Accueil du site > Technique > Mémoires > Mémoires 2011 > Cinéma 2011 > Le cinéaste exposé. Le personnage du metteur en scène chez les (...)

Mémoire

Le cinéaste exposé. Le personnage du metteur en scène chez les réalisateurs-acteurs de fiction : Kitano, Mograbi, Moretti, Moullet

Auteur : Mikaël Gaudin - Directeurs de mémoire : Luc Moullet et Yves Angelo

vendredi 23 mars 2012

Partager l'article avec  

Depuis les origines du cinéma, la démarche de l’acteur-réalisateur est présente, mais elle a progressivement évolué d’un cinéma d’aventures-spectacle ou d‟un cinéma comique burlesque vers un cinéma de l‟intériorité, à forte dimension documentaire.

Le filmage de soi s‟accompagne désormais d’une complexité, d‟une profondeur et d’une exploration du Moi intime du cinéaste qu‟il convient de mettre en perspective. Ainsi la démarche du cinéaste présent à la fois devant et derrière la caméra est d’abord une posture tout à fait particulière qu’il faut décrire à l’aide de témoignages de professionnels en activité et de collaborateurs de prise de vues. Le cinéma d’Avi Mograbi paraît aussi constituer une œuvre intéressante dans la double posture qu’elle contient, celle d’un cinéaste proposant une mise en jeu de lui-même, à travers un processus autoréflexif questionnant notamment la position du filmeur/ filmé.

Le cinéaste (se) recompose une nouvelle identité à l’aide du médium film. A travers un ensemble de techniques d’écriture et de choix de mise en scène faisant de lui un nouveau "corps de cinéma", il propose une exposition de lui-même singulière, se créant un personnage fictionnel à dimension autobiographique, à la façon de Luc Moullet dans Anatomie d‟un rapport. La crise identitaire menace ce cinéaste-acteur, dont la tentative n’est pas exempte d’une part de risque, comme nous le verrons dans le cas de Takeshi Kitano. La structure de work in progress permet au film de se dérouler dans une logique non linéaire et évolutive, interdépendante avec la vie même, ou le cours de la pensée du cinéaste. Ainsi le film intègre des éléments hybrides appartenant au registre de l‟intertextualité et de la citation (l’allusion, la digression, bref « le hors-sujet, qui permet de mieux cadrer son sujet »), ou encore de la mise en abime (les méta-récits du cinéma dans le cinéma) et du film-essai (le film comme tentative, à la manière du diptyque de Nanni Moretti).

Enfin le cinéma contemporain conduit les réalisateurs-acteurs du cinéma du subjectif à adapter leurs techniques et leurs visions aux nombreux nouveaux outils et aux nouvelles conditions de réception des images du spectateur moderne. Une perspective pourra être le cinéma tourné "en amateur", tout seul, à la façon d‟Alain Cavalier, ou encore l’utilisation des effets spéciaux et images de synthèse qui pourra à terme révolutionner la perception et le filmage de soi.