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Mémoire

Une approche des pratiques Pauvres de la photographie : de l’intime à une réalité objective

Mémoire de Antoine Lévi - Directeurs de mémoire : Jean-Paul Gandolfo et Yannick Vigouroux

mercredi 4 mai 2011

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Au cours des dernières décennies, les avancées techniques dans le domaine de la photographie ont été considérables et ce, dans un but de perfectionnement des appareils, de fiabilité des prises de vue et de diversification des offres matérielles. Les supports n’ont cessé d’accroître leurs qualités y compris désormais dans le rôle qui leur est assigné : le stockage.

Emergeant à la fin à la fin des années 1970, un mouvement artistique prend position à contre-courant d’une course globale à l’innovation. Baptisé Foto Povera, en référence au courant Arte povera, il présente des spécificités qui soulignent son unicité dans le paysage photographique contemporain. Attachés à l’utilisation de procédés de prise de vue plutôt primitifs, les artistes du mouvement des Pratiques Pauvres de la photographie développent leur propre esthétique.

Présent aux différents stades de la prise de vue comme à sa post production, la pratique pauvre interroge sur le sens de nos images et ne saurait se complaire dans la qualification trop rapide d’ « oeil neuf ». Il s’agit de penser les images autrement, d’agir sur leur conception ou leur conditionnement. Les auteurs qui animent cette réflexion interrogent le concept d’image photographique et le rapport qu’entretient le spectateur avec celle-ci. Des éléments communs rassemblent des procédés très diversifiés comme l’attachement aux imperfections du système de prise de vue ou les démarches à l’encontre d’une déshumanisation du médium. Sujet à controverses, la Foto Povera a jalonné, sous de multiples formes, le paysage photographique international et s’inscrit désormais comme une contestation des dogmes de la photo cadrée.

Illustré par des artistes tels que Bernard Plossu, Jeff Guess ou Corinne Mercadier, le mouvement des Pratiques Pauvres est considéré comme un terrain d’expérimentations techniques et comme une manière affranchie d’obtenir des images hors du commun. Conscient que la Foto Povera est proche de l’individu et de son quotidien il est apparu comme un médium particulier pour aborder le rapport à l’intime. En effet, les Pratiques Pauvres de la photographie semblent, par un rapport pictural particulier et une spécificité de procédés, séduire ceux qui ont besoin de représenter et de partager leur intimité. De nombreux exemples jalonnent l’histoire de la photographie contemporaine. Ainsi, André Kertész, à 87 ans, pratiqua la nature morte au Polaroid SX-70 chez lui avec des figurines en verre sur le simple rebord de sa fenêtre. Evocation de sa femme récemment décédée, cette série très personnelle représente les enjeux d’une recherche introspective. L’appareil photographique devient, dans ce cas, le prolongement de l’esprit par la constitution physique d’images mentales.

Les images produites doivent toutefois éviter un l’écueil de se complaire des effets séduisants produits par les procédés pauvres. Il s’agirait dans ce cas d’une interprétation du réel proche du réalisme subjectif. Les Pratiques Pauvres de la photographie sont au carrefour de ces deux notions impliquant une distinction complexe et peu arbitraire. Ce choix agira sur l’intérêt porté à ce mouvement dans le futur, il en va de sa pérennité. Au delà de l’instantanéité, de nombreuses démarches construites s’appuient sur des enjeux techniques alternatifs et prennent place dans des problématiques contemporaines.