Accueil du site > Témoignages > Paroles d’Anciens > Sixième sens

Sixième sens

mercredi 30 mars 2005

Partager l'article avec  
Comment définir une émotion ? Par sa provenance visuelle, olfactive, auditive ? Notre perception individuelle induit notre rapport au monde.
Des cinq sens, je privilégie certains plutôt que d’autres. D’abord la vue et l’ouïe puis le toucher, enfin l’odorat et le goût. Quoique tout cela ne soit qu’illusion, un ordre désordonné ! La photographie est indissociable de la musique. La lumière, le son, ondes impalpables, effleurent mon corps et se présentent sous formes d’équations visuelles et sonores à plusieurs inconnues. Silence d’une note, le vide, quête d’absolu. Bleu du ciel, apaisant. Bleu de la mer, opacité des profondeurs. Le cheminement d’une feuille, ao ba, parcourant un pays lointain, inconnu, complexe. Mais quelle est cette feuille ? Dans sa banalité d’usage, elle se déforme, se plie, s’étire, se cache. Jeu des représentations. Chemin de l’imaginaire. Avant tout, ouvrir la photographie vers une poésie de l’invisible. Mes récentes compilations voyageuses, « homo animus », « le bestiaire fantastique », « la barge immobile » ou « une souris et des hommes » ne sont que prétextes à l’émotion, ou inventaire d’un autre monde, celui qui aime à se cacher, comme la nature, pour mieux révéler des histoires fantastiques. Simple réveil de l’enfance qui porte la curiosité et l’énergie au firmament des sens. L’été dernier, j’ai ramassé de simples pierres, polies par le temps, au creux d’une rivière. Dans mon atelier, je les assemble et les photographie. Elles se touchent, se parlent, s’écoutent. Parfait équilibre des sens, ou simplement sens de l’équilibre. Cette terre fragmentée, recomposée, poussières du temps qui nous effraie parce qu’il nous échappe. Alors, dans l’espace silencieux de l’atelier, j’observe la lumière provenant d’un voyage lointain. Étoile filante, je te suis, à me perdre dans l’immensité de nos existences.

P.-S.

Bertrand Desprez, Capri, octobre 2004