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Mémoire

Image argentique / image numérique : hybridations esthétiques mélange des moyens de captation au sein d’un film

Auteur : François Belin - Directeurs de mémoire : Jean-Pierre Beauviala et Jacques Pigeon

lundi 6 février 2012

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Ce mémoire a pour objet d’étudier les films qui, lors de leur tournage, ont eu recours à la fois à la pellicule argentique et à un capteur vidéo numérique. Nous sommes aujourd’hui au moment où la production cinématographique mondiale s’apprête à utiliser majoritairement les caméras numériques au tournage.

C’est un changement profond pour l’image de cinéma, depuis ses début liés à un support de captation : la pellicule souple, majoritairement d’une largeur de 35 millimètres. La brèche s’est ouverte en 1998, lorsque Sony lançait sa gamme de caméras CineAlta, capable de filmer en haute définition, et en images progressives. Depuis, de plus en plus nombreux sont les films à avoir fait le pari du numérique. Cependant, d’autres ont souhaité, pour des raisons narratives, pratiques ou techniques, utiliser une démarche hybride, mélangeant les supports. C’est ceux-ci que nous comptons étudier, afin de tirer de cette analyse des tendances qui selon nous concernent l’esthétique de l’image cinématographique à l’avenir. En effet, étudier ces films, qui mettent côte à côte l’image de cinéma telle qu’elle est depuis les débuts et telle qu’elle devrait être dans le futur, c’est étudier comment les différences entre les supports sont gérées, utilisées en tant que différences ou au contraire minimisées par des solutions que ce soit lors du tournage ou lors de la post-production. C’est étudier ce qui importe avant tout à ceux qui font des films, dans la texture des images qu’ils nous proposent.

Dans un premier temps, nous nous consacrerons à retracer rapidement l’arrivée de la technologie numérique et comment les premiers cinéastes ont pu s’emparer de la technologie. Une définition des différents supports nous sera nécessaire avant de nous interroger sur la remise en cause éventuelle de l’image de cinéma qu’introduit la technologie numérique. Puis nous passerons en revue des exemples de films ayant proposé, pour des raisons diverses, une approche mixte du tournage.

Par la suite, nous étudierons en détail deux films, l’un de fiction, l’autre documentaire, qui ont pris pour système cette approche hybride. Ces deux films n’auraient clairement pas pu exister quelques années plus tôt sans l’apport de l’image numérique. Pour des raisons différentes que nous noterons, ils restent aussi attachés à l’image argentique.

Le premier de ces deux films est Collatéral, de Michael Mann (2004). Il se déroule dans l’environnement nocturne de Los Angeles, où un chauffeur de taxi un peu naïf est pris en otage par un tueur à gages dans le but de se servir de lui comme moyen de locomotion entre ses différentes cibles. Ce film est un élément clé dans l’histoire du tournage en haute définition au cinéma. Il conviendra de le situer dans son contexte, et dans l’oeuvre de Michael Mann, qui depuis n’a plus fait marche arrière dans l’affirmation d’une esthétique numérique franche. A travers l’analyse, nous discernerons des points clés dans l’utilisation narrative du numérique pour créer de nouvelles situations de tournage, et dans l’utilisation de l’argentique pour satisfaire encore un certain degré de qualité et un maniérisme lié à des traditions esthétiques fortes.

Le second est Océans, de Jacques Perrin et Jacques Cluzaud (2010). A propos de ce film, nous étudierons plus particulièrement la recherche qui a été menée dans le domaine de la technologie numérique pour que le mélange des images -nécessaire pour obtenir les plans souhaités par les réalisateurs- ne vienne pas perturber le spectateur dans sa découverte du monde sous-marin. Sur ce projet énorme, qui dura près de six ans, les décisions technologiques ont amené chacun à se soumettre à un « workflow », chaîne de travail, véritable clé de voute d’une image qui ne se maîtrise plus aujourd’hui seulement lors du tournage.

Enfin, nous sortirons un peu de l’analyse des films pour questionner à un niveau plus technologiques les difficultés qui peuvent exister lors du mélange des supports. Cela concerne les défauts de l’image, mais aussi la profondeur de champ, la colorimétrie et la question essentielle du grain et du bruit.

Ce mémoire s’accompagne d’une partie pratique où nous avons voulu mettre en œuvre différentes situations et hypothèses avancées ici. Elle a été réalisée en commun avec Mathieu Cassan, dont le mémoire concerne la profondeur de champ. Il en résulte un film de court métrage intitulé « Jeux d’adultes ».