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Le cinéma numérique

dossier technique

lundi 1er octobre 2007

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Qu’en est-il, en cet automne 2007, des avancées de la projection numérique ?

Article tiré de la lettre d’information de l’AEVLL parue en octobre 2007

Alain Besse

  • Pour faire un très rapide historique, on se rappellera qu’il y a moins de 10 ans qu’une technologie enfin crédible qualitativement pour la projection électronique des films faisait son apparition dans nos domaines, après avoir fait ses premières armes dans l’événementiel : le DMD © (Digital Mirror Device), outil « mécanique » de la projection, géré par le DLP (TI) (Digital Light Processing).
  • Partant de ce constat de crédibilité technologique d’un outil encore imparfait au tournant du millénaire, les acteurs de cette évolution ont rapidement défini les principes qualitatifs (dans cet article, je me limiterai aux aspects techniques et qualitatifs) généraux de la mutation : oui pour une nouvelle technologie, à la condition expresse qu’elle permette de faire au moins aussi bien que la technologie existante du 35 mm. Laquelle technologie, depuis 1895, et aujourd’hui dans environ 160,000 salles à travers le monde, permet la diffusion universelle de l’ensemble des oeuvres cinématographiques (et même d’autres !!).
  • Partant de ce postulat, les organismes techniques se sont mis à l’oeuvre pour indiquer les paliers à atteindre, les besoins à assurer, les axes de recherche à développer. La CST a été la première à fournir des recommandations techniques, diffusées lors du Festival de Cannes 2001. On y trouva notamment les premières distinctions entre le D-Cinéma, objectif à atteindre pour répondre au postulat de l’équivalence au 35 mm, et le E-Cinéma, qui englobe l’ensemble des technologies vidéo, dont les niveaux de qualité ne permettent pas d’égaler le 35 mm (y compris pour la HD !!!).
A la demande du CNC, la CST a assuré la présidence du groupe de normalisation Afnor qui a abouti à la publication, en juin 2006, de la norme Afnor NFS 27100 « Salles de cinéma de type cinéma numérique », qui définit les critères qualitatifs des équipements de projection des salles de cinéma qui souhaitent répondre au postulat de l’équivalence 35 mm.
  • Le DCI (Digital Cinéma Initiative), regroupement des 7 principales majors de production et de distribution, a rédigé un cahier des charges extrêmement complet sur la chaîne de fabrication, de sécurisation et de projection (Septembre 2006). La SMPTE a repris certains thèmes et travaille avec l’Ansi et l’Iso pour porter ces textes au niveau de la normalisation internationale. Il est à noter que sur ces sujets-là, la SMPTE et la CST viennent d’annoncer un partenariat technologique qui permettra d’accélérer et d’améliorer le processus.
  • A l’automne 2007, nous disposons donc de nombreux textes normatifs ou de recommandations, qui permettent d’encadrer et d’aider les exploitants et les distributeurs dans les choix technologiques d’équipement des salles et de distribution des films. Le résultat en est que la technologie 2K (résolution, espace colorimétrique, profondeur d’analyse) permet le respect du postulat sur l’équivalence au 35 mm.
  • Qu’en est-il concrètement ? En cabine de projection, les projecteurs devront répondre aux critères minimaux du niveau « 2K ». Cela signifie que la résolution potentielle des éléments de projections sera de 2048 pixels par lignes en horizontal, et de 1080 lignes en vertical. Mais le plus important n’est pas là. Il porte sur l’espace colorimétrique utilisé, sur la valeur de contraste et sur la profondeur d’analyse par pixel. L’espace colorimétrique retenu est le XYZ, qui couvre plus que l’espace colorimétrique perçu par l’oeil, plus que l’espace colorimétrique 35 mm, et bien plus que celui de la HD (RVB). La profondeur d’analyse est en 4 :4 :4 sur 12 bits minimum. La technologie Texas Intsruments DMD et DLP permet d’assurer ce résultat. Il existe également une technologie concurrente, le SXRD, commercialisée par Sony. Sony la développe autour d’une résolution 4K, mais avec le même espace colorimétrique. Il existe aujourd’hui 6 marques de projecteurs (5 sous technologie Texas, une sous technologie SXRD).
  • Au niveau des sources alimentant ces projecteurs, les solutions retenues sont les serveurs. Les fichiers seront impérativement, et en attendant mieux, des fichiers compressés au format JPEG 2000, en 24 im/s. Il existe aujourd’hui 7 marques de serveurs répondant à ces critères. Les serveurs doivent bien sûr permettre la diffusion de sous-titres, et depuis les derniers développements la projection d’images 3D.
  • Pour alimenter ces installations, les fichiers films peuvent être amenés jusqu’aux salles selon différents moyens. Le plus opérationnel aujourd’hui reste le transport physique de disques durs externes ou extractibles. Un fichier film moyen représente une charge d’environ 300 Go. Mais d’autres solutions se développeront autour des technologies modernes de communication  : la liaison ADSL en 100 Mb/s, la liaison satellite, la fibre optique.
Mais tout cela ne verra vraiment le jour que lorsque le besoin sera réel d’effectuer le passage, c’est-à-dire lorsque la solution innovante proposée présentera des plus sur l’ensemble des besoins de la distribution et de l’exploitation. Aujourd’hui, environ 5.000 salles sont équipées dans le monde, dont 3.500 aux USA, et quasi toutes en cohabitation avec des projecteurs 35 mm. La transition sera longue. On se rappellera que les technologies de son numérique, apparues au début des années 1990 en exploitation cinématographique, avec un plus qualitatif rapidement perceptible, ne couvrent aujourd’hui qu’environ 70 % des salles en France, qui est sur ce point un des pays les mieux équipés !!!
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Cabine du Grand auditorium Lumière - Palais des Festivals de Cannes : projecteur numérique 2k et projecteurs film 35/70mm

P.-S.

Alain Besse (Son 1979)
Responsable secteur Diffusion CST

Bibliographies
DCI : Spécifications techniques
« Salles de cinéma, salles de projection » Alain Besse – 2007 – éditions Dunod
Afnor : norme NFS 27100 « Salles de cinéma de type cinéma numérique »