Accueil du site > Technique > Mémoires > Mémoires 2010 > Cinéma 2010 > Le Journal Filmé. Pour une pratique du cinéma personnel

Mémoire

Le Journal Filmé. Pour une pratique du cinéma personnel

Auteur : Garance Garnier - Directeurs de mémoire : Christian Lebrat & Jean-Louis Berdot

mardi 11 octobre 2011

Partager l'article avec  

A l’origine de ce mémoire, il y a une révélation. En automne 2007, j’ai assisté au Centre Georges Pompidou à la projection de Lost Lost Lost de Jonas Mekas. Ce fût d’abord un étourdissement. Ce que je voyais sur l’écran me plaisait sans trop savoir pourquoi. Les images, la voix de Mekas, cette effervescence, tout cela m’a envoûtée. J’en voulais encore. J’ai donc découvert par la suite Diaries, Notes and Sketches, also known as Walden et Reminescences of a Journey in Lithuania. Quelque chose, un déclic, une ouverture s’est produite en moi.

J’ai entendu parler du Filmeur d’Alain Cavalier par la suite. Je l’ai visionné et il m’a fait l’effet inverse des films de Mekas. Je me suis ennuyée, le film ne me touchait pas, j’étais presque gênée devant autant de confidences. Puis vient une pratique, la mienne, que je voulais approfondir et comprendre. Je filme quotidiennement des instants, des objets, des gens, sans trop savoir où cela va me mener. J’ai la volonté de rendre au mieux compte, par cette pratique, de ma perception, de ce que je ressens au moment où je filme.

Cette double démarche, à la fois de spectatrice et de praticienne, m’a tout naturellement conduite à orienter mon mémoire sur le journal filmé. Je me suis tout d’abord penchée sur les analogies que l’on pouvait faire entre le journal intime en littérature et le journal intime filmé. Entre revenir sur sa journée chaque soir par l’écriture et capter le présent avec sa caméra, y a-t-il un rapprochement ? Une envie commune ? Peut-on trouver une typologie semblable aux deux pratiques ? Emploie-t-on le même vocabulaire ? Quel est le but d’un journal intime, écrit ou filmé ?

Le journal intime, comme le dit son qualificatif, est un journal que l’on ne fait à la base que pour soi. Pourtant certains journaux sont publiés (Le journal d’Anne Frank pour ne prendre que le plus connu d’entre eux) ou diffusés (Mekas, Morder, Cavalier, Perlov, etc…). On parle alors de « film-journal », produit du journal filmé. Quelle différence entre les deux ? Comment passe-t-on de l’un à l’autre ? En s’intéressant ainsi aux différentes manières de faire un « film-journal », j’ai décidé de ne faire cas que de deux esthétiques du journal filmé, à la fois exemplaires et antagonistes.

Mais qui sont aussi celles qui m’ont le plus marquée. L’une tournée vers l’extérieur et le partage : celle de Jonas Mekas. L’autre tournée vers l’intérieur, l’intime et l’introspection : celle d’Alain Cavalier. Après l’exploration de l’historique de chacune, qui permet de comprendre comment ces deux cinéastes en sont venus à pratiquer le journal filmé, on dégagera les principales caractéristiques de ces deux esthétiques, leurs manières de filmer, leurs motifs, leurs particularités, voire leurs convergences.

En explorant ces deux pratiques et en analysant quelques-unes de leurs réalisations, je me suis rendu compte que faire un journal filmé est, au-delà de ce qui est raconté, un geste politique. Le journal filmé, par sa pratique – on est seul avec une caméra –, permet d’être totalement libre. Par conséquent, on cherche à inventer son propre langage.

On cherche à se construire. On pousse notre réflexion plus loin. Ainsi le travail du filmeur peut être rapproché de celui de l’essayiste, comme de celui du poète. Et moi dans tout ça ? A l’occasion de ce mémoire je vais enfin revenir, pour la première fois, sur mes images. Tournées sur un peu plus d’un an, ces images représentent une dizaine d’heures accumulée sur cassettes et sur support informatique, filmée par une caméra et par mon téléphone portable.

Peut-être que ma partie pratique de mémoire (mon propre film-journal) aidera, modestement et à mon niveau, à rendre compte de ma perception du monde. Du moins m’aidera-t-elle à m’éclairer moi-même sur cette perception.