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Alain Hennequin (Son 63) se souvient de la Guerre des Six Jours (1967)

En bref, la Guerre des Six Jours le Nagra en bandoulière

vendredi 1er juin 2012

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EN BREF LA GUERRE DES SIX JOURS LE NAGRA EN BANDOULIÈRE

Le contexte de la guerre

Le drame se noue lorsque la Syrie dénonce des pompages israéliens dans le Jourdain et elle-même commence à détourner les eaux du fleuve. Le 7 avril 1967, l’aviation israélienne abat six Mig-21 syriens.

Le président égyptien Nasser, qui traverse une mauvaise passe suite à l’embourbement de ses troupes au Yémen, tente de se refaire une virginité en dénonçant à son tour Israël. Il exige le retrait des soldats de l’ONU stationnés dans le Sinaï depuis l’opération de Suez de 1956 et réoccupe Gaza et Charm-el-Cheik et surtout bloque le golfe d’Akaba, seul débouché maritime d’Israël sur l’océan Indien.

Le 1er juin, le Premier ministre israélien Lévi Eshkol forme un gouvernement d’union nationale avec le général Moshé Dayan, héros de la guerre de 1956, et le chef de la droite dure, Menahem Begin.

La guerre devient inévitable

Le 5 juin à l’aube, l’aviation israélienne, bien renseignée, détruit au sol la totalité de l’aviation égyptienne. L’armée israélienne (Tsahal) peut dès lors se lancer dans le désert du Sinaï. Les troupes égyptiennes se débandent dans un sauve qui peut général et meurtrier. Beaucoup de soldats périssent de faim et de soif dans le désert.

Pendant ce temps, le roi Hussein de Jordanie, manipulé par les Égyptiens, laisse son armée bombarder la partie juive de Jérusalem. Israël contre-attaque sans attendre. Il faudra au total trois jours à Tsahal pour atteindre le canal de Suez et quatre pour atteindre les rives du Jourdain.

Plus rude est la conquête de la partie arabe de Jérusalem, confiée à des parachutistes pour épargner les vestiges archéologiques et les édifices religieux. La Légion arabe du roi Hussein résiste vaillamment et les combats se déroulent souvent au corps à corps.

Israël ne veut pas s’arrêter en si bon chemin, avec le risque, comme en 1956, de perdre la paix après avoir remporté la guerre. Le 9 juin, Tsahal monte à l’assaut du Golan, le plateau syrien d’où l’artillerie ennemie est en mesure de bombarder impunément les plaines de Galilée.

Deux jours après, enfin maître du terrain, Tel Aviv accepte un cessez-le-feu. La guerre aura duré moins de six jours, se soldant par un triomphe sans égal du petit État hébreu et une nouvelle humiliation des Arabes.

DIX JOURS DE REPORTAGE EN ISRAEL ( petite synthèse d’un film que je n’ai jamais pu voir ) Nous sommes le 20 juin, employé à la société Coty comme technicien du son, Gérard Tilly le directeur de la production audio-visuelle m’informe qu’un tournage se prépare pour Israël avec Jules Dassin, il ne souhaite que des volontaires avec prime de risques à l’appui. Je donne mon accord et me voila à Tel-AVIV .

Nous sommes deux équipes de tournages, deux caméramans deux au son, et un éclairagiste , nous nous connaissons bien car nous avons souvent tourné ensemble pour la télévision.

Nous sommes le 21 juin, à l’hôtel, Jules Dassin nous présente Irwin Shaw, l’auteur du "Bal des Maudits", un militaire israélien est là également , nous sympathisons, il parle l’anglais et l’hébreu, il sera notre guide.

Après cette prise de contact nous partons le lendemain filmer dans Tel-Aviv. Manque de pot, c’est un samedi et nous nous retrouvons dans le quartier des intégristes juifs qui nous lancent des pierres. Eh oui, on ne doit travailler le samedi dans ce pays. Bref, nous changeons de quartier pour faire quelques prise de vues.

Le 22 juin nous sommes à Jérusalem et à Bethléem , devant l’église des chars sont en batterie avec leurs équipages. Certains font tourner leurs moteurs. Jules Dassin m’impressionne, c’est un grand pro qui parle évidemment très bien le français, Irwin est charmant, il parle peu le français, j’échange en anglais en avec lui.

Le lendemain nous ne faisons rien sauf quelques prises aux alentours de l’hôtel, la foule, quelques militaires en armes. Ils ont l’air crevés voire épuisés, leurs armes en bandoulière ils reviennent du front, Irwin m’a autorisé, avec l’aide du guide militaire d’en interviewer quelques uns, mais au vu leurs états de fatigue, je n’insiste pas trop ses sabras (les natifs du pays) se sont battus, ils ont n’espèrent qu’au repos.

Le troisième jour nous allons à l’aéroport filmer quelques avions de guerre à réaction ;il y a là des Super Mystères B 2 que la France a donné à l’armée israélienne. On voit encore les traces mal effacées de la cocarde tricolore de la France. Gêné, l’officier qui nous sert de guide, me regarde et me dit en anglais "no time to clean " l’empressement de l’armée dans l’urgence des combats ne s’est pas arrêtée à ces quelques dessins ....

Les deux prochains jours se passent dans le Sinaï où on eut lieu les combats avec l’Égypte, on sait déjà que c’est un cimetière de véhicules en tout genres : camions , tanks, canons auto tractés Nous sommes répartis dans deux commandes-car avec le matériel et la réserve d’eau, environ deux cent litres pour sept personnes. Nous voyons notre premier cadavre, étendu sur le sable, immobile, la peau noircie, pas un mot dans le véhicule. Au bout de deux heures de route, nous croisons une colonne de soldats égyptiens en haillons , sans chaussures, manifestement ils sont paumés. Nous nous arrêtons, l’officier qui nous accompagne leur conseille de nous suivre jusqu’au prochain poste israélien. Ils acceptent et nous voila roulant au pas avec deux cent soldats égyptiens derrière nous. Personne est rassuré, surtout qu’ils savent que nous avons de l’eau.

Après une bonne heure de route, nous arrivons à un poste israélien. Nous leur confions nos "soldats "qui se précipitent sur l’eau et les repas que l’armée de Tsahal leur a préparés.

Nous repartons vers une caserne où des officiers égyptiens prisonniers sont localisés. En cours de route, on s’arrête pour faire un "petit pipi" , nous nous mettons derrière le véhicule pour nous soulager. Soudain, Christian, l’autre technicien du son me dit "Regarde , je vois un disque noir". Aussitôt, notre guide nous intime l’ordre de ne plus bouger, c’est une mine antichar. Guidés, délicatement nous reculons puis nous remontons dans les véhicules sans demander notre reste. "Nous avons eu du pot." nous dit l’israélien "dix centimètres de plus et nous sautions tous. A partir de maintenant , il ne faut toucher à rien, ne pas s’approcher de tout véhicule abandonné même si apparemment tout semble tranquille. Il peut être piégé à l’intérieur ou à l’extérieur. Restez éloigné, même à plusieurs mètres d’une carcasse quelconque, soyez très prudents et même plus, si l’un d’entre touche une mine cela peut entrainer une chaîne d’explosion. Elles peuvent être reliées entre elles, alors attention, attention..."

Nous arrivons dans une petite bourgade où sont gardés des prisonniers, notamment un colonel égyptien. En effet un homme vêtu de son uniforme d’officier sort d’une porte. Il est entouré de deux soldats de l’armée de Tsahal. il porte un bandeau sur les yeux que lui retire un soldat israélien. Le visage de l’homme est d’une blancheur presque cadavérique. Il nous regarde et voit le micro puis reconnaît une équipe de tournage avec caméra 16 mm et Nagra en bandoulière. Manifestement il est saisi, nous sommes journalistes la première question fuse : "Comment allez-vous ?"

L’homme est grand, au port altier. Il semble pétrifié. Nous le laissons reprendre conscience un instant. Nous lui demandons s’il peut parler. Il nous répond " all right for me it’s all right .... journalist it is OK" , l’officier reprend quelques couleurs et presque en souriant, il nous dit qu’il est Colonel, responsable d’une brigade de char. "je suis content de voir des journalistes très content, américains ?" continue-t-il. "Merci" répond Erwin.

L’égyptien se détend , il a compris que la venue de journalistes est bon pour sa survie. De toute façon il sait que la bataille sur le front du Sinaï est perdue et terminée,

Je suis obligé d’être attentif à mon Nagra, le sable est partout. Je le protège avec un emballage plastique surtout lors des déplacements dans le désert. Les commandes-car font une poussière terrible, c’est le premier danger pour l’équipement.

Nous retournons à Tel-Aviv , d’où nous repartons le lendemain pour filmer un garde-côte israélien patrouiller le long des côtes. ,Nous faisons la connaissance d’une guide militaire charmante en l’occurrence pied-noir d’origine qui explique que ce bateau de guerre a été très efficace et a coulé plusieurs bateaux en provenance d’Égypte. Elle nous indique aussi les bons restos de Tel-Aviv en citant ceux où se retrouvent les pieds noirs venus d’Algérie. Ce garde-côte sera coulé quinze jours plus tard par les égyptiens.

Nous décollons de l’aéroport de Tel-Aviv dans un Dakota, vieux coucou de la Seconde Guerre, vibrant comme une vieille carcasse avec un super-pilote, Dany Kay lui-même .Nous devons filmer au-dessus de Sinaï les carcasses brulées de chars touchés par les missiles fournis par les français. Les avions égyptiens, syriens et jordaniens ayant été tous détruits auparavant, l’aviation israélienne a pu faire de vrais cartons sur cette armée en pleine débandade. La caméra a été placée à la porte du Dakota. Celle-ci a été enlevée pour pouvoir filmer tous les débris de cette armée. C’est un vrai cimetière de véhicules. Plusieurs personnes sont malades dans l’avion, le Dakota nous secoue comme des prunes en montant et descendant avec des trous d’air à vous faire remonter l’estomac à la place du cœur. Bref, on utilise les sacs mis à dispositions ? ça commence à sentir mauvais dans le zinc...

Nous arrivons à Charm-el-Cheik. Il y fait très chaud Yvri Gitliss, le violoniste, est présent. Son violon le soir dans le désert apaise ces soldats épuisés. J’enregistre une heure de violon.

Le lendemain, c’est l’horreur, les sacs pleins de vomi sont restés dans l’avion et avec la chaleur ambiante le retour va être pénible . Effectivement, tout le monde est malade et en plus l’avion nous secoue encore plus qu’à aller

Huitième jour :Nous sommes à cinquante mètres du Mur des Lamentations où des juifs américains sont venus en masse, ça chante, ça danse. Des barrières sont placées pour retenir le flot des personnes impatientes d’y accéder. Il y a beaucoup de New-yorkais. Pour être bien placé, je me mets sur un terrain où il n’y a personne. Des piquets reliés par des rubans blancs entourent cet aire apparemment tranquille. J’ai déjà vu ces indices depuis quelque temps. J’ai un doute sur leur rôle. Ça se confirme, en anglais un policier israélien me pointe du doigt en me hurlant : "there is mine here get away quickly" , (il y a des mines partez tout de suite )

Je prends mon Nagra , mon pliant, et mes micros ( MD 21, M66 : mes micros de combats ) pour me mettre vite ailleurs. Le flic m’indique un endroit :"you will be ok here" Merci, Monsieur l’Agent, la police a du bon parfois ...

Mes enregistrements ont duré presque deux heures, magnifiques chants juifs mêlés à une grande ferveur. Il y a de la joie. Les barrières s’ouvrent enfin et les gens s’avancent vers le Mur des Lamentations pour la première fois depuis bien longtemps. Ils prient en masse, je vois des gens s’embrassés, se congratulés, on parle toutes les langues.

Après une journée de repos, Irwin et Jules Dassin vont à la rencontre de Ben Gourion et Moshe Dayan qui sont interviewés, le Président et le commandant en chef israéliens sont satisfaits, mais ils pressentent d’autres guerres à venir, celle-ci est insolente de succès.

Dixième jour : le plus mauvais souvenir , nous sommes à l’hôpital militaire de Tel-Aviv , là où sont les blessés des tanks, immense salle où une centaine d’hommes geignent, israéliens et égyptiens réunis dans la souffrance, blessés au napalm, membres coupés, têtes bandées. Une odeur immonde stagne dans cette salle, mélange de morphine et d’autres médicaments. Ces derniers soldats n’ont en général que quelques heures à vivre nous dit le médecin chef, à la demande de Dassin je fais une ambiance (pour le montage du film...)

J’ai plutôt envie de vomir, Vogel le directeur de la photo et Irwin sont au bord de l’évanouissement, c’est vraiment la grande horreur, la face hideuse de la guerre, mon Nagra pèse très lourd, quel métier !

Dès mon retour, je me jure que je ne ferai que des émissions musicales

Histoire très synthétique de mon bref témoignage dans la Guerre des Six Jours

Alain Hennequin Son 63

Je suis revenu des années après à Charm-el-Chek , je n’ai rien reconnu il y avaient de grands hôtels et les beaux cailloux qui faisaient le charme de ce bout du monde avaient depuis bien longtemps disparu comme par enchantement tout comme le son du violon d’Yvri Gitliss.