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Mémoire

Le Mouvement "invraisemblé" : la représentation du mouvement depuis Marey et Muybridge

Mémoire de Sandrine Guillet - Directeurs de mémoire : Rose-Marie Godier et Gilles Tiberghien

lundi 16 mai 2011

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La photographie a tout de suite été un moyen de rendre compte des objets. Derrière cette fonction de représentation, on a cru longtemps saisir les fluctuations propres du monde, confondant ainsi l’essence du réel sous ses apparences.

Il sera ici question de rendre compte de cette méprise et des conséquences qu’elles impliquent. La photographie du mouvement, inaugurée par Etienne-Jules Marey et Eadweard Muybridge (la première décomposition de mouvement réalisée par Muybridge date de 1878) se révèlera, dès l’apparition de la photographie le spectacle de cette méprise.

Peut-on recomposer le mouvement à l’aide de coupes immobiles ? La photographie est un espace clos qui arrête les faits, fige des instants, et pourtant ils affirment la photographie comme une expression de mouvement. Des travaux de Marey et de Muybridge autour du galop du cheval, nous tenterons de caractériser plus particulièrement la démarche de Muybridge.

On assimile trop facilement ses montages séquentiels aux recherches proprement scientifiques sur la locomotion de Marey. Ils poursuivaient pourtant des buts très différents, l’un était photographe et l’autre physiologiste. Pour tous les deux, la photographie est apparue comme un moyen objectif de figurer le réel et d’en décomposer ses mouvements. Ils ont cependant tous les deux formulé une image mouvement singulière, une méthode, une esthétique.

Muybridge, le photographe, multiplie les points de vue et donc les espaces, alors que Marey opte pour un seul point de vue et une succession de prises de vue en rafale. Les avant-gardes du début du vingtième siècle s’intéressent à la représentation du mouvement (futurisme) et à la multiplication des points de vue sur une même toile (cubisme), on trouve là encore l’empreinte des études de Marey et de Muybridge. Le geste de l’artiste devient une expression pure de mouvement.

Peu de temps après, en 1896, le philosophe Henri Bergson, professeur au Collège de France en même temps que Marey, dénonce l’erreur lorsque la pensée appréhende le temps comme l’espace. Il faut revenir à une connaissance intuitive du monde, aux faits et au ressentiment. Comprendre le monde, c’est comprendre sa forme d’un point de vue où coexistent toutes les possibilités de percevoir.