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Louis Fontaine témoigne

Photo 1947

samedi 8 novembre 2008

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Veuillez excuser cette intrusion sur votre boite mail, mais étant un très ancien élève de l’E.N.S.L.L., alias l’E.T.P.C. ou l’E.N.P.C. et bien qu’ayant toujours reçu le bulletin sans jamais avoir payé de cotisation, alors que j’aborde mes 81 ans, peut-être, dois-je à l’Association, sinon un remerciement, plutôt un semblant d’explication ou tout au moins un bref C.V. pour expliquer sinon excuser une attitude aussi cavalière.

Quand au lendemain de la guerre je suis entré rue de Vaugirard, l’E.T.P.C de ce temps-là, j’avais été contraint d’abandonner mes études pour des raisons familiales avec deux années de grâce. J’aurais souhaité faire l’Ecole de Journalisme et, à défaut, je pensais que la photo me permettrait d’approcher ce prestigieux métier.
Hélas, l’enseignement donné à cette époque, rue de Vaugirard, correspondait, à peu de choses près, aux bases héroïques de la photo triomphante des années 1900 et s’adressait surtout à des fils ou filles de commerçants photographes dont je n’étais pas.

Alors que la guerre avait permis des avancées techniques considérables, notamment en couleurs, tant en Allemagne qu’aux U.S.A., l’équipe dirigeante de l’école, relativement âgée et faute certainement de moyens dus aux pénuries, se contentait d’enseigner le portrait à la lumière du jour, les pratiques du virage sépia et bien d’autres techniques, certes, très artistiques, mais déjà complètement dépassées. Le seul traitement couleurs pratiqué fut celui du « Lumicolor », à la fécule de pomme de terre, dont je conserve encore la diapo du Pont-Neuf !

Ma promotion, si j’ose dire, fut celle de 1945/1947. Elle connut le départ de Paul Montel et la direction de Robert Mauge. Elle s’illustra malencontreusement en seconde année par une grève des élèves pour des raisons oubliées. Je pense me rappeler encore de la plupart de nos professeurs, le plus important étant le célèbre A.H. Cuisinier, puis Lecaille, Rehm, Petit et Pierre Montel. Beaucoup des noms de mes condisciples, surtout en section photo, sont encore présents à ma mémoire et en ciné après Jean Sigfried, c’est surtout celui de Pierre Tchernia qui surnage, tant sa participation à la revue de fin d’année 1947 nous avait émerveillé par ses imitations, notamment celle du fameux A. H.Cuisinier.

Inutile de vous dire que ces études photographiques furent pour moi assez peu profitables et si j’obtins un C.A.P. ce fut pour trouver péniblement un poste de laveur de cuvettes dans une petite maison de cartes postales.

Cette époque nécessitait de faire son « service militaire ». Je fus, dès mai 1948, envoyé au Maroc dans un régiment de Tirailleurs et, malgré beaucoup d’efforts pour être muté au Service Ciné-Photo de l’Armée, je n’obtins ce changement qu’après mon retour dans le civil !

A la recherche d’un débouché professionnel, j’entrepris alors de me porter volontaire pour entrer au bureau directeur de l’Association des anciens élèves, dirigé par Marcel Ascoli avec qui je collaborais, notamment pour éditer le nouveau sigle de l’Association que vous conservez toujours. J’y connus Armand Duminy dont le magasin jouxtait l’Ecole, Claude Despoisse, André Lavenant et Melle Breton… , beaucoup d’autres.
Combien de temps fus-je fidèle aux réunions du bureau ? Les très anciens numéros du Bulletin de liaison (N° 91, 92…), alors mensuels pourraient le dire. Je cherchais surtout une façon de peser sur mon avenir et je le trouvais grâce au Cercle de la Librairie, boulevard St. Germain à Paris, où je suivis des cours de perfectionnement sur l’Offset. Cette nouvelle technique d’imprimerie à bases photographiques gagnait tous les ateliers d’imprimerie et notamment la presse. Elle était « in ».

Pour faire court je vous dirais que cet aiguillage me permit de faire carrière dans l’imprimerie et l’édition, tout en conservant des relations amicales avec des anciens de Vaugirard comme Jos le Doaré, Jacques Lodenet ou François Blin. Alors qu’à une certaine époque des années 1960, je dirigeais une imprimerie d’éditions, je repris contact avec Pierre Montel et lui proposais d’imprimer la revue Photo-Cinéma. Cette publication fut très correctement imprimée pendant deux ans avec mon concours. J’ai ensuite trouvé l’occasion d’animer provisoirement le réseau commercial d’un important laboratoire couleurs publicitaire et suis finalement entré au bureau parisien du groupe Bertelsmann où cette fois j’ai eu la direction du service commercial et les relations clientèle des éditeurs et agences de pub. Après douze ans de ce métier j’ai fondé ma propre maison d’édition que j’ai dirigée pendant dix ans avant de la vendre à un successeur fixé en Bretagne où elle perdure encore.

Ayant écrit et publié une vingtaine d’ouvrages (régionaux, pour la jeunesse, pour les idées), inutile de vous dire que je suis très ignorant des nouvelles techniques, le numérique et les autres… tant du reste en photo-ciné qu’en imprimerie. Depuis vingt ans la terre tourne trop vite pour moi !

Je suppose que ce raccourci de carrière professionnelle qui s’est largement coupé de la photo et du cinéma est inintéressant, comme mauvais exemple à ne pas suivre à L.L. !
Je vous l’adresse cependant à titre d’explication et de remerciement pour vos envois gracieux et au cas où quelques souvenirs conservés (photos, bulletins) pourraient servir à conforter la mémoire collective ou bien celle de quelque survivant ?

P.-S.

Avec mes compliments pour votre action ininterrompue et celle de vos amis,
amicalement à vous.
Louis FONTAINE. N° 924 de l’E.T.P.C.