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Mémoire

Les procédés de compositing

Mémoire de : Jean-Baptiste Gaillot - Directeurs de mémoire : B. Turquety - A. Brevard

mardi 26 avril 2011

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Le compositing est un trucage d’image que le cinéma a utilisé dès les premiers tours de manivelle. Se basant sur les procédés de trucages photographiques tels la multi-exposition et le cache/contre-cache, les pionniers du cinématographe, à l’instar de Georges Méliès, développèrent de nombreuses astuces afin de rendre les trucages les plus invisibles possible.

Alors que ces premiers trucages dénotaient un caractère fantasmagorique, un autre courant cinématographique poussa le trucage par compositing vers un plus grand réalisme. Un des films fondateurs de ce principe fut The Great Train Robbery de Edwin S. Porter (L’attaque du train, Etats-Unis, 1903). Par la suite, de nombreuses autres productions s’ingénièrent à recréer une impression de réalité. De nombreux procédés seront ainsi mis au point, que ce soit en réutilisant le principe théâtral de décors peints ou construits en miniature (glace peinte, matte painting, maquette suspendue, procédé Schüfftan…), en projetant sur le plateau le décor de fond (transparence, projection frontale), ou bien en réunissant les deux morceaux d’image en post-production (travelling matte et incrustation numérique).

Tout au long du développement de ces différentes techniques de compositing deux points primordiaux tenteront d’être améliorés : l’obtention d’un cache parfait et le bon raccord des deux images en terme de qualité, de contraste, et de lumière. La recherche de la perfection (la “couture invisible” définie par André Bazin) se ressent ainsi au fil des évolutions successives des procédés de compositing, jusqu’à l’arrivée du numérique dont certains affirment qu’il est l’aboutissement de cette quête. Néanmoins ce postulat est loin d’être vérifié. Non seulement la technique du numérique est basée sur le même principe connu depuis bien longtemps, mais surtout, l’incrustation d’une nouvelle source d’image (l’image de synthèse) contribue à détruire le réalisme global du trucage.

Mais la quête de la perfection hyperréaliste n’est-elle pas une impasse ? Alors que le numérique semble avoir envahi le cinéma contemporain en imposant son esthétique intrinsèque, il devient nécessaire de nous questionner sur le statut de l’image et sur sa facture, et de redéfinir les enjeux esthétiques du trucage par compositing. Le travail de Gus Van Sant dans son remake de Psycho en 1998 permet ainsi de revenir sur l’utilisation psychologique que faisait Alfred Hitchcock de la rear projection dans ses films. Par ailleurs 4 la différence de montage entre l’introduction du film d’Hitchcock et le début du film de Gus Van Sant permet d’ouvrir sur la question du montage dans l’image, mais aussi de poser le problème suivant : le compositing est-il une forme de montage à part entière ?

Puis, en effectuant un retour en arrière sur l’histoire de l’art, par l’entremise de l’invention de la perspective et du mouvement cubiste, nous pourrons poser les bases d’une analyse de la démultiplication du point de vue grâce aux procédés de compositing. Se matérialisant par une succession de points de vue dans une séquence de War of the Worlds (La Guerre des Mondes, Steven Spielberg, USA, 2005), ou bien par une simultanéité comme dans Chronik der Anna Magdalena Bach (Chronique d’Anna Magdalena Bach, Danièle Huillet et Jean-Marie Straub, 1968), la question du point de vue est aussi une des bases de la mise en scène d’Orson Welles dans Citizen Kane (1941). Usant de nombreux trucages de post-production, ce film a cependant été critiqué par André Bazin comme un exemple de réalisme cinématographique. Le trucage par compositing pourrait-il apporter un gain de réalisme ?