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DEUX FILMS DE L’E.N.S. LOUIS LUMIERE A NEW YORK

samedi 15 décembre 2001

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Millenium et Le Regard de l’Ombre, des courts-métrages réalisés pendant nos études à l’ENS Louis Lumière (Promotion 99), ont été sélectionnés par l’Université de New York (" Tisch School of the Arts ") pour participer au 5ème Festival International des Films d’Ecoles. Cette manifestation bi-annuelle a eu lieu cette année à New York du 15 au 20 octobre. En tant que réalisateurs respectifs des deux films, Grégoire et moi avons eu le plaisir et l’honneur d’être invités là-bas pour toute la durée du festival. Ensuite, les choses sont devenues nettement plus compliquées et jusqu’au dernier moment, nous n’étions pas sûrs de pouvoir y aller. Avec l’aide énergique de quelques bienveillantes personnes, nous sommes finalement arrivés à New York pour une semaine réellement inoubliable.

Ce qui s’est passé avant...

Début septembre, Michèle Bergot (Bureau des Relations avec l’Extérieur) et Catherine Sorton (Service de la Documentation) nous avertissent qu’elles ont inscrit nos films à ce festival quelques mois auparavant et qu’ils viennent d’y être sélectionnés. Nous sommes évidemment très heureux d’apprendre que Louis Lumière continue d’envoyer nos films dans des festivals internationaux après notre sortie de l’école, très fiers d’imaginer que ceux-ci vont être projetés à New York et très motivés par l’idée de nous y rendre. Surviennent alors deux problèmes : les copies 35mm ne sont pas sous-titrées en anglais, ce qui semble un impératif pour prendre part à la compétition. Il faut compter plus de 10 000 francs pour les deux films et Louis Lumière ne peut engager cette somme. Surviennent les attentats du 11 septembre 2001. Effroi, résignation, consternation.

La semaine suivante, l’Université de New York annonce que le festival aura bien lieu. Dans leur message, les organisateurs insistent sur le fait que si la rencontre ne pourra être aussi festive que prévu, les récents événements ne la rendent ni inutile, ni inopportune. Ils réaffirment au contraire l’importance de multiplier les échanges entre cultures différentes.

Avec le soutien actif de Michèle, nous cherchons un moyen de financer des copies sous-titrées. Nous faisons appels à différents organismes publics et privés susceptibles de nous aider. Après des refus de principe ou des délais de procédure trop longs, Grégoire aboutit aux Services Culturels de l’Ambassade de France à New York. Madame Véronique Godard, Responsable du département Cinéma&Audiovisuel, nous renvoie peu après un écho favorable. Face à l’urgence, Ex-Machina et Titra-Film exécutent les travaux de laboratoire et de sous-titrage en quelques jours. Nous partons finalement avec les copies dans nos bagages.

...et ce qui s’est passé pendant  !

Partis séparément, Grégoire et moi nous retrouvons dans l’hôtel où logent tous les invités du festival. Allemands, québécois, belges, australiens, anglais, slovaques, bulgares, américains, roumains, croates, israéliens, finlandais... et un troisième français (de la Femis). Au total, une vingtaine d’étudiants (ayant généralement terminé leur école) sont effectivement présents pour une cinquantaine de films en compétition. 45 films projetés hors-compétition complète la programmation. Ces quelques cent court-métrages sont issus de 35 écoles et 26 pays différents. Louis Lumière et la Femis présentent six films pour la France, dont quatre en compétition.

e festival démarre par la projection de Il mio viaggio in Italia, un documentaire sur le cinéma italien réalisé par Martin Scorsese. Quatre heures de projection, c’est un peu rude ! Mais le film en vaut la peine et donne envie de revoir la production italienne dans son entier. Suit une brève rencontre avec le réalisateur ’himself’, venu répondre à quelques questions sélectionnées à l’avance. Nous sommes un peu frustrés de ne pouvoir poser nos propres questions mais très impressionnés d’avoir vu de nos yeux celui qui a fait Taxi Driver et Raging Bull. L’interview dure vingt minutes ; elle aborde essentiellement les origines du projet documentaire.

A dix heures du soir, projection des premiers court-métrages. Durant la semaine, nous allons constater que pratiquement tous les films ont, sous des aspects très variés, quelque chose à voir avec la perte : de l’innocence, d’un proche, de la virginité, de la liberté, de l’insouciance, de l’amitié, de la paix, de l’amour dans le couple, de la protection des parents, de la vie... Autre constat : les personnages principaux sont majoritairement soit assez jeunes, soit relativement vieux alors que très peu d’histoires concernent des personnes d’âge moyen. Plusieurs films mettent d’ailleurs en face à face des personnages de générations éloignées. La plupart des films jouent avec nos sentiments plus qu’avec nos nerfs et il y a peu de de films de genre.

Plus de vingt court-métrages sont ainsi présentés chaque jour de 18 heures à minuit. Avant cela, nous nous retrouvons tous pour déjeuner à ’NY University’. L’occasion de parler des films vus la veille et de nous interroger les uns les autres sur le fonctionnement des différentes écoles et sur l’état d’esprit dominant dans le milieu cinématographique de chaque pays. Le programme du festival inclus également dans l’après-midi des conférences et discussions informelles. L’occasion nous est ainsi donnée d’échanger nos points de vue sur les attentats du 11 septembre dernier. Les dirigeants de ’Tisch School’ et quelques étudiants new-yorkais prennent part à cette discussion. En émane surtout un sentiment général d’impuissance face à une mentalité terroriste si radicale. On constate également de fortes divergences sur l’efficacité des opérations engagées. Tout le monde admet qu’il ne peut y avoir un règlement purement gouvernemental de la crise, et que nous sommes forcés d’intégrer ces enjeux globaux dans nos raisonnements personnels et notre vie quotidienne. Une représentante israélienne de l’Ecole de Tel-Aviv fait remarquer que cette réalité est effective depuis toujours dans son pays. Par ailleurs, nous constatons tous, y compris dans les court-métrages projetés, combien ces événements pèsent sur les images en donnant à beaucoup d’entre elles un sens et une intensité totalement involontaires. Nous évoquons les déviances de l’information télévisuelle mais aussi l’écho incertain que provoquent des films, déjà sortis ou en passe de l’être, faisant référence bien malgré eux à la vision terriblement réelle du World Trade Center en train de s’effondrer.

Cette discussion sur les attentats a lieu en début de semaine et démarque d’emblée les sujets importants des autres. Les réunions suivantes, bien qu’intéressantes, sont donc forcément moins passionnées. Elles traitent, pour l’une, de la place des femmes dans l’industrie cinématographique et, pour l’autre, du cinéma indépendant à New York (pour ceux comme nous qui l’ignoraient, il faut maintenant parler de cinéma " alternatif "). Jim Jarmush était annoncé pour cette dernière conférence mais il ne vient finalement pas. Dommage !

Le vainqueur du festival est A man thing, un film polonais de l’école de Lodz. Tant mieux car c’est, à tous les niveaux, un vrai très bon film avec des acteurs et une mise en scène remarquables. Bravo à Slawomir Fabicki, à son équipe et à son école ! Bravo aussi aux organisateurs du festival et merci pour leur excellent accueil. De tout cœur, nous souhaitons que d’autres étudiants de Louis Lumière aient plus tard la même chance que nous. Nous espérons donc que l’école va avancer dans sa volonté et sa capacité de montrer ce que les étudiants peuvent y produire.

P.-S.

Article initialement paru sur le site de l’école www.ens-louis-lumiere.fr