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Présentation de "Mystères d’Archives" par Serge Viallet (Ciné 73)

Présentation effectuée lors de l’Assemblée Générale du 12 avril 2012

jeudi 12 avril 2012

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Je suis venu avec quelqu’un que je voudrais vous présenter. En fait c’est un de vos ancêtres, il m’accompagne depuis un certain temps, depuis quelques mois, depuis que je présente mon travail. Il m’accompagne dans toutes les projections, je suis allé avec lui à Helsinki, à Marseille, à Lille, à Lyon, un peu partout. Cet ancêtre est devenu un peu le fétiche de la collection sur laquelle je travaille. C’est Charles Moisson, la photo est prise en 1895. C’est lui qui construit le premier cinématographe. Il pause à côté de ce cinématographe qu’il a construit avec ses mains donc en 1895. Il va devenir opérateur pendant deux ans. C’est lui qui va notamment filmer le couronnement du tsar de Russie en 1896 et ensuite il va rentrer et dira aux Frères Lumière « Ca suffit, je rentre à la maison. Je retourne à l’atelier ». Il a une carrière filmique très courte : deux ans, et en même temps une carrière importante parce qu’il a construit le premier appareil grâce auquel nous sommes ce soir tous réunis.

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Serge Viallet (Cine 73) présente Charles Moisson
Photo : J. Francillon

La collection Mystères d’Archives lui a consacré un de ses épisodes. On a consacré un film à un grand reportage qu’il a tourné en avril 1897. Je dis bien un « grand reportage ». Charles Moisson a accompagné le Président de la République Française, Félix Faure, pendant neuf jours lors d’un voyage dans l’ouest de la France. C’est pour moi, le premier vrai grand reportage. Bien difficile à tourner dans la mesure où la plupart des gens qu’il filmait, ne savaient pas ce qu’était cet outil. Qu’est-ce que faisait ce type qui tournait une manivelle. On a fait ce travail grâce à l’Institut Lumière qui a mis à notre disposition ces images. Pourquoi est-ce qu’on a consacré un film de cette collection au travail de ce monsieur ?

La collection « Mystères d’Archives ».

Il faut que je vous explique brièvement ce qu’est la collection Mystères d’Archives que j’ai la chance de pouvoir diriger depuis cinq ans à l’INA. L’idée est la suivante et elle nous concerne tous. Depuis plus de 110 ans que l’on filme, depuis la fin des années 20 que l’on enregistre aussi du son pendant les tournages, toutes ces images et ces sons ont participé très fortement, je parle essentiellement en news et en documentaires. Mais ces images de news et de documentaires ont participé avec grande force et participent encore aujourd’hui à forger notre vision du monde.

Nous sommes forcément très influencés par ce que nous voyons ou avons vu dans une salle de cinéma puis à la télé et maintenant sur nos téléphones portables. Une grande partie de cette mémoire audiovisuelle est archivée dans des grands centres d’archives. L’idée de la collection est de revisiter, d’interroger cette mémoire qui est donc accumulée depuis plus de 110 ans. D’interroger, de questionner des images qui ont forgé notre mémoire collective de certains évènements. Je prendrai deux trois exemples au hasard, la Lune en 1969, des images qui ont été vues par près de 700 à 800 millions de téléspectateurs, un autre événement, Kennedy à Berlin quand il dit « Ich bin ein Berliner », un autre exemple, l’assassinat du Roi Alexandre de Yougoslavie en 1934 à Marseille tourné par les Frères Méjat. Bref l’idée de la collection qui est inspirée d’une autre collection que vous connaissez certainement, une très belle collection qui est Palette d’Alain Jaubert. Je me suis dit un jour « Tiens, si on ose faire ça avec des images filmiques, des images animées  » donc c’est une collection de films de 26 minutes.

Pendant 26 minutes, on a que des archives et pendant 26 minutes on questionne ces images. C’est-à-dire qu’au lieu de les jouer toutes à 24 ou 25 images par seconde, on les revisite à d’autres vitesses. On revient en arrière, on les repasse plusieurs fois, on observe des détails et peu à peu on prend conscience que dans ces images il y a des trésors d’information que nous n’avons jamais vu, que nous n’avons jamais eu le temps de regarder puisque ce n’est généralement pas la destinée de ces images. La plupart du temps de ces images sont là dans des reportages bien souvent pour nous impressionner, pour nous fasciner et presque, je dirai pour nous aveugler. Nous ne voyons pas les choses. En faisant ce travail, c’est hallucinant ce que l’on peut découvrir dans les images.

Le 11 novembre 1918.

En ce moment, je suis en train de travailler sur la journée du 11 novembre 1918 à Paris, à Londres, à New York et à Washington et je découvre des choses assez incroyables. J’ai découvert il y a une semaine avec l’équipe, parce que je ne travaille pas seul, je représente aujourd’hui mon équipe. On a découvert que les images que l’on consomme depuis près de 100 ans qui sont tournées à New York soit disant le 11 novembre 1918 n’ont jamais été tournées le 11 novembre 1918. Elles ont été tournées le 7 novembre 1918 et la preuve est dans l’image. C’est là que cela est merveilleux d’observer l’image très attentivement. Elle est dans l’image et on l’a observé de la façon suivante. Il y a des plans tournés à New York, c’est entre Broadway et la 5e Avenue. On reconnaît bien les bâtiments. Maintenant avec Google Earth on peut fouiller et retrouver les lieux. On voit une foule noire c’est à dire que sur 5 km, il y a une foule très dense. Les gens montrent une manchette de journal sur laquelle est écrit « Germany Surrenders ». On a étudié les manchettes de journaux du 11 novembre 1918. Il n’y a aucun titre identique paru à New York ni nulle part d’autre aux Etats-Unis. Et puis ensuite on s’est aperçu que les images sont tournées alors qu’il fait beau. Il fait beau temps à New York, or le 11 novembre 1918, désolé la météo à New York n’était pas bonne. Il faisait gris même pluvieux. Donc on s’est demandé s’il ne fallait pas aller plus loin, chercher.

Et puis on a constaté qu’il n’y avait pas de militaires dans les images, il n’y avait que des civils. Or si on fête la victoire il devrait y avoir aussi les militaires normalement. En fait la manchette du journal est celle du 7 au matin. Les gens dans la rue, ils sont descendus le 7. Pourquoi ? Parce qu’un journaliste américain qui était basé à Brest a évité la censure à Paris et a transmis dans la nuit du 6 au 7 aux Etats-Unis une information comme quoi l’armistice était signée. C’est arrivé à une agence de presse. L’agence de presse a « flambé », a déliré, immédiatement on a préparé des journaux partout. Immédiatement les personnes on vu leurs journaux, qu’est ce que vous faîtes après plus de quatre ans de guerre, c’est magnifique vous descendez dans la rue. Les gens se sont retrouvés dans la rue le 7. Ils ont fêté la victoire alors que des hommes continuaient à être tués le 7, le 8, le 9, le 10 et jusqu’au 11 au matin. Les autorités n’ont pas pu arrêter ces manifestations, impossible, c’était trop tard. Les gens étaient dans la rue, les gens se saoulaient la gueule, les gens ont fêté ça et rien à faire. Les gens ont lancé, vous savez les fameuses Ticker tape parades de New York, les lâchers de confettis. Des tonnes et des tonnes de confettis étaient jetés des fenêtres. Il n’y en avait plus assez pour le 11. Le 11, c’était moins bien, d’ailleurs timidement les journaux ont dit « il semblerait que l’armistice soit signé », c’était un peu incertain. Ca a fait un petit flop. Mais ce qui est intéressant, c’est que depuis près de 100 ans, aux Etats-Unis et donc aussi ailleurs dans le monde, on consomme des images qui n’ont jamais été tournées le 11 novembre 1918 mais le 7.

Comment s’effectue le travail ?

Voilà le genre d’enquête que nous faisons à Mystère d’Archives. L’idée, c’est de fouiller notre mémoire. C’est un respect en même temps pour le travail des Anciens. C’est une façon de respecter le travail de Charles Moisson. Vous allez voir comment on a pu étudier ces images. Le fait est qu’on a pu disposer de bobines 35mm. Nous les avons passé en haute définition, non pas pour faire de la frime, mais simplement parce que le fait de passer en haute définition nous permet de voir des détails dans l’image que l’on ne voyait pas autrement. J’avais vu, des années auparavant , les copies Béta numériques mais quand on est passé en haute définition, c’est comme si je découvrais une partie de l’image. Grâce à ce travail, grâce à cette haute définition faite à l’INA on a même pu redater des vues Lumière mal datées, par erreur parce qu’on reconnaissait par exemple un drapeau. Même si le drapeau ne s’ouvrait que sur trois images, nous on pouvait lire à l’intérieur et savoir du coup de quel régiment il s’agissait. Or on savait que le président de la République Française n’était pas venu voir le régiment untel à tel endroit mais à tel endroit et à tel date. On a aidé ainsi l’Institut Lumière à redater des vues Lumière, simplement par l’observation dans les images.

Je vais avoir le plaisir de vous présenter en avant-première parce que cela ne passera qu’à l’automne. On a déjà eu 20 films diffusés de cette collection par ARTE qui est notre coproducteur. Il y en a dix autres qui sont en fabrication depuis un an et demi et qui commenceront à être diffusé à l’automne prochain. ARTE a semble-t-il pris la décision non seulement de diffuser cette dernière saison, cette troisième saison, dix films, mais de rediffuser les vingt films précédents. Pendant trente semaines, je crois que nous serons à l’antenne sur ARTE.

C’est un travail d’équipe, je dirai très simplement que si nous n’avions pas les moyens de l’INA, très franchement ça serait impossible de réaliser une telle collection. C’est quatre mois de travail à plein temps pour un 26 minutes, c’est cinq à six semaines de montage pour un 26 minutes alors que la norme habituelle aujourd’hui est de deux semaines de montage et un mois et demi de fabrication en tout. Donc ce sont des conditions de travail exceptionnelles. Nous avons la possibilité de restaurer des images à l’INA de restaurer des sons à l’INA, nous avons un service infographique qui travail régulièrement pour la collection. Je ne pensais pas un jour à avoir la chance de vivre ça dans cette profession. J’en suis très heureux et je suis très heureux de vous le dire. C’est une équipe qui travaille avec enthousiasme de façon très sérieuse avec beaucoup de vérifications, beaucoup de temps passé à étudier ces images mais c’est un travail absolument passionnant. En ouverture, avant de vous montrer la façon dont nous avons étudié ces images je voudrait vous monter si vous le permettez un sept minutes qui présente la collection. Il y a là dedans cinq extraits de cinq des films de la collection. C’était pour vous signifier un peu la démarche.

Les images du Cambodge.

Avant de passer au film avec les images de Charles Moisson, deux petites choses à vous dire. L’une par rapport aux images que l’on vient de voir, celles des Khmers Rouges. Il y a à l’INA aujourd’hui quarante heures d’images tournées par les Khmers Rouges ou pour les Khmers Rouges par des équipes chinoises en 35mm et 16 mm, en noir et blanc et en couleurs. Quarante heures archivées, elles sont à l’INA grâce à un cinéaste que j’espère vous connaissez, que j’admire beaucoup, un cinéaste cambodgien c’est Rithy Panh. Rithy Panh s’est débrouillé pour que cette mémoire soit protégée et donc l’INA a décidé de la numériser. Une copie des quarante heures est à l’INA une autre copie est à Phnom Penh à la disposition libre du public.

J’avais sélectionné deux heures et demi sur ces quarante heures et je suis allé à Phnom Penh rencontrer d’anciens khmers rouges ou victimes des khmers rouges avec lesquels j’ai étudié ces images. J’étais au début aveugle devant ces images. Je ne comprenais rien. Je les regardais en me disant « oh là.. ». Sur les chantiers par exemple, vous avez vingt à trente milles personnes qui travaillent. J’avais des remarques que chacun d’entre nous ferait immédiatement « Oh les pauvres, que de monde » Je ne comprenais rien et peu à peu ils m’ont aidé et c’était stupéfiant comme expérience. Je suis peu à peu rentré dans l’image. Un jour, j’ai l’impression de voir des fils électriques sur un chantier, j’en étais pas sûr parce qu’ils étaient brûlés par la lumière. Je demande à deux cambodgien qui ont travaillé sur ce genre de chantier « vous avez pas l’impression que sur cette image et celle là, on voit des fils électriques  » et les deux m’ont dit « bien sûr, il y avait l’électricité sur le chantier » « Pour quoi faire ? » « Parce qu’on travaillait la nuit. On ne vous avait jamais dit que sur les chantiers khmers rouges ont travaillait aussi de nuit. On travaillait jusqu’à vingt heures sur vingt quatre heures. Et on avait l’électricité aussi pour les hauts parleurs et on nous diffusait des chants révolutionnaires puis on nous donnait des directives ou on nous passait de la musique parce qu’on était en train d’assassiner deux ou trois ouvriers qui n’avaient pas bien travaillé et qu’on allait les tuer dans un coin." Peu à peu, je suis rentré dans l’image. Voilà c’est ce que j’aimerais vous dire ce soir.

Charles Moisson et le voyage présidentiel.

On a retrouvé dans les images que vous allez voir, on a reconnu vingt-cinq personnes grâce à la H.D. notamment. Vingt-cinq personnes ! En plus du film de 26 minutes, nous avons rédigé un rapport de 70 pages que nous avons remis à l’Institut Lumière et qui est le fruit de notre étude détaillée de 12 « vues Lumière » c’est à dire douze fois cinquante secondes puisque chaque bobine, ou « vue » durait une cinquantaine de secondes. Et dans ces images nous avons reconnu vingt-cinq personnes.

Le décollage de la fusée Saturne 5, en 1969.

J’aimerais beaucoup vous montrer encore un document, une séquence seulement. 1969, on a tous ça en mémoire, le départ, pour la lune, de la fusée Saturne 5 du programme Apollo 11. Les images sont tournées par les équipes de la NASA. Après la le premier voyage dans l’espace de Gagarine en avril 1961, dont le départ de fusée avait été filmé par les soviétiques de façon magistrale, les américains se sont surpassés en prenant eux un risque colossal. C’est-à-dire que les images que nous avons consommées dans le monde, sont passées sur les chaines de télévision en direct. Ce qui est hallucinant c’est que s’il y avait accident c’était une catastrophe, les américains ont pris ce risque alors que les soviétiques n’ont pas pris ce risque. Les images soviétiques, on les a vu bien plus tard et d’ailleurs beaucoup ont été faites après et non pas au moment de l’événement. Mais là, je voudrais juste vous montrer une séquence qui montre le travail exceptionnel qui a été fait par les équipes américaines. Je ne sais pas qui a dirigé ce travail des caméras lors du décollage de la fusée Saturne 5 à Cap Canaveral le 16 juillet 1969. Nous avons essayé d’étudier au plus près cette séquence. Il y a au moins 17 caméras.

La marche sur la Lune.

Voilà, j’avais envie de vous montrer cette séquence, maintenant je vais vous raconter une dernière histoire qui se passe sur la Lune. En étudiant ces images tournées sur la lune que nous avons donc reçues. D’abord la première interrogation pour nous a été : « Comment ça se fait ? Comment ça se passe quand Neil Armstrong descend ces échelons et qu’il est filmé ? On était en mal pour trouver une réponse. » La réponse, elle est en fait toute simple. Elle est absolument géniale de simplicité. Armstrong avant de descendre les échelons, appuie sur un bouton. Il y a un placard qui s’ouvre avec une caméra à l’envers, c’est-à-dire que l’image est retournée pour protéger les parties sensibles de la caméra. A ce moment là, il peut y aller. Il descend. Or quand Neil Armstrong commence à descendre, pendant trois secondes ce sont des images que nous n’avons pas vues ici. Pendant trois secondes, la régie reçoit les images à l’envers et les retourne. Et donc la preuve est là. En étudiant le mode d’emploi de la caméra, qui est un espèce de pavé de deux cents pages, nous avons compris qu’effectivement il fallait impérativement l’installer retournée pour en protéger les parties sensibles de la caméra. D’où ces premières images à l‘envers.

Après, nous avons étudié un dialogue entre Houston au Texas, donc à 380 000 km, et Neil Armstrong marchant sur la Lune. Un dialogue très étrange qui nous a beaucoup intrigués. « Est-ce qu’il fait froid ? » demande Houston. C’est aberrant vu la tenue que porte Armstrong, il ne peut pas éprouver la moindre sensation …donc mystère. On a travaillé, travaillé, travaillé. C’est grâce au mode d’emploi de la caméra que nous avons compris ce dialogue, compris qu’il y avait un thermomètre sur le dessus, la partie supérieure de la caméra. Or Armstrong à ce moment là, il est en marche avec la caméra c’est-à-dire qu’il est allé chercher la caméra. Il l’a décroché du placard, il l’a prise il s’est mis en marche pour aller la poser plus loin à distance puis après il reviendra dans le champs et se fera filmer avec Buzz Aldrin. Pendant qu’il marche, donc on est en travelling avant en portée. Pendant qu’il marche cette question lui est posée par Houston et il répond « Ca va, ça va ». Il a forcement la voix un peu chevrotante parce qu’il marche. C’est comme nous aujourd’hui lorsque l’on marche en parlant avec un téléphone portable, la voix tremble un peu, mais bien sûr Armstrong ne peut pas avoir froid. Alors pourquoi cette question de Houston ? Et en fait c’est en étudiant la caméra que nous avons compris qu’il y avait sur le dessus, un thermomètre. En dessous d’une certaine température : rideau, c’est la panne ! Au dessus d’une certaine température : c’est aussi la panne… or Armstrong est, ne l’oublions pas, en train de tourner les plans les plus chers de l’histoire du cinéma. Pour l’instant je crois qu’on n’a pas encore battu le record. Donc, il y a une grosse angoisse de l’équipe, je dirai de réalisation à Houston ? Voilà, à Mystères d’Archives on était bien content quand enfin on a compris la raison d’être de ce dialogue entre Houston et la lune.

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Caméra sur la Lune (1969)
La caméra est posée sur le trépied pour filmer Neil Armstrong et Buzz Aldrin

Armstrong après avoir fait comprendre qu’il n’y avait pas de problème de température, il s’avance encore, s’arrête, se retourne. On sent alors qu’il pose la caméra sur un trépied puis il rentre en sifflet dans le champ et s’arrête plus loin où se trouve déjà Buzz Aldrin. Pour la camera qu’il vient de poser, ils font un peu semblant de travailler Et alors là, c’est formidable, parce que derrière il y a le drapeau qui a déjà été préparé et il y a le L.E.M. et alors là on remarque encore quelque chose de très bizarre : le cadrage. L’image est très décadrée. Ils sont tous les deux complètement à droite cadre et il y a beaucoup d’air à gauche cadre. On attend, on attend puis tout d’un coup, apparaît en médaillon, Richard Nixon, le président des Etats-Unis apparaît. Et à ce moment, il parle avec les deux astronautes, son texte a évidemment été préalablement écrit. L’émotion est grande pour tout le monde, il ne s’agit pas d’improviser un peu à la française, notre tendance à faire confiance à l’improvisation. Non là cela a été travaillé, préparé. D’ailleurs nous avons même retrouvé des images d’entrainement à leur alunissage, des images de leur entrainement à descendre, chaque geste a été répété. C’est comme la fameuse petite phrase « C’est un petit pas pour un homme, mais un bond de géant pour l’humanité » Cette phrase prononcée par Neil Armstrong a nécessairement été choisie et apprise par cœur avant l’envol pour la lune en juillet 1969. Mais ça ce sont des images que nous avons consommées et qui ont forgé notre mémoire de l’événement, mais n’oublions pas que ce ne sont que des images, que ce n’est pas l’événement. C’est notre mémoire audiovisuelle de l’événement, ce n’est pas la réalité, c’est une vision de l’événement. Et pour nous elle est devenue LA réalité.

Depuis la nuit des temps l’image exerce un pouvoir extraordinaire sur nous.

Mémoire et avenir.

Et ce qui est très beau, c’est qu’en interrogeant notre mémoire filmique qui est colossale, on découvre qu’elle est fabuleusement riche en informations. Raison de plus donc pour que ces images soient préservées le plus longtemps possible pour les générations futures.

Voilà c’est ce que j’avais envie de partager avec vous et j’avoue qu’au début je ne vous l’ai pas dit : « Mais si je n’avais pas fait cette école que nous avons tous fait fréquentée, jamais je n’aurais pu en venir à ce travail de questionnement des images  ». Je crois que j’ai travaillé à la caméra pendant moins longtemps que mon ami Patrick Fabry qui est ici, plus longtemps que Anne, mon épouse, qui a quitté la profession. J’ai tenu le manche de la caméra suffisamment longtemps pour être sensible à des problèmes d’émulsion, d’optique, de cadrage, de poids de caméra, de son, etc. pour travailler sur ce que nos Ancêtres ont fait depuis Charles Moisson. Donc c’est pour ça qu’il m’est agréable d’être l’un des vôtres ce soir.

Merci beaucoup pour votre attention.

Portfolio

Serge Viallet (Cine 73) présentant Charles Moisson