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Anastasia Durand (Ciné 2012) nous présente son travail sur "Etudes pour un paysage amoureux"

Elle répondra à vos questions lors de la présentation du 9 février 2013 au cinéma Saint-André des Arts

dimanche 10 février 2013

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Anastasia Durand (Ciné 2012), directrice de la photographie sur le film "Etudes pour un paysage amoureux" nous a parle de son expérience sur le film. Ce film de Clément Schneider a été tourné en Bourgogne et dure 1h20.

J’ai rencontré Clément avant d’entrer à Louis Lumière mais nous n’avions pas encore eu l’occasion de travailler ensemble sur un film. Etudes pour un paysage amoureux a été autant pour lui à la mise en scène que pour moi en chef opératrice, notre première expérience sur un projet aussi conséquent.

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De gauche à droite : Bertrand Faucounau, Anastasia Durand, Julien Hogert
Photo : Joseph Minster

L’économie du film, basée sur l’autoproduction, laissait, à première vue, assez peu de marge de manœuvre sur les choix de matériel et de workflow qui s’offraient à nous. J’ai donc pris autant que possible les décisions esthétiques permettant d’aller avant tout dans le sens du film. Nous avons tourné en RED One par souci économique mais fait le choix d’avoir des rushes 4K malgré la complexité que cela nous imposait en post-production pour la petite structure que nous sommes. Ceci, essentiellement parce que je voulais pouvoir garder la profondeur de champ du 35mm.

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De gauche à droite : Bertrand Faucounau, Julien Hogert, Thomas Heleta
Photo : Joseph Minster

La caméra que nous avions obtenu disposait d’un capteur non actualisé en MX soit avec une dynamique assez faible par rapport à ce qui se fait aujourd’hui. C’est devenu pour moi très vite un défi, pas toujours évident à relever, mais qui m’a permis d’apprendre beaucoup sur la manière d’éclairer. Pour parvenir à l’image que nous recherchions avec Clément et casser le tramage du numérique, j’ai pu obtenir un vieux zoom Cooke 18-100mm absolument magnifique et qui a donné ce rendu doux et parfois un peu impressionniste à l’image. Cela a considérablement adoucit une caméra numérique comme la RED one qui peut paraître trop définie et trop brutale pour un film historique qui parle d’amour et où six jeunes filles apparaissent constamment au cadre. L’effet est bien meilleur qu’en utilisant de simples filtres : pour des raisons de production liées comme toujours à notre économie, nous avons du nous passer de cette optique durant 3 jours et j’ai découvert à quel point il était impossible de retrouver le même rendu avec le zoom RED qui m’était imposé en échange, malgré la compensation avec des filtres. Nous avons dû retravailler plus précisément ces séquences en post-production pour atténuer au maximum le décalage entre les optiques. Seule la séquence à la bougie dans la chambre pendant le bal, tournée avec cette optique RED n’a été ni filtrée ni retouchée pour garder l’aspect agressif et transperçant qui se joue déjà dans la scène.

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Photo : Joseph Minster

Au final les nécessitées techniques et financières sont toujours le meilleur moyen de stimuler une recherche artistique à laquelle je n’aurais peut être pas pensé si je n’avais pas été, ne serait-ce qu’à un moment, dans la contrainte.

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( De gauche à droite : Karel Delvaux, Zoé Métivier, Ivan Gueudet, Bertrand Faucounau, Sarah Schneider, Clément Schneider, Baptiste Marie, Florent Castallani et Anouchka Labonne
Photo : Joseph Minster

Nous avons travaillé avec la lumière naturelle autant que possible ce qui a imposé des repérages et un plan de travail assez précis qui tenait compte de l’orientation du soleil dans les décors extérieurs où bien souvent nous n’avions pas d’accès à l’électricité. Dans les décors intérieurs, il s’agissait essentiellement de garder la logique de la lumière naturelle, sa façon d’entrer dans les pièces et de s’éteindre. En somme, les mots d’ordres étaient souvent « lumière diffuse mais contraste ». Pour les scènes à la bougie, je suis allée voir beaucoup de tableaux de Georges de la Tour au Louvre pendant la prépa et j’ai essayé de m’approcher de son travail et principalement de sa gestion de la couleur dans l’espace éclairé.

Le découpage n’était jamais prévu à l’avance mais nous savions suivant l’espace que nous offrait le décor quel type de moyen nous mettrions en œuvre. Souvent nous nous en sommes tenus au plan séquence que Clément et moi affectionnons particulièrement, privilégiant la chorégraphie de déplacement des acteurs et de la caméra plutôt qu’une multiplicité de plans. Cela se construisait pour autant de façon très spontanée, parfois encore stimulé par des contraintes de terrain.

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Actrices Zoé Métivier et Marie Barge ; à la perche lumière : Julien Hogert ; au steadicam Alexandre Viollaz ; au clap Tom Giffon et à la perche son Florent Castellani.
Photo : Joseph Minster

Le plan séquence a souvent d’ailleurs été une solution au défi de cadre qu’impose un scénario choral avec en permanence six jeunes filles dans le cadre. Le choix du 1.85 s’est fait aussi de cette façon. Clément étant un grand adepte du format 4/3, nous n’avons pas cherché d’emblée un ratio trop large comme le scope mais avec le nombre de personnages présents en permanence dans le cadre il eût été tout simplement compliqué d’envisager un format plus carré.

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Photo : Joseph Minster

Pour l’envergure du film que nous avons cherché à faire nous étions une petite équipe et le tournage a été très intensif obligeant chacun à être très polyvalent. La polyvalence s’est même étendue jusqu’à la post-production puisque j’ai suivi le film jusqu’à la réalisation du DCP que nous avons fait par nos propres moyens avec le défi de respecter les choix colorimétriques de l’étalonnage. Après un étalonnage sur Da Vinci à La Fémis, de nombreux tests de cohérence de chaîne et une masterisation en 2k, nous étions plutôt fier d’être arrivé à terme sans mauvaises surprises et avec les moyens du bord.

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Au premier plan : Christophe Henry, Wilhelm Cickart, Bertrand Faucounau, Julien Hogert. En arrière plan : Anastasia Durand, Charles Leplomb, Morgane Pisoni.
Photo : Joseph Minster

Nous sommes cependant conscients que ce film n’aurait pu se faire sans le soutien humain et matériel de bon nombre de personnes. Le paradoxe économique de la structure dans laquelle nous étions, sortis de l’amateurisme, avec des moyens professionnels mais autoproduit sur un budget dérisoire pour l’ambition du film est difficilement reproductible. Nous espérons que notre prochaine collaboration nous permettra de travailler dans des conditions de production plus « normales ».

Lire l’article sur le film.

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