Accueil du site > Actualités > Voir, lire et entendre > La rubrique de Domi de Ciné 67 > Certains combats semblent d’arrière garde ….

LU, VU, ENTENDU…. Une pincée de sens et de sensations, Sel et piment inclus »

Certains combats semblent d’arrière garde ….

vendredi 16 septembre 2011

Partager l'article avec  

Dans La Nouvelle République du samedi 30 juillet, un article intitulé « L’Exclusivité des photos aux photographes » a retenu mon attention et suscité quelques réflexions.

De quoi s’agit-il ? Comme le décrit l’article, un décret est passé au journal officiel de la même semaine : à compter du 1° janvier 2012, les communes ne pourront plus prendre les photographies biométriques pour les passeports.

Revenue sur une mesure instituée en juin 2009 et présentée comme une obligation pour les services « état civil », cette volte face administrative réglementaire du gouvernement s’est fait sous la pression des fabricants de cabines automatiques et des artisans photographes.

Dans le département du Loir-et-Cher, 13 communes s’étaient équipées de station intégrée permettant à l’opérateur de respecter les critères stricts : pas de lunettes, pas de sourire, pas de reflet et une taille de tête contrainte dans un gabarit ovale prédéterminé.

Je crois discerner ici un souci corporatiste certes légitime mais qui, à l’analyse, me semble battu en brèche en ces temps de galopante invasion des équipements numériques, pour tout dire un combat d’arrière garde.

Combien d’artisans-photographes sont aujourd’hui mis en concurrence extrême avec des caméramans improvisés pour filmer des cérémonies de mariage ? Certes on fait encore appel à eux pour « the Photo » et pour combien de temps encore !

D’autre part, pourquoi l’ensemble des artisans-photographes au tournant des années 1970 n’ont-pu ou su empêcher la mise en place sur l’étendue du territoire national des cabines dites Photomaton. Celles-ci étaient porteuses et le restent d’une vision industrieuse de la photographie automatisée sans intervention humaine pour la prise de vue.

On comprend que le combat est faussé qu’on le place sur l’apport propre à l’artisan-photographe ou qu’on valide le même type d’apport technique dans une cabine automatisé. Ici, il ne s’agit en aucune façon d’un apport artistique, mais de répondre à des critères strictes dont une partie (sourire, lunettes ôtées) ne dépend que du client.

Et quoi qu’il en soit, l’officier d’état civil sera toujours celui qui, in fine, acceptera a photo apportée conforme ou non aux critères biométriques !

Pour élargir le champ de réflexion, j’ajouterai que les menus nombreux qui nous sont proposés dans les appareils photos tendent tous à agir à notre place. Le nous, ici, est tout autant celui du professionnel que celui de l’amateur éclairé (qui a toujours existé en photographie) et tout aussi bien ce qu’on a coutume d’appeler le grand public. Ces menus nous invitent à une solution de facilité. Celle-ci consiste à nous conformer et à faire confiance à des automatismes plus ou moins élaborés. Ainsi en est-il pour la balance des blancs, les stabilisateurs intégrés, bon nombre d’autofocus ou de correcteur de contre-jour, etc. Mais jusqu’où peut-on résister à la révolution informatique et numérique ?

Il me revient en mémoire une émission de la très ancienne série « La caméra explore le temps » consacrée aux canuts lyonnais et à leur révolte au début du 19° siècle. De quoi s’agissait-il ? Ici encore d’une révolution, celle de l’industrialisation du tissage avec l’invention des métiers dit jacquard. Le court échange qui terminait cette émission est aujourd’hui présent à mon esprit : « Certes on va produire plus de tissus mécaniquement, il y aura sans aucun doute moins de tisserands ou de tisserandes, mais du côté des métiers certains sont nouveaux et appelés à se développer : le créateur, le réparateur et le maintenancier de métiers jacquards. »

Coure donc jeune homme, jeune femme, le monde actuel est devant toi et n’oublie pas que ce monde se doit d’être artistique, culturel, émotionnel dans ses photos plus que biométrique, c’est-à-dire sécuritaire, voir guerrier !

Dominique Bloch - AEVLL, promo Ciné 1967