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Mémoire

Un cadre dynamique pour la narration au cinéma

Mémoire de Laurent Bourven (Ciné 2009) - Directeurs de mémoire : Tony Gauthier et Jean-César Chiabaut

lundi 22 août 2011

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« Cadre dynamique » est né de ce qui nous semblait être un vide dans le cinéma contemporain, à savoir l’utilisation dans le cinéma narratif d’un cadre libre de tout format « classique » de la prise de vues, mais dont les bords seraient susceptibles d’évoluer indépendamment les uns des autres.

Inspiré d’un discours tenu par S.M. Eisenstein au début des années 1930, le « cadre dynamique » se révèle être un véritable outil de mise en scène, un cadre pluriel qui sort de la rigidité du format fixe, pour montrer différemment les sujets, et participer de la narration d’un film. Le rectangle a toujours prévalu depuis la naissance du cinéma, car les formes communes de représentation utilisaient déjà cette figure.

De nombreuses exceptions étaient néanmoins remarquables, en peinture, en photographie, dans la bande-dessinée, avec des problématiques particulières (notamment sur la narration par l’image), et des enjeux globalement différents car leur cadre est fixe (le temps de l’image de ces arts est donc le temps du spectateur, non le temps de l’auteur, contrairement au cinéma). Le cinéma a donc déjà utilisé le cadre dynamique, surtout au temps du muet, comme nous le montre un film tel que Die Bergkatze d’Ernst Lubitsch.

Cette utilisation brillante a ensuite souffert du renouveau du langage cinématographique à l’arrivée du parlant, et a peu réapparu depuis. Par la multiplication des expériences, nous pourrons parvenir à la cohérence du système. Le cinéma – et surtout la post-production – numériques vont en ce sens. Nous espérons avoir donné au lecteur l’envie d’expérimenter à son tour le cadre dynamique.

En outre nous réalisons à quel point le récit au cinéma est tributaire des images, et le cadre est le réceptacle de ces actions, notamment par la composition et le hors-champ. Le dynamisme apporte une nouvelle perspective au récit en donnant des indices au spectateur sur l’histoire qu’il suit, en l’y immergeant un peu plus. Finalement il nous apparaît que ce qui importe le plus n’est pas l’histoire, mais bien la façon de la raconter, et le cadre dynamique s’avère être un outil puissant pour renouveler la narration.

Cette façon singulière de raconter une histoire passe par un renouveau des formes : comment, avec cette technique, cadrer un acteur ; comment intégrer la lumière et la faire participer du cadre ; comment créer de nouveaux chocs par confrontation d’images, donc grâce au montage, ce sont autant de questions qui nous amènent à considérer l’outil sinon comme un langage, du moins comme une possibilité d’expression à (re)découvrir. Nous insistons sur le fait qu’il ne s’agit pas d’un cache, mais bien d’un cadre, dont le but est définitivement de montrer, et surtout de montrer différemment. Par conséquent, le spectateur peut s’attendre à de nouvelles images, qu’il n’a pas l’habitude de voir. Son mode de perception s’en trouve modifié (notamment la perspective et l’échelle des plans). Il fallait donc mettre en œuvre le cadre dynamique pour vérifier, à l’aide d’un film, nos hypothèses.

La partie pratique est donc venue confirmer la majeure partie de cette étude théorique ; elle met sur la voie d’une technique prometteuse qui ne demande qu’à être développée. Elle confronte le spectateur à des effets dont certains fonctionnent mieux que d’autres (notamment le rôle du cadre dans la psychologie et la relation entre les personnages, et l’ambiance générale du film).