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Mémoire

Image sacrifiée, image sacrée. L’informe selon Georges Bataille en photographie analogique et son lien avec le sacré

Auteur : Pierre-Adrien Brazzini - Directrice de mémoire : Claire Bras

mercredi 28 septembre 2011

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La photographie est née officiellement en 1839. De 1830 à 1845 Auguste Comte a développé sa philosophie du positivisme. En 1882, dans son ouvrage Le Gai Savoir, Friedrich Nietzche, écrit « Dieu est mort ». Selon Walter Benjamin, la photographie a participé à la destruction de l’aura du monde.

La photographie a montré l’homme et le monde nu, abandonné de dieu. La photographie a participé à cet effacement de dieu dans le monde. Mais parallèlement à ce phénomène, en 1861 apparaît la photographie spirite aux États-Unis. C’est le premier “mouvement“ photographique qui va s’opposer au rationalisme et au positivisme de l’époque. Il est même le premier mouvement qui le rejette catégoriquement dans les procès qui émaillent l’histoire de la photographie spirite. Dans cette photographie vont commencer à apparaître les accidents photographiques, les lumières étranges, les éclats et reflets, les surimpressions, etc.

Tout ce qui a pu être considéré comme une manifestation de l’au-delà, des morts, du sacré ou du divin par les partisans de la photographie spirite et comme de simples anomalies photographiques par ses opposants. Des photographes vont rechercher ces manifestations de la photographie que je vais classer dans la catégorie de l’informe. L’informe est un terme théorisé en 1929 par Georges Bataille dans sa revue Documents, plus exactement dans son Dictionnaire critique. L’informe est une notion relativement (mais volontairement) vague. Il regroupe tout ce qui échappe à la forme, tout ce qui va à l’encontre de la “bonne forme“.

Tout ce qui déclasse le support d’origine. L’informe, dans la pensée de Georges Bataille est lié au sacré. Il est lié à une dramatisation du monde qui le porte vers le sacré. Ainsi en recherchant l’informe, un des moyens les plus radicaux et efficaces est de sacrifier volontairement l’image, et dans la photographie, plus principalement, la matrice de l’image : le négatif. Par le sacrifice le photographe peut atteindre à cet informe et renouer le lien avec (les) dieu(x).

Ne fût-ce que par l’étymologie, le sacrifice touche au sacré. Mais plus encore, en rendant le monde malléable, liquide les photographes vont renouer ce lien au sacré. Ainsi Raoul Ubac, Sigmar Polke et Olivier Pin-Fat, ont-ils sacrifié volontairement leurs négatifs. Parfois dans des buts différents, mais tous avec l’idée d’un monde possiblement malléable et que l’on pourrait remettre en jeu.