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Mémoire

Le décadrage : une forme de composition particulière du cadre cinématographique

Mémoire de Mathilde Germi - Directeurs de mémoire : Francine Lévy & Marc Salomon

samedi 28 mai 2011

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Aujourd’hui notre société est une société de la communication. La télévision, les journaux, les affiches publicitaires et depuis peu la formidable expansion d’Internet concourent à faire de l’image un "produit" largement distribué. Ces images "à la chaîne" sont généralement centrées et lisibles car elles doivent aller à l’essentiel : elles doivent montrer.

Mais cette invasion qui blase le regard constitue un danger pour le cinéma, dans le sens où elle fait nécessairement perdre à l’image cinématographique un peu de sa force. Nous allons nous attacher à explorer une forme particulière de composition de l’image cinématographique qui nous semble pouvoir servir l’art du cinéma par la force qu’elle détient encore : le décadrage.

Nous entendons par décadrage un style particulier de composition qui consiste à vider le centre de l’image plutôt qu’à le remplir, dans le but d’évoquer plutôt que de montrer. Le cinéma est un art dont l’expression passe en partie par l’image, et la composition du cadre cinématographique contribue à son discours. Nous chercherons alors à savoir quels sentiments particuliers impliquera ce genre de composition.

Le "décadrage" nous intéresse particulièrement pour plusieurs raisons. Tout d’abord car il implique une recherche de formes d’un genre nouveau, ou tout du moins inhabituel au cinéma, qui joue sur la relation visuelle entre le sujet et les bords du cadre. Cela pourra donner lieu à des expérimentations plastiques et perceptives qui interrogerons notre culture visuelle des "images centrées". Cette recherche de formes plastiques peu courantes, au service d’une émotion particulière, pourra "rafraîchir" le regard spectatorielle.

Par ailleurs, le "décadrage" nous intéresse car il va engendrer une réaction spectatorielle originale, ressentie, mais pas forcément formulée, qui proviendra du malaise que provoque "l’inharmonie visuelle relative" d’une telle forme. Cette réaction pourra apporter une connotation supplémentaire à l’image. Enfin, le décadrage nous semble être un moyen d’affirmer le discours cinématographique en affirmant le cadre comme un choix esthétique et idéologique de l’auteur. Nous étudierons l’esthétique de films qui utilisent cette forme de composition, en particulier ou sur l’ensemble de leur récit, et nous tenterons de dégager les principes d’une telle esthétique.

Notre partie pratique aura pour objectif de montrer comment le décadrage peut servir une histoire, et nous rechercherons des formes décadrées qui devrons se construire au service d’une émotion prédéfinie. Nous allons donc étudier le décadrage, en tant que forme compositionnelle inhabituelle qui va servir une émotion particulière et connoter l’image. Il nous semble nécessaire, dans un premier temps, d’évoquer le cadre en des considérations historiques, avant de parler spécifiquement du cadre de cinéma.

Nous pourrons ensuite aborder la question de la composition d’un plan cinématographique, qui est subordonnée au rapports des différents centres visuels et perceptif de l’image. Alors, nous définirons le "décadrage" comme un rapport particulier de ces centres, et nous nous attacherons à des exemples de son emploi dans l’histoire du cinéma.