Claude Lanzmann, et S21 La machine de mort Khmère rouge de Rithy Panh.

Quels dispositifs, liés à une action passée qui a déjà eu lieu, les réalisateurs mettent-ils en place ? Quelles réactualisations proposent-ils aux vivants pour réveiller leur mémoire, pour les extraire de leur vie présente afin qu’ils se meuvent dans le temps ? Ces quatre films permettent d’entrevoir une "gradation" dans la reconstitution, allant du degré zéro dans le film de Chris Marker à la situation la plus complexe dans celui de Rithy Panh : un personnage face caméra qui livre une parole brute dans Casque bleu ; une reconstruction des lieux qui crée un déclenchement émotif et réactive la mémoire des circonstances pour un témoignage descriptif dans Paroles d’otages ; une "nouvelle forme" de la reconstitution qui réussit à rendre la parole à l’indicible et à évoquer l’irreprésentable sans le montrer dans Shoah ; une mise en situation extrême qui fait ressortir la mémoire des corps et des gestes pour les délivrer du mal qui les ronge et engager un processus de deuil dans S21.

Ce corpus de films permettra d’appréhender comment la reconstitution de faits véridiques concourt à la réminiscence de l’événement qui a bouleversé l’existence d’un être, et dans quelle mesure cette remise en mémoire affecte le réel de l’événement. A l’opposé, Denis Gheerbrant travaille une parole au présent, sans dispositif dans le profilmique - ou avec un dispositif minimal puisqu’il incarne lui-même le dispositif !

De la relation très intime nouée avec Cédric dans La Vie est immense et pleine de dangers, à un mélange de rencontres préparées et hasardeuses dans Et la vie, et enfin à des rencontres totalement aléatoires dans Le Voyage à la mer, Denis Gheerbrant va bien au-delà d’une observation participante : par son implication, par la relation et les échanges qu’il noue avec ses personnages, il dévoile le présent, il laisse à leurs paroles l’occasion de se découvrir à elles-mêmes, de se construire. Entre ces deux extrémités du spectre, incarnées par Rithy Panh d’un côté et par Denis Gheerbrant de l’autre, toutes les combinaisons sont possibles…

Mais que la parole soit au présent ou au passé, la finalité recherchée est la même pour tous : comment faire naître une parole de l’ordre de la révélation ?