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Patrick REDSLOB, (Cinéma 1967) - Mes débuts d’opérateur de prise de vues à la 2ème Chaine

vendredi 23 octobre 2015

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Patrick REDSLOB, promotion Cinéma 1967, vient de nous adresser ces quelques lignes à propos de ses débuts d’opérateur de prise de vues à la 2ème Chaîne. Ces souvenirs permettront aux générations actuelles de constater combien les métiers de la prise de vues ont évolué en une petite cinquantaine d’années !

En souvenir du professeur de prise de vues, Monsieur Jean-Marie GUINOT *, l’homme qui, par ses connaissances techniques et sa pédagogie, m’a permis de me réconcilier avec l’École !

Formé initialement pour devenir un OPV dans le cinéma, je suis entré à la télévision (2ème chaîne) en 1971, suite à un C.V. que j’avais envoyé. J’ai, un jour, reçu une convocation.

Je ne savais pas alors dans quelle "unité" j’allais me retrouver !... Le service prise de vues des "actualités", un pool de plus de trente OPV, dont certains déjà anciens ! C’était à l’ORTF, rue Cognacq-Jay, non loin de la Seine et du pont de l’Alma, là où l’avenue Bosquet et l’avenue Rapp convergent. Qu’allais-je donc y faire ?... Des prises de vues, ça, je le savais… mais pour filmer qui, quoi, mystère ?

Très rapidement je me suis confronté à la réalité du quotidien. Au magasin du matériel, au sous-sol de la rue Cognacq-Jay, je réceptionnais ma caméra film, une Coutant Eclair 16, une caméra, comme son nom l’indique, qui travaillait en 16 mm, une caméra fort lourde quand elle était sur l’épaule, une heure… quelquefois plus !

Il s’agissait, si ma mémoire ne me fait pas défaut, d’une pellicule "inversible". Bien sûr, avec la caméra, l’inséparable "charging-bag" une pièce de tissu noire, totalement étanche à la lumière. C’est ce charging-bag qui permettait de placer la pellicule dans un "magasin" de 120 mètres vide. Je possédais deux magasins, un sur la caméra, l’autre en réserve, prêt à servir. Il y avait deux sortes de manchons dans lesquels on enfilait les bras. Ce charging-bag ressemblait étrangement à un short de sport mal taillé. On travaillait à l’aveuglette, au toucher ! On entrait le magasin et une boîte de 120 m de pellicule et on tirait sur la fermeture Eclair.

Comme objectifs, nous avions en permanence un grand angle et un zoom, deux objectifs toujours montés sur la tourelle. Pour étalonner la lumière, nous avions une cellule photo, et dans des cas plus "pointus", nous pouvions demander au magasin un luxmètre qu’il fallait rendre à la fin du tournage. La pellicule était alors peu sensible. Ce qui signifiait qu’il fallait éclairer suffisamment les lieux de tournage. C’était le travail de notre collègue, au preneur de son et à moi, l’éclairagiste. Nous étions toujours au minimum trois sur un tournage. Dans des cas plus techniques, au niveau des lumières, il y avait un éclairagiste supplémentaire.

A la suite de la conférence de rédaction, le matin à 9h30, pour le Treize heures, et l’après-midi à 15h, pour le Vingt heures, les équipes de tournage étaient formées en fonction de la demande, on disait alors qu’on partait sur un "coup". On partait bien sûr en voiture, le journaliste rédacteur, l’OPV, le preneur de son et l’éclairagiste qui conduisait. L’éclairagiste possédait une valise comprenant deux à trois projecteurs. Au tout début, lorsque j’ai commencé, le matériel d’éclairage était très volumineux ! Le preneur de son possédait un magnétophone Nagra ou Perfectone, du matériel assez lourd, relié à la caméra par un câble, pour des questions de synchronisation. Par la suite ces magnétophones sont devenus pilotés par quartz.

Il fallait aller très vite. Dès qu’on était désigné par le planning pour "aller sur un coup", direction le placard au sous-sol, on prenait tout le matériel dont on avait besoin. Ensuite, en voiture, pour nous rendre sur les lieux de tournage. Installation de l’éclairage soit pour une simple interview (ministre, député, sénateur, chef d’entreprise, monsieur Dupont chef de rayon aux galeries, madame Durand directrice d’école maternelle, monsieur "tout le monde", dans la rue, réaction à chaud) soit pour un tournage plus complexe, en situation. Je sortais alors ma cellule, l’éclairagiste et moi, nous mettions d’accord pour établir suffisamment de lumière. Je me souviens que je travaillais bien souvent à f 3,5. Un niveau relativement bas d’éclairement donc peu de profondeur de champ ! Le problème de l’époque, c’était de trouver suffisamment d’énergie sur une voire plusieurs prise de courant. Début de tournage : le clap de synchronisation. Interview de la directrice d’école "Une, première" !...

Tournage terminé, vite, il fallait rentrer pour donner la "péloche" à développer (traduire : la pellicule !). Vite, j’amenais ma pellicule impressionnée au laboratoire pour le développement (une boîte de 120 mètres, voire plusieurs). Après le développement, muni de ma ou de mes boîtes, direction les salles de montage. Là, une monteuse (à l’époque c’était bien souvent une monteuse et non un monteur) dans sa salle, commençait à "dérusher" (entendre visionner pour pré-classer ce qui est important, et moins important). Le sujet devait faire environ une minute et trente secondes au plus deux minutes, du moins pour le journal. Bien évidemment, tout opérateur de prise de vues doit tourner des plans de coupe, très importants pour établir des "liaisons entre les plans séquentiels", un peu comme des ponctuations, des virgules, des points, des plans incontournables. Ensuite, le journal. Chaque opérateur regarde pour voir comment son tournage a été "ficelé" au montage. Fin, le déjeuner, et peut-être un autre reportage dans l’après-midi, pour le Vingt heures !

Voilà ce qu’était la journée d’un opérateur de prise de vues. Des journées qui pouvaient commencer très tôt le matin, et se terminer fort tard le soir. Aujourd’hui, sur ce plan rien n’a beaucoup changé !... Mais si !... La caméra, le support sensible (adieu le charging-bag !), l’éclairage, la prise de son, l’opérateur, seul sur le tournage, qui fait tout, le son, la lumière, pose les questions, écrit les commentaires... En fait, si, tout a changé !!! Clap de fin !

Patrick REDSLOB, promotion Louis-Lumière – Vaugirard cinéma "images" 1967.

« Voilà, tu peux faire ce que tu veux... de ces "mémoires" spontanées ! Le mérite, c’est vraiment du "vécu" et du ressenti... avec l’essoufflement qu’on peut percevoir entre les lignes ! »

* Jean-Marie GUINOT, ingénieur opticien, était professeur d’optique à l’Ecole Technique de Photo et de Cinéma (ETPC) devenue Lycée Technique (LTPC) puis Ecole nationale supérieure Louis-Lumière (ENS Louis-Lumière).

A lire également l’interview de Patrick Redslob : De Louis-Lumière à France 2, de cadreur à grand reporter