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Mémoire

La parole asynchrone dans le cinéma documentaire

Mémoire de Renaud Bajeux (Son 2009) - Directeur de mémoire : Gérard Leblanc ; co-directeur : Olivier Meyrou

vendredi 12 août 2011

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La présente étude explore différentes démarches et différents dispositifs asynchrones du cinéma documentaire. Plus particulièrement, elle vise à dégager d’une part les enjeux éthiques qui leurs sont propres, s’attachant à la relation de l’auteur aux personnes filmées et aux spectateurs via la parole asynchrone, d’autre part elle vise à en dégager les enjeux esthétiques, analysant la mise en scène de la parole et les interactions de celle-ci avec les autres éléments filmiques (images, sons non verbaux).

n guise de préambule, nous étudions au premier chapitre les relations du documentaire direct à l’asynchronisme de la parole. Nous tentons de mettre à jour les présupposés du premier à l’égard du second. Nous analysons ensuite les formes de la parole asynchrone dans le documentaire direct, notamment à travers les Daguerréotypes d’A. Varda et les Profils paysans de R. Depardon, montrant qu’elle n’y tient qu’une place marginale. Puis, prenant appui sur le dispositif singulier de Berlin 10-90 de R. Kramer, nous montrons les limites d’une telle conception et de telles formes de l’asynchronisme. Cela nous amène à penser l’asynchronisme en nous dégageant des préjugés courants à son égard, montrant combien il est susceptible d’accomplir le projet documentaire au-delà même des possibilités du direct.

Nous envisageons ensuite trois types de dispositifs asynchrones que nous appelons respectivement allo-centrés (centrés sur l’autre), impersonnels, et égo-centrés, prenant ainsi pour fil directeur à notre réflexion, l’évolution de la posture de l’auteur par rapport à la parole asynchrone – qu’il donne la parole à l’autre, se l’attribue sans vraiment s’y inscrire ou la prenne explicitement. Nous étudions les dispositifs allo-centrés de Au delà de la haine d’O. Meyrou, de Moi, un Noir de J. Rouch, de Le cercle des noyés de P.-Y. Vandeweerd, et de L’Ordre de J-.D. Pollet. Nous y montrons la mesure dans laquelle l’asynchronisme est susceptible de mettre en scène la parole de l’autre autrement.

Nous envisageons ensuite les dispositifs impersonnels sous l’angle de l’autorité. Nous tentons de mettre à jour les traits du commentaire autoritaire. Puis nous étudions un certain nombres de dispositifs qui parviennent à éviter toute posture autoritaire et qui, malgré l’impersonnalité, accomplissent un projet qui relève du documentaire. Nous abordons Le sang des bêtes de G. Franju, Les maîtres fous de J. Rouch ainsi que Nuit et Brouillard d’A. Resnais.

Enfin, nous étudions l’asynchronisme égo-centré à travers les dispositifs de Doulaye, une saison des pluies de H.-F. Imbert, de Sans Soleil de C. Marker et de l’Élégie de la traversée d’A. Sokurov. Le premier exemple nous permet de montrer les affinités entre l’asynchronisme et le cinéma du subjectif, les deux suivants nous permettent d’atteindre le cinéma de la subjectivité dont nous montrons qu’il est susceptible de documenter la conscience et l’imaginaire.