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De Louis Lumière à France 2, de cadreur à grand reporter

Patrick Redslob (Ciné 67) nous raconte sa carrière au service de la télévision.

lundi 8 avril 2013

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Sorti de Vaugirard en 1967, Patrick Redslob décide d’intégrer l’O.R.T.F. Il va y rester jusqu’à sa retraite en 2003. Il y débute comme cadreur puis sa carrière oblique vers le journalisme. Il terminera grand reporter à France 2.
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Patrick Redslob
Ciné 67

Pourquoi es-tu entré à Vaugirard ?

Patrick Redslob : J’étais en mathématiques élémentaires et je me débrouillais pas mal en math. Mon père qui était ingénieur dans les pétroles, m’a suggéré de m’inscrire en hypotaupe. Je m’y suis inscrit au Lycée Honoré de Balzac à Paris. Très rapidement, je me suis aperçu que le rythme et le niveau, notamment en maths, n’était pas du tour le même qu’en terminale. J’ai très rapidement « ramé », c’était trop dur.

Mon père avait une caméra Beaulieu Super 8mm et je le voyais la manier avec une relative aisance. J’ai réfléchi... et j’ai dit à mon père : "je veux devenir cinéaste".

On a cherché une école de cinéma à Paris. J’ai passé le concours de l’école de Vaugirard. A l’époque, elle n’était pas encore une école supérieure. Elle menait à un BTS image ou son. J’ai pris "image". En plus des cours théoriques, il y avait beaucoup d’applications sur le plateau de l’école avec les caméras film à l’époque, des Cameflex notamment, mais aussi des caméras de studio, Caméblimp et Camé 300. Là, j’ai fait une assez bonne scolarité avec deux années correctes.

Ensuite, BTS en poche, il a fallu chercher du travail.

Comment s’est passée ton entrée dans la vie active ?

P.R. : Le cinéma, ce n’était pas trop mon truc, parce que le travail est aléatoire... un coup de l’argent plein les poches, un coup le chômage ! Pour fonder une famille, ce n’est pas terrible ! Alors, je me suis dirigé vers l’ORTF. J’y ai fait des petits boulots de cadreur sur plateaux, de temps à autre. Après quelques piges, je suis allé faire du banc titre dans le privé durant deux années

J’avais, bien entendu, laissé mes coordonnées. Un jour de 1970, j’ai reçu un coup de téléphone et j’ai mis le pied à l’étrier.

Tu es rentré à la télévision. Comment as-tu débuté ?

P.R. : Avec ce coup de téléphone, on m’engageait comme cadreur dans les équipes mobiles du journal. Autrement dit j’étais « appelé » au service des actualités du journal de l’ORTF, deuxième chaine. Ensuite je suis passé à Antenne 2 puis France 2 chaque fois que la chaine changeait de nom. C’était parti pour 22 ans d’opérateur de prise de vues d’abord en film puis en vidéo lorsqu’elle est arrivée.

Nous utilisions la fameuse Eclair Coutant 16mm. Au début, un câble de synchronisation reliait la caméra au magnétophone Perfectone. Avec l’arrivée du Nagra et du pilotage par quartz, le preneur de son devenait autonome. L’évolution s’est bien faite lors de l’arrivée de la vidéo. Les premières caméras furent des Thomson Microcam qui étaient reliées par un câble au magnétoscope BVU porté par le preneur de son.

En 1992, tu as choisi de devenir journaliste, pourquoi cette évolution ?

P.R. : C’est un choix tout à fait personnel. Le fait de rester technicien donnait moins d’envergure au métier de caméraman : il n’avait pas de carte de journaliste. A cette époque, de nombreux cameramen sortaient des écoles de journalisme où ils avaient appris leur métier et sortaient avec le label « Journaliste ». Le métier de journaliste est plus en vue que celui de technicien, j’allais dire plus crédible au niveau de la prise de vues, ce qui n’était pas le cas quand l’équipe appartient au monde de la technique.

Après des tests, je suis parti six mois en stage à l’Ecole Supérieure de Journalisme de Lille. Au retour, je suis devenu journaliste grand reporter et cela a duré onze années jusqu’à la retraite en 2003. Au total je suis resté à la télévision trente-trois années pendant lesquelles je me suis éclaté

J’étais pratiquement tous les jours au journal pour lequel je faisais des reportages d’actualité à Paris, en région parisienne et des fois en province. D’autres fois, je réalisais des sujets pour les magazines souvent en province et quelques fois à l’étranger. Les reportages d’actualité pour les 13 heures et 20 heures devaient durer entre 1minute 30 à 2 minutes maximum.

Tout commence à la conférence de rédaction, les thèmes des sujets sont choisis ainsi que les angles des reportages. En sortant, on bondit sur son téléphone pour prendre rendez-vous pour une interview ou trouver un contact. Rapidement on part sur le site déterminé quelques fois, même souvent en banlieue. On procède à l’interview, puis quelques images d’illustration, éventuellement une deuxième interview, retour rapide à la maison mère. A l’époque, nous travaillons en film, il fallait très vite, rentrer, donner le film à développer et ensuite le montage. Le sujet fini de monter est présenté au rédacteur en chef du jour. Il rectifie éventuellement. Dans ce cas, il faut retourner au montage puis le sujet part à la diffusion. Nous n’avions pas beaucoup de marges, la conférence de rédaction du 13 heures se tenait à 10 heures du matin.

Dans tes reportages, quelle importance donnais-tu à l’image par rapport au commentaire ?

P.R. : Ceci est difficile à déterminer, l’un ne prend pas d’importance sur l’autre mais il faut toujours laisser l’image parler d’abord. Une très belle image, une image très parlante ne nécessite pratiquement aucun commentaire, en revanche, il est des cas où le commentaire est absolument nécessaire, l’image en elle-même, étant pas assez parlante.

Avais-tu des sujets préférés et quels souvenirs en as-tu ?

P.R. : Je n’en ai jamais eu et il ne faut pas en avoir. C’est un métier où il y a beaucoup de répétitif, donc à fortiori lassant par moment, mais un jour vous partez en hélicoptère et vous vous posez chez le Prince de Monaco pour l’interviewer, que sais-je encore… être à la table des plus grands, voir des choses que tout un chacun ne verra jamais de sa vie.

Je n’ai pas de souvenirs particuliers mais entrer dans des lieux ultrasecrets, magiques, voyager dans des spécimens et bien d’autres sont des moments privilégiés qui restent gravés dans la mémoire très longtemps.

Comment prends tu ta retraite en 2003 ?

P.R. : Lorsque je prends ma retraite en 2003, je deviens provincial. Je me retire près d’Angers. Je me mets à l’écriture et j’écris plus d’une centaine de poèmes. J’aurai aimé transmettre mon expérience en prise de vues et éclairage à des jeunes mais je n’en ai pas eu l’occasion.

En 2009, un ami, Jean-François Goujon, m’a demandé de faire l’image du film « Une ombre à la fenêtre » qu’il allait réaliser. J’ai toujours eu une appétence pour la photo. C’était fantastique de reprendre le luxmètre, de demander aux électros de mettre un 2 KW en piqué avec des volets, de mesurer la lumière, de mettre les filtres et densités. Le long métrage est sorti en 2010.

Quels conseils donnes tu à un jeune qui sort de l’école ?

P.R. : Il ne faut jamais se prendre la tête en se prenant pour un caïd. C’est un métier privilégié, il ne faut pas le prendre comme tel et garder cette part de « secret » par devant soi comme quelque de naturel. Ne jamais faire « cocorico », c’est un métier qui a des contraintes, par exemple être à 4 heures du matin prêt à tourner, renter le soir à 23 heures. Moins on en parle, mieux ça vaut.

A la télévision, le travail est contenu dans un cadre bien défini, comme pour moi « les actualités ». Il y a aussi les documentaires et les téléfilms mais il faut ramer pour devenir opérateur en téléfilm. Pour les métiers du cinéma, la télévision est considérée comme un refuge et non une expression du 7e art. Peu importe, je m’y suis très bien senti et j’ai exercé pleinement mon métier. De plus je suis devenu grand reporter et j’ai réalisé mes reportages. Ce furent pour moi trente trois années de bonheur.

Interview réalisée par Benoît Pitre (Ciné 88) en avril 2013.

3 Messages de forum

  • Je confirme : on est un privilégié quand on a fait une carrière de reporter cameraman ! tu as donc connu cette merveilleuse camera cathodique noir et blanc !
    Bonne retraite !
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    • 13 mai 12:29, par Naud
      Je confirme : on est un privilégié quand on a fait une carrière de reporter cameraman ! tu as donc connu cette merveilleuse camera cathodique noir et blanc ! Bonne retraite !

      De Patrick REDSLOB, caméraman de plateau à l’ORTF, puis grand-reporteur au journal d’Antenne 2, à la caméra, enfin les 11 dernières années, de 1992 à 2003, journaliste grand reporteur à France 2.
      Eh, oui, j’ai bien connu ce genre de caméras, peut-être pas celle-ci mais quelque chose qui ressemblait à cet appareil !Casque sur les oreilles en liaison directe avec le réalisateur. Je n’ai pas vraiment apprécié cet appareil ,car l’initiative de l’OPV était très limitée.On était vraiment aux ordres du réalisateur. Pas de déplacements, ou très peu.J’ai de loin préféré me retrouver reporteur cameraman...et surtout grand reporteur rédacteur !( abandon de la caméra !..... les 11 dernières années de ma carrière).
      Je reste à la disposition de celui ou celle qui souhaiterait avoir des renseignements :
      Merci à ceux qui ont lu l’article me concernant. patrick.redslob@gmail.com

      • je confirme aussi que le plaisir de transmettre la passion que l’on a à faire ce métier est même encore plus important que l’enseignement des techniques de prises de vues dans le domaine du reportage ; et je me suis bien éclaté ,en complément de mes activités de télévision comme caméraman indépendant ,,à être intervenu à l’ESRA cote d’azur qui m’a sollicité de 1988 à 2010 .

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