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Mémoire

La "fiction in situ" : Peut-on raconter avec l’existant ? Approche de cette thématique dans le cinéma brésilien

Auteur : Angèle Gohaud - Directeurs de mémoire : Frédéric Sabouraud et Tunico Amancio

jeudi 5 avril 2012

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Des films comme Jaguar de Jean Rouch ont ouvert la voie à un type de réalisation particulière mêlant fiction et réalité. Ce mémoire se propose d’explorer cette production entre documentaire et fiction. Le terme « fiction in situ » pose l’hypothèse de l’émergence d’un nouveau type de cinéma, à l’instar des artistes plasticiens qui, à partir des années 1970, en implantant leur production dans des lieux, inventèrent « l’art in situ ».

Dans le cadre du cinéma, il s’agit de raconter des histoires spécifiques à un lieu en utilisant les éléments qui le composent : les cadres de vie, les habitants et leurs aventures authentiques. Les films étudiés prennent ce réel comme matière même de narration. À partir de ce postulat de départ, cette étude développera une série de questionnement sur le mode de fabrication de ces films et leurs rapports à leur environnement.

La mise en scène du réel sous forme de fiction pose des problèmes concrets de mode de fabrication : comment écrire un scénario, une histoire sur ce qui ne peut pas être prévu ? Comment intégrer un dispositif de filmage de fiction dans un environnement réel ? Ces films opèrent une fusion entre l’espace de tournage et le réel, et donnent ainsi lieu à des interactions entre ces deux mondes.

Pour répondre à ces questionnements, cette étude se base sur des entretiens et témoignages des réalisateurs des films du corpus. Ces dispositifs de fiction sont très proches du documentaire, et remettent en cause la notion de frontière entre ces deux genres. Tout au long de ce travail, l’effacement de cette frontière ne cesse de poser des nouvelles problématiques. Cette fictionnalisation de l’existant perturbe notre régime de croyance en l’image, et instaure en nous un doute perpétuel vis-à-vis de ce que nous voyons.

Elle remet aussi en cause la notion d’acteur. Celui-ci jouant son propre rôle, la frontière entre ce qui est de l’ordre du jeu, et ce qui vient de lui-même est souvent indiscernable. Cela ouvre une réflexion plus générale sur les notions de jeu, de direction d’acteur, et plus fondamentalement d’identité. Au-delà de la place de l’acteur, l’organisation interne de l’équipe est modifiée, pour tendre vers un fonctionnement plus collectif. Le réalisateur perd son statut d’inventeur d’un monde, d’auteur, et devient le créateur d’un dispositif qui réorganise les éléments du réel.

Cette recherche se base sur un corpus de films brésiliens contemporains. L’étude de ce contexte de production particulier donne lieu à une réflexion sur les rapports entre le contexte socio-historique et la fabrication des films. En effet, la production cinématographique brésilienne a une histoire chaotique et les films étudiés portent en eux les marques de ce contexte.