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Mémoire

Le difficile statut de la photographie ethnographique : étude du fonds photographique du musée du quai Branly.

Mémoire de Céline Scaringi (Photo 2009) Directrice du mémoire : Françoise Denoyelle

mercredi 10 août 2011

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La rédaction de ce mémoire a été motivée par différentes interrogations sur les relations qui existent entre les fonds photographiques issus des expéditions ethnographiques qui ont jalonné les XIXe et XXe siècle et le champ muséographique.

La reconnaissance du statut artistique de cette pratique photo-mécanique s’est construite en étroite concordance avec l’évolution des dogmes de l’histoire de l’Art et, en conséquence, avec la curiosité croissante que les musées des Beaux-arts ont eue pour la photographie. Cependant, justifier son ascension par un axe d’analyse trop sommaire est toutefois risqué.

En effet, sous-entendre que la légitimation de l’objet photographique s’est bâti uniquement à travers un schéma de pensée d’abord obscure à sa présence dans les musées, puis bienveillante est une façon d’éluder l’importance qu’on accorda dès le début du XXe siècle aux fonds photographiques appliqués à un champ disciplinaire tel que l’ethnologie : les collections du département des estampes de la Bibliothèque Nationale de France ou celle du musée du quai Branly, anciennement annexées au musée de l’Homme, sont donc à ce titre des sujets d’étude dignes d’intérêt.

S’intéresser à l’histoire d’un fonds à la fois composite et hétéroclite, comme celui de la photothèque du musée de l’Homme aujourd’hui transféré dans les réserves du tout récent musée des Arts Premiers, est une source riche d’enseignements sur les fluctuations des politiques patrimoniales et l’évolution des démarches de conservation. La diversité des regards portés sur ce fonds colossal, riche d’un peu plus de 580 000 pièces, depuis les origines de sa création, met en évidence l’ambiguïté de son statut, oscillant constamment entre sa valeur d’archive et son titre de collection.

En effet, l’accumulation de ce patrimoine photographique s’est développée au sein de diverses institutions muséales dès le début du siècle sans pour autant bénéficier des politiques de diffusion : les photographies ethnographiques étaient consultées moins pour leurs qualités esthétiques que pour leur valeur incontestée de documentation et de témoignage auprès des scientifiques. Avant d’entreprendre l’examen approfondi de cette collection, nous avons tenté dans un premier temps de restituer le contexte historique dans lequel s’est inscrite la création d’un département d’images au musée de l’Homme, et d’aborder la nature équivoque de ces photographies, sommées d’être parfaitement objectives par la rigueur scientifique mais tantôt téméraires dans leurs exigences artistiques inavouées.

Dans une seconde grande partie, nous avons fait l’analyse de la gestion de cette même collection par deux institutions : le musée de l’Homme et le musée du quai Branly, non pas tellement pour en juger de l’efficacité, mais bien davantage pour en interroger la nature, les fondements et les singularités.

Il ne s’agit pas tant de proposer une étude historique sur le développement de cette collection, mais bien davantage de considérer la façon dont la photographie ethnographique y a été envisagée, en examinant les principales missions de ces deux institutions.