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Mémoire

La lumière dans l’identité visuelle de l’auteur en photographie de mode

Auteur : Sylvain Leurent - Directeur de mémoire : Rolan Ménégon

dimanche 25 septembre 2011

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Lumière et photographie de mode sont deux notions porteuses d’un imaginaire collectif fécond. On attribue à la lumière, un rôle à la fois technique mais aussi mystique, propre à susciter les émotions. Quant au photographe de mode, il sera tour à tour, vu comme un artisan faisant une utilisation virtuose de ce phénomène physique, et comme un véritable artiste demiurge manipulant une lumière « magique ».

Au-delà d’un simple outil technique, la lumière semble être un véritable prolongement de son identité visuelle. Nous tenterons d’élucider cette question en analysant successivement la lumière en tant que phénomène physique et signifiant en photographie de mode, la lumière dans l’oeuvre de trois photographes de mode et la lu-mière comme composante du style du photographe. En tant que phénomène physique indispensable à l’existence de la photographie, la lumière se caractérise par sa qualité et sa quantité.

Ces caractéristiques physiques, ainsi que la nature du sujet éclairé, vont déterminer les luminances de la scène. Celles-ci vont alors pouvoir être enregistrées ou plutôt interprétées par l’appareil photo. La photographie de mode, par la variété de ses objets photographiés et par sa dimension artistique, fait un usage maîtrisé et créatif de ce phénomène physique afin de véhiculer ses messages. La lumière incarne ici pleinement son rôle fonctionnel, esthétique mais aussi symbolique.

A la fois fond et forme, elle permet aussi bien de montrer le vêtement, de sublimer le réel, de capter l’ « air du temps » que de susciter une émotion. Objet de toutes les attentions, elle est vite devenue une signature de l’identité visuelle des photographes de mode qui la manipulent. Emprunte d’une grande subjectivité, elle constitue dans une certaine mesure, le reflet visible de l’identité de celui qui l’utilise. Il est frappant de constater que les trois photographes étudiés dans ce mémoire font un usage radicalement différent de la lumière dans leur travail.

Ainsi, le photographe de mode iranien Ali Mahdavi, exprime sa fascination pour l’univers glamour hollywoodien des années trente, en adaptant dans son travail les codes lumineux de cette époque, et en y ajoutant une dimension dramatique et ostentatoire. De son côté, Paolo Roversi privilégie une esthétique teintée de pictorialisme, faisant la large part au flou et aux surprises apportées par une lumière maîtrisée mais non totalement contrôlée. Enfin, Éric Traoré, expérimente continuellement autour de la lumière afin de révéler sa vision du beau et possède ainsi une identité visuelle en constante évolution.

Toutefois, il serait faux de penser que ces photographes, tout comme les autres photographes de mode, puissent exprimer librement leur identité visuelle à travers la lumière. Entre pratique artistique et enjeux économiques, le traitement de la lumière par le photographe est le plus souvent soumis à des contraintes extérieures venant des agences de publicité, des rédactions de mode ou des clients eux-mêmes. Ces contraintes et la logique de concurrence qui en résulte, influent directement sur le style du photographe.

On assistera alors à un nivellement des styles et des identités conduisant quelquefois à leur disparition. Aussi, la lumière ne saurait représenter fidèlement l’identité visuelle du photographe tant elle ne constitue qu’une partie de celle-ci et tant son usage est soumis à des contraintes pesant sur les choix du photographe.