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Les enjeux de la cyberpresse

par Michel Prik et Muriel Courjal

vendredi 26 avril 2002

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Introduction

Les enjeux de la cyberpresse se situent au final aux plans économique, politique et social. Ce dossier se veut synthétique, et portera sur une analyse des phénomènes liés à la presse sur Internet.

Histoire d’un futur proche : Tout au bout du monde dans un aéroport, un homme en voyage d’affaires épluche les pages économiques de son journal comme il le fait depuis trente ans. Autour de lui, c’est l’effervescence. Les autres personnages de la scène s’agitent sur une information qui vient de tomber il y a une heure seulement. Certains consultent leur téléphone mobile à haut débit, d’autres leur ordinateur portable connecté au réseau. Les derniers s’affairent autour d’une borne multimédia et impriment les pages qui les intéressent.

Notre homme d’affaires n’a pas encore cette information sensible qui le rendra bientôt aussi fébrile que ses voisins d’aéroport. Il n’aura l’information que le lendemain matin, avec beaucoup de retard sur ses concurrents.

L’avenir appartient à ceux qui vont dans le sens de l’histoire.

La cyberpresse promet chaque jour un peu plus, que faut-il en penser ? C’est l’objet de ce dossier.

Pour des raisons de volume, cette étude se limitera à la presse française, mais nous emprunterons des références chez certains de nos voisins.


Contexte socio-professionnel

Bref historique de la presse écrite

L’invention de l’imprimerie remonte à Gutemberg, vers 1440.

L’année 1631 est considérée comme le début authentique de la presse écrite en France, avec la Gazette de Théophraste Renaudot. Au menu : censure et propagande de la monarchie.

En 1789, la Révolution proclame la liberté de la presse et provoque la multiplication des titres (60 périodiques en 1788, plus de 500 en 1792).

Mais la presse ne devient populaire qu’en 1863 avec le lancement du Petit Journal dont le tirage atteint le record de 300.000 exemplaires en 1869. Avec la loi de 1881 -toujours en vigueur aujourd’hui- la presse française devient la plus libre et la plus forte du monde : Le Petit Parisien atteint les 1,5 millions d’exemplaires quotidiens en 1914.

Les deux conflits mondiaux mettront un coup d’arrêt à cette expansion, coup d’arrêt lié aux compromission des journaux avec les pouvoirs successifs. Les lecteurs perdent une partie de la confiance qu’ils y accordaient. A de rares exceptions près comme Libération, les quotidiens édités en France - en nombre comme en tirage moyen- ne cessent de diminuer depuis 1892, et de manière plus importante depuis la fin de la seconde Guerre Mondiale.

Ce phénomène est très différent aux Etats-Unis où à population égale on trouve un choix de titres 5 à 10 fois plus important, équivalent à la production française de 1901.

La baisse de l’activité est cependant contrastée, elle mélange le faste - par l’argent que certains gagnent malgré tout- et la sclérose - par une tendance générale à l’immobilisme technologique-.

A l’aube de l’ère Internet, l’environnement médiatique est déjà en mutation :

- Février 1979 : lancement du programme Minitel, véritables prémices des services web en France
- Eté 1981 : légalisation des radios locales privées
- Novembre 1982 : lancement du programme de télévision par câble
- Printemps 1984 : autorisation de diffuser de la publicité sur les radios locales privées
- Années 1980 : lancements de Canal+ et autres chaînes de télévision privées, et privatisation de TF1 qui s’approprie de nouveaux segments de budgets publicitaires jusque là réservés à la presse écrite.

On estime aujourd’hui à 120.000 le nombre de personnes employées en presse écrite en France, pour 31.000 journalistes professionnels titulaires d’une carte de presse.


La presse en ligne

Dès avant la presse en ligne, de nombreux scientifiques échangeaient des messages sur les réseaux. L’arrivée de la presse en ligne est liée à la vulgarisation de ces techniques.

Dès la généralisation du protocole http en 1993, on a vu surgir un florilège de publications électroniques. La télévision numérique, imminente, devrait également apporter son lot de révolutions culturelles, technologiques et sociales


Données fondamentales propres à tous les systèmes de presse

Au 19ème siècle, le problème des journalistes était celui de la rareté de l’information. Aujourd’hui, la rareté s’est transformée en trop plein. La problématique est de choisir ce qui a du sens et de filtrer ce qui n’est pas utile.

Le lien entre information, opinion publique et gouvernement est établi de longue date. Pour Machiavel, « il est important de mériter l’affection du peuple, car l’opinion populaire est la plus puissante ». Pour Pascal, « l’opinion publique est la reine du monde ». Ce lien est renforcé par le suffrage universel et la presse de masse. Le gouvernement du peuple suppose le contrôle permanent de l’exercice du gouvernement, et la presse est le relais entre gouvernants et gouvernés.

De tous temps, l’information a été le fruit d’un savant équilibre entre différents groupes de pression potentiels :

- Le pouvoir et les institutions
- Les puissances d’argent
- Les annonceurs
- Les lecteurs

Une information libre suppose la liberté de la presse, ce qui est contradictoire avec le principe de libre jeu des marchés.

Deux mots-clés dominent cet univers : pression et connivence. Pression à des degrés variables selon les cas de figure. Connivence car les hommes de pouvoir et des médias ont besoin de se connaître mutuellement, situation renforcée par leurs origines communes : 60% des journalistes parisiens sont fils de cadres supérieurs, d’industriels ou de membres de professions libérales, 10% fils d’ouvriers ou d’employés. La célèbre « Affaire Mazarine » est en ce domaine une remarquable histoire d’auto-censure collective.

Quel que soit le niveau de diffusion de l’information, du plus local au plus international, La valeur de l’information est liée aux délais de diffusion. Une éventation de seulement 24 heures fait parfois perdre la totalité de l’intérêt du produit - dans le cas des scoops, notamment-.

La volonté de "ne pas choquer, ne pas heurter les dispositions d’esprit de la majorité du public" croît avec l’audience, qu’elle soit réelle ou supposée telle.

La particularité de cette industrie est qu’elle vit simultanément sur trois modèles économiques :

- La recette sur les ventes proprement dites, directes (par abonnements) ou indirectes (kiosques) aux lecteurs.
- La recette sur la diffusion de publicités, qui est fonction de son « capital-lecteurs » à savoir l’étendue et la qualité du lectorat.
- Les subventions dans un certain nombre de cas de publications de type associatif, municipal, professionnel, privé ou même semi-publicitaire.

Du fait de l’externalisation d’une grande partie des services (impression, routage, réseaux dans le cas de la cyberpresse) le faible coût des structures minimum a toujours été une caractéristique de l’activité : la matière première -l’information- est au départ totalement gratuite. Par contre, chaque parution est un prototype dont personne ne sait dire exactement quel succès il va rencontrer (d’où un grand nombre d’invendus, jusqu’à 40% en presse écrite).

On observe que le journalisme est devenu une composante de plus en plus petite au sein d’un univers médiatique de plus en plus important. Les systèmes de communication numérique défient les pratiques journalistiques héritées des précédentes époques d’innovation technologique.

L’arrivée d’un nouveau support média dans les milieux de la presse n’est pas anodin : il faut garder à l’esprit la disparition des actualités cinématographiques à la fin des années 60, disparition liée à la généralisation des postes de télévision dans les foyers français. Ce phénomène a contribué à alimenter la désaffection des salles et la crise du cinéma national qui a nécessité un déploiement d’énergies considérable pour le maintenir à flots.


Panorama de la presse en ligne / Gamme des services proposés

Les grandes familles, en dehors de la presse généraliste :
Informatique
Arts et culture
Sports et loisirs
Tourisme
Santé
Droit
Finance
Immobilier
Annonces
Compilateurs
Divers
Aperçu des services les plus connus
Presse écrite
Libération : www.liberation.fr
Le Monde : www.lemonde.fr
Le Figaro : www.lefigaro.fr
L’Express : www.lexpress.fr
Le Point : www.lepoint.fr
Le Nouvel Observateur : www.nouvelobs.com
Le Parisien : www.leparisien.fr
Télérama : www.telerama.fr
Les Echos : www.lesechos.fr
Marianne : www.marianne-en-ligne.fr
Télévision
TF1 : www.tf1.fr
France 2 : www.france2.fr
France 3 : www.france3.fr
Canal + : www.cplus.fr
La Cinquième : www.lacinquieme.fr
M6 : www.m6.fr
Canal J : www.canalj.fr
LCI : www.lci.fr
Radio
Radio France : www.radio-france.fr
Europe 1 : www.europe1.fr
RTL : www.rtl.fr
Médias francophones :
DNA www.dna.fr
La Provence www.laprovence-presse.fr
L’Alsace www.alsapresse.com
La Dépêche du Midi www.ladepeche.com
Nice Matin www.nicematin.fr
Sud-Ouest www.sudouest.com
Le Provençal www.leprovencal.fr
Le Journal de l’Ile de la Reunion www.jir.fr
Le Républicain Lorrain www.republicain-lorrain.fr
Var-Matin www.varmatin.com
Le Courrier-Picard www.courrier-picard.fr
Ouest-France www.france-ouest.com
La République des Pyrénées www.pyrenees.com
Télégramme de Brest www.bretagne-online.com/telegram/index.html
Corse-Matin www.corsematin.com
La Voix du Nord www.lavoixdunord.fr
Charente.com www.charente.com
Le Progrès de Lyon www.leprogres.fr
24h/24 : Sport24 www.sport24.com
La Presse http://lapresse.infinit.net
Agence Science-Presse www.sciencepresse.qc.ca
Mondomix www.mondomix.org
3x+ Net www.3foisplusnet.com
Télé 7jours www.t7j.com
Phosphore www.phosphore.com
Transfert www.transfert.net
AFP www.afp.com/francais
Le Matinternet www.matin.qc.ca
Ville de Québec www.telegraphe.com
Webdo www.webdo.ch
EuropeInfos www.europeinfos.com
Chronicart www.chronicart.com
TPS www.tps.com
MCM www.mcm.net
Presse spécifiquement web
Multimédium www.mmedium.com
Upside Today www.upside.com
Le Journal Informatique http://www.journalinformatique.com/
France.internet www.france.internet.com
NewsEdge NewsPage www.newspage.com
Panels et Observatoire 3P de l’Internet NetValue. www.netvalue.fr
La Lettre de l’Internet www.lalettre.com
WebActu www.webactu.com
News.com www.news.com
Association des FAI www.afa-france.com
Cyperus www.cyperus.fr
WebFaster www.webfaster.net
TechnoSphere www.technosphere.tm.fr
ZDNet France www.zdnet.fr
Le Journal du Net www.journaldunet.com
Les News www.lesnews.net
Slashdot.org www.slashdot.org
Internet actu www.internetactu.com
Internet World www.iw.com
Media Metrix www.mediametrix.com
The Industry Standard www.thestandard.com
InternetNews.com - Real-Time Internet News www.internetnews.com
Today on HotWired ! www.hotwired.com
MIT’s Magazine www.techreview.com
Netsurf www.netsurf.ch
Beta News www.betanews.com
StatMarket www.statmarket.com
Chiffres de consultation en mars 2002 (source : Toutsurlacom.com)
Le Monde : www.lemonde.fr : 6.086.943 visiteurs
Les Echos : www.lesechos.fr : 2.478.981 visiteurs
Bonjour : www.bonjour.fr : 1.075.252 visiteurs
Le Nouvel Observateur : www.nouvelobs.com : 1.062.163 visiteurs
L’Express : www.lexpress.fr : 440.068 visiteurs
Terre-Net : www.terre-net.fr : 70.981 visiteurs
Batiweb : www.batiweb.com : 30.756 visiteurs

Les enjeux

Les enjeux de la cyberpresse sont différents et souvent contradictoires, ils s’articulent selon quatre points de vues que nous avons retenus :

1. Point de vue du lecteur

16.472.000 individus se sont connectés à Internet en France en mars 2002, pour un total de consommation estimé à 100 millions d’heures.

Il existe 2 profils de lecteurs : « les chercheurs » qui sont à la recherche d’une information précise et les « spectateurs » qui suivent l’actualité.

Le lecteur moyen est généralement jeune, 30% des lecteurs consultent leurs sites favoris de l’étranger. C’est notamment le cas des 2 millions de français expatriés.

Ils sont encore hostiles au financement par abonnement car Internet est parti sur un modèle gratuit. Certains d’entre eux ne lisent pas les journaux papier et d’autres reconnaissent consulter des sites pour ne pas avoir à acheter le journal en entier. A la question de savoir si les lecteurs consentiraient à "payer pour obtenir une information plus pertinente", le rejet (81 %) est manifeste. Il est à mettre en parallèle avec le degré de satisfaction des prestations actuelles des moteurs, 74% trouvent en effet "souvent" la réponse à leur demande. Toutefois, une majorité (50%) accepterait l’idée d’un abonnement, voire d’un paiement au coup par coup (44%). La pratique de bon nombre de moteurs et d’annuaires de faire payer les sites qui souhaitent être positionnés en haut de la première page de résultats "gène" 73% des lecteurs. Les 35-50 ans sont les plus enclins à accepter le principe des pages de résultats payantes.

Tout lecteur peut devenir producteur de l’information tout en étant lui-même consommateur. Il est journaliste et éditeur et par conséquent personne ne contrôle les informations qu’il diffuse, il n’est soumis à aucune déontologie.

Le succès de l’innovation

Chaque jour passé en ligne est un florilège d’innovations pour le lecteur. Depuis l’incorporation de la vidéo et du son jusqu’à la personnalisation "One to One". Les technologies à haut débit offrent de nouvelles perspectives de développement rapide. Rien de comparable ne se profile à l’horizon en presse écrite, même si en fabrication l’évolution est réelle (impression numérique, Computer-to-Plate, etc.).

De plus, la technologie html est la seule qui permette de s’approprier l’intégralité d’un document texte et images et de pouvoir le retravailler pour son compte personnel. Mais rien ne dit que cette technologie subsistera. On peut supposer que d’autres systèmes telles les technologies Flash ou de communication par flux auront la préférence des journalistes qui souhaitent conserver un contrôle maximal de leurs productions.

Accès à l’information

Les connexions peuvent se faire au domicile ou sur le lieu de travail. Les documents répartis sur des centaines de serveurs de part le monde sont accessibles à toute personne disposant d’un accès Internet quel que soit le système d’exploitation utilisé. Le lecteur dispose d’un réseau universel de consultation. 90% des lecteurs français déclarent traquer l’information sur le web "plusieurs fois par jour ou par semaine". Mais Leurs outils principaux restent majoritairement les annuaires et moteurs de recherche (63% pour Yahoo et 57% pour Google, suivis par Lycos (38%) et Voilà (45%) selon www.abondance.com ). Détail étonnant, plus de la moitié des lecteurs déclarent consulter au moins quatre pages de résultats pour une requête, -ce qui est inattendu- mais utilisent peu les outils de syntaxe avancée. 74% d’entre eux déclarent trouver "souvent" la réponse à leur demande.

22% des requêtes portent sur le thème sexe et charme. Le mot « sexe » est demandé 6.5 millions de fois chaque mois sur le web francophone, juste avant les loisirs et la vie pratique (météo, SNCF, etc.), et avant les questions de technologie informatique.

Le nombre de lecteurs actifs était de près de 10 millions en France en février 2002. Le temps de connexion journalier moyen est de 20 minutes. Pourtant 71% des français déclarent utiliser un ordinateur, même si le frein essentiel est le prix jugé élevé de l’investissement. Le potentiel de croissance est donc encore très important. Les domaines web les plus visités sont Wanadoo, Free, Voilà et Microsoft.

L’Internet suscite encore des inquiétudes : piratage d’informations confidentielles (61%), risques de désinformation (45%) utilisation jugée complexe par 27% des moins de 25 ans et 61% des plus de 65 ans (source CB-News / France Télécom/Taylor Nelson Sofres en février 2002). 75% des 15-24 ans sont des lecteurs, mais la plupart des lecteurs sont encore incapables de définir les principaux avantages de l’internet à haut débit (source CB-News / Tiscali/Ifop).

Recherche d’informations sélectives

L’excès d’informations confronte la plupart des lecteurs à l’ignorance en matière de pilotage dans cette masse de données difficile à hiérarchiser, à vérifier. Parallèlement à cela le lecteur peut apprécier une accessibilité mondiale en temps réel de son information. De plus, il peut s’abonner à des Newsletters, effectuer des recherches ciblées ou personnaliser le type d’information qu’il souhaite consulter sur les sites où il revient régulièrement. Des ressources thématiques, spécialisées ou non, les archives du journal peuvent être proposées. Leur accès est facilité par les moteurs de recherche.

L’énorme avantage d’Internet est de pouvoir offrir une interactivité avec le journal. Sur le site de l’Express, il est possible d’interroger un journaliste ou de faire part de ses réactions. Le sentiment d’appartenance à une communauté de lecteurs est renforcé. Le rôle du lecteur est plus actif, la relation plus directe, plus personnelle.

Le lecteur fouille le réseau et cherche l’information qui lui plait. Le journal lui propose des ressources thématiques, spécialisées ou non, l’accès aux archives. Leur accès est facilité par les moteurs de recherche, certains journaux tel le Monde font payer ce service


Zapping

Internet introduit pour le lecteur de la presse quotidienne le "zapping" (lecture rapide et superficielle), ce principe permet d’accumuler rapidement différentes sources d’information sur un même sujet. Le changement avec le Web est la communication entre le lecteur et la rédaction. Une idée, un complément d’information peuvent être envoyés par le lecteur désireux de faire avancer un problème ou de mieux le comprendre. Le lecteur est sensible au développement d’interactions avec le journal, des communautés se créent dans les forums autour d’un thème précis.

Le lecteur se voit proposer des services de presse différents avec la version en ligne. Grâce à l’hypertexte, le lecteur produit son journal interactif. Aucune directive de lecture lui est imposée et il peut effectuer des parcours multiples, construire une lecture critique personnelle.

Les connexions électroniques permettent de circuler d’un document à l’autre 24h/24h sans frontières géographiques, la liaison hypertexte rend le lecteur libre, il peut opter pour une lecture linéaire classique, rapide ou effectuer un parcours individualisé en fonction de ses centres d’intérêt.

Qu’il soit professionnel ou passionné, le lecteur attend de son journal télématique ce qu’il n’obtenait pas de la presse écrite ou audiovisuelle : L’insertion d’une information dans son contexte historique, géographique, économique ou idéologique.

Chaque lecteur est en mesure d’approfondir un sujet grâce aux archives, pour certains l’attachement au papier peut entraîner l’impression d’un article. Selon les chercheurs, nous mémorisons 10% des informations reçues et un lecteur moyen ne retient que 1% de l’information disponible.

Le lecteur épié dans sa navigation

Il est possible de mesurer l’audience réelle, d’analyser le comportement du lecteur, ses habitudes et ses besoins de consommation. De nouveaux outils dynamisent le marché avec la création d’instruments de mesure d’audience et d’analyse de comportement. L’enjeu est de cibler au mieux le public pour attirer ainsi des annonceurs potentiels.

Selon une enquête réalisée par le cabinet Ernst & Young, 91% des sites américains collectent des informations sur leurs visiteurs. Ce chiffre est en baisse (il était de 97% en l’an 2000). Il y a une meilleure prise en compte des inquiétudes des internautes américains de plus en plus réticents à communiquer leurs données personnelles en ligne. Toutefois, avec l’aide des cookies et par un système de traçage, il est possible de profiler très précisément un internaute à son insu.

Exemples de données statistiques - non nominatives - tirées des cookies via l’analyse de navigation des lecteurs :

Source : site web www.aevll.org
Catégories Socio-Professionnelles

Représentation des hommes et des femmes

Temps de lecture par page

Distinction des tranches d’âge

    L’investissement :

Internet reflète les inégalités économiques : les lecteurs sont d’abord américains, européen puis asiatiques. Un siècle après l’invention du téléphone, 90% des lignes installées sont dans les pays développés, il y en a plus sur toute l’île de Manhattan que dans toute l’Afrique. Le risque d’accroître encore les inégalités culturelles et d’accès à l’information est plus grand que jamais. En France, il en est de même, le coût de l’équipement informatique reste élevé malgré une baisse des prix.

Une activité individuelle (impact sur la vie sociale)

Chaque instant passé devant un écran est un moment de vie sociale en moins. C’est une activité individuelle qui nécessite en outre de pouvoir accéder à un bon niveau de vie. L’utilisateur moyen peut être fondé de penser que l’information est gratuite (comme la télévision ou la radio) alors que l’information de qualité est ou sera probablement payante. Il faudra distinguer information et documentation, ce qui n’est pas généralement la même chose.

    Des modifications du paysage à l’horizon ?

Si la cyberpresse finissait par tenir ses paris et qu’une fraction importante de lecteurs délaisse le papier pour son homologue électronique, un grand nombre de points de distribution devraient fermer par manque de clientèle, avec un phénomène de désertification des points de vente. Le solde restant de lecteurs « papier  » devrait alors se tourner bon gré mal gré vers l’audiovisuel au sens large (radio, télévision, multimédia) pour s’informer.Mais un citoyen ne peut pas délayer toute la presse mondiale, nul n’a envie de se transformer en rédacteur, "trop d’informations tue l’information". L’interactivité induite par Internet favorise les échanges entre le public et les rédactions en ligne avec les E-mails.
Les chiffres en attestent : en dehors de la question financière, la presse en ligne maintient le cap face aux -nombreuses- autres sources d’informations via les moteurs de recherche.


2. Point de vue du journaliste

42% des journalistes choisissent désormais Internet comme première source d’information, devant le réseau personnel et les autres médias. Les recherches portent sur :

- des informations sur des sujets précis (89%)
- des articles déjà publiés (60%)
- des idées de sujets (45%)
- des communiqués et dossiers de presse (33%)

L’e-mail est devenu leur manière préférée de recevoir des communiqués de presse (64%) et 88% d’entre eux dans le monde considèrent que le web a amélioré la qualité de leur travail, 90% considèrent qu’Internet a eu un impact positif sur leur travail au quotidien en facilitant leurs recherches. Ils sont plus de 90% à surfer une fois ou plus par jour. Un tiers des journalistes français surfent régulièrement de 1 à 5 heures par semaine.

Leurs sources préférées sont dans l’ordre :

1. les espaces presse des sites institutionnels 2. les sites des médias et les Newsletters 3. les bases de données d’informations 4. les portails.

Dans le monde, 36% des journalistes naviguent sur les sites institutionnels pour rechercher des visuels (banques d’images) contre 12% seulement en France.

Qui est le journaliste ?

C’est un rapporteur dont la vocation est de :

- voir,
- écouter,
- chercher,
- vérifier,
- trier,
- hiérarchiser,
- donner un sens à ce qu’il a saisi,

Sa fonction est politique.

Repositionnement face aux lecteur

Au sein de la presse écrite, le journaliste est considéré comme le principal détenteur de l’information, pour certains il est considéré comme un "pouvoir". Aujourd’hui l’enjeu pour le journaliste est de conserver l’autorité et la crédibilité. Il n’a plus le monopole de l’information mais il a un rôle à jouer entre l’information et le savoir du lecteur . La crédibilité du journaliste multimédia passe par la capacité à fournir aux lecteurs une actualité pertinente et la plus exacte possible.

Pour être reconnu crédible sur Internet, ses prises de position sont indispensables face aux nombreuses sources d’informations : agences de presse, encyclopédies, forums, vidéo ?

Conditions de travail

Le journaliste est probablement le plus tiraillé entre tous les groupes de pression. Il n’a pas de vrai statut professionnel en dehors de la carte de presse (site www.ccijp.org) attribuée au cas par cas. Pour obtenir la carte, deux cas de figure se présentent : les journalistes qui travaillent en ligne pour le compte d’une entreprise de presse traditionnelle et les autres

Selon Olivier Da Lage (président de la commission de la carte d’identité des journalistes professionnels), "En général, l’attribution de la carte ne présente pas de difficultés pour les journalistes en lignes qui exercent au sein d’une entreprise traditionnelle. Si vous travaillez pour la presse classique, vous avez la carte même si le travail consiste à mettre en ligne les articles du journal".

Le journaliste peut subir sur le web une concurrence aux multiples visages par des informaticiens, secrétaires, et autres investigateurs, qu’il ne connaissait pas à l’époque de l’offset où il se comportait en Dieu.

Le Web est un média jeune, contrairement à la presse traditionnelle, les journalistes on-line sont multidisciplinaires surtout dans les petites structures. Toute la différence entre le journalisme traditionnel et le journaliste multimédia commence ici : pour exercer ce nouveau métier, il faut, en plus de la maîtrise de l’écriture, se plier aux contraintes techniques propres au Web.

La défense des intérêts de propriété intellectuelle est en contradiction avec l’esprit du web, et ne sera pas évident à faire valoir sur le long terme. Ce point est toutefois âprement défendu par l’actuelle ministre de la culture Catherine Tasca qui a officiellement insisté le 9 janvier 2002 sur la défense des "principes essentiels de la propriété littéraire et artistique, menacés par les nouvelles technologies de l’information qui facilitent la diffusion des ’uvres. Notre conception française et européenne n’est pas celle de nombreux pays, dont les Etats-Unis (?)".

Mais dans ce contexte, les poids-lourds de l’information n’hésitent plus à imposer leur loi au mépris des règles et usages les plus élémentaires. Ainsi, la société Vivendi Universal propose-t-elle sans frémir des commandes de reportages photographiques exigeant forfaitairement par contrat une garantie de livraison de l’intégralité des images prises à cette occasion, non développées, avec cession de tous les supports, tous les droits patrimoniaux, pour le monde entier et pour tout nouvel espace découvert ou conquis par l’homme. Dans le même contrat, le photographe est censé ne pas réaliser de production parallèle (pas de book, pas de référence professionnelle) pour son propre compte, autoriser irrévocablement que son nom ne soit pas cité et respecter une obligation de courtoisie et de non-dénigrement’ (source : lettre confidentielle "Tungstène" de l’Union des Photographes Créateurs -site www.upc.fr-, février 2002).

Le contrôle de l’audience pourra être bien ou mal vécue selon les cas, d’autant plus que l’accès à une même information peut être extrêmement variable en fonction de son emplacement dans l’architecture du site.

Internet est pour le journaliste une source d’informations et un outil de communication qu’il doit apprendre à maîtriser. D’un point de vue économique, Internet risque de mélanger l’information et le Marketing, le journaliste doit produire de plus en plus de contenus.

Internet réclame également des formats courts qui peuvent être mal adaptés à l’analyse et à la réflexion. Cela prête à penser qu’il peut y avoir une perte de sens, un amalgame entre l’information et le commentaire.

L’efficacité est-elle remise en cause ? , avec le papier, la limite d’espace requiert une hiérarchisation, ce qui n’est pas le cas avec l’espace allouée sur le Web qui est plus libre.

Le journaliste ne se contente plus de mettre en ligne une simple réplique électronique des imprimés mais exploite la logique du réseau pour créer un nouvel outil de communication, le Journal en ligne.

Il est sollicité pour guider le lecteur à travers une masse d’informations que le réseau lui offre. Sa crédibilité ainsi que celle du journal est engagée, dans la mesure où toutes les informations peuvent être retrouvées sur Internet.

Avec l’hypertexte, le journaliste crée des liens qui guident le lecteur sur le réseau, il est confronté à de nouveaux problèmes et doit se plier à une plus grande exigence éthique, il ne peut échapper à sa mission première :

- vérifier,
- ordonner,
- traiter l’information.

Le journaliste face à un nouveau mode de consommation

Internet permet de croiser diverses sources d’informations telles que les :

- Quotidiens
- Radios
- Télévisions
- Agences de presse et archive

Rien ne garantit au journaliste qui écrit en hypertexte que le lecteur suivra son article de l’introduction à la conclusion sans aller vers un autre document. Ces données ont fondé des règles d’écriture qui conditionnent la recherche et l’élaboration des informations.

Un article doit répondre à cinq questions : Quoi, quand, Où, Pourquoi et Comment.

La loi du message essentiel : la principale nouvelle doit se trouver dès l’attaque de l’article.

La technique anglo-saxonne de la pyramide inversée : un article doit développer progressivement l’information en donnant de plus en plus de détails, de façon à pouvoir en cas de manque de place, être coupé par le bas.

Les investigations

Internet démocratise l’investigation pour de petites enquêtes, le journaliste a la possibilité d’interroger les banques de données, consulter les archives des principaux quotidiens et via les listes de discussions auxquelles il est abonné, demander l’aide de journalistes spécialisés. Ce qu’il faut retenir ici, c’est la rapidité à obtenir de l’information, ces recherches faites en "traditionnel" coûteraient cher et demanderaient beaucoup de temps.

Les messages adressés aux journaliste dépassent le nombre de fax et autres documents papier, mais un e-mail s’ouvre et peut être supprimé plus rapidement qu’un courrier classique. Ces messages électroniques sont-ils plus pertinents que leur homologues papier ?

Face à la profusion, le journaliste peut redouter de se retrouver submergé par les informations

Les apports de l’informatique et la formation

Les archives deviennent une source intéressante pour le journaliste s’il peut les exploiter à une vitesse compatible avec la production d’un quotidien. Compte tenu des difficultés à prendre un temps de réflexion, à conceptualiser, à approfondir la recherche et la vérification des informations, l’informatique est partie intégrante au travail du journaliste sous réserve qu’il y soit préparé. Des écoles préparent les journalistes aux nouvelles technologies telles le CFPJ ou l’ESJ.

Accroissement de ses compétences

L’activité du journaliste devient avec l’informatique un travail intellectuel collectif, une interaction entre professions différentes. En plus de son métier, le journaliste doit avoir des compétences en systèmes d’information, et documentaire. Les nouvelles technologies créent de nouvelles spécialités telles que :

- Journaliste éditeur
- Journaliste visuel
- Journaliste infographe

Le Web est un média jeune, contrairement à la presse traditionnelle, les journalistes on-line sont multidisciplinaires surtout dans les petites structures. Toute la différence entre le journaliste traditionnel et le journaliste multimédia commence ici :

On ne s’improvise pas journaliste en ligne, pour exercer ce nouveau métier, il faut, en plus de la maîtrise de l’écriture, se plier aux contraintes techniques propres au Web.

Suivant les rédactions, le journaliste venant d’un média traditionnel doit avoir des notions du langage HTML, de savoir rendre l’information accessible aux utilisateurs équipé de Mac et PC, Netscape et Internet Explorer, connexion ADSL jusqu’au modem 14 400, Ecran de 14 pouces à 21.

Une rédaction en ligne demande des notions de Photoshop et la connaissance des formats d’image pour le Web.

L’orientation de certains journalistes

Selon Michel Colonna d’Istria : "rien n’exclut que Voilà, Spray et les autres se mettent à faire de la meilleure information que nous" . Aux USA, nombre de journalistes confirmés travaillent sur des sites commerciaux, vantent les qualités des cosmétiques ou autres. Kevin Foley, qui travaille sur un site qui vend des spécialités culinaires confie au On line Journalism Review "A poste égal on est bien mieux payé que dans le reste de la presse, je gagne 50% de plus"

Donner une information authentique et crédible, la remise en cause des règles de sécurité

N’importe qui équipé d’un modem peut faire circuler sur Internet des informations sans observer les règles élémentaires du journalisme telles la vérification et le croisement des sources.

Internet est une source importante d’informations, mais le courrier électronique peut répandre très rapidement des rumeurs. Le journaliste doit couvrir l’événement avec exactitude et traiter des faits avérés. Il lui incombe de hiérarchiser les sources et vérifier leur bien fondé. Le risque de dérapage et de désinformation augmente avec la pression des délais courts.

Le média rapide qu’est Internet donne naissance à des sources d’informations qui n’ont aucune attache avec des supports traditionnels. C’est le cas du site "Le Matt Drudge Report" qui est un journal en ligne sans antécédent papier. Matt Drudge auto-proclamé journaliste a été le premier à annoncer l’affaire Lewinsky sans réaliser d’enquête. Face aux critiques des journalistes, Matt Drudge répond que "chaque citoyen peut-être journaliste grâce à Internet, il ne prétend pas diffuser des informations vraies et insiste sur le fait qu’il ne peut pas toutes les vérifier". La rumeur est l’élément essentiel de son site, au nom de la liberté, Matt Drudge ne dévoile pas ses sources. Pour lui, une rumeur qui se confirme devient un scoop, une rumeur démentie devient un incident de parcours.

Aujourd’hui, ce marginal revendique une tradition du journalisme populiste, sans relecture ni autocensure.

Même des journalistes chevronnés peuvent tomber dans le piège des informations diffusées sur le Net et non vérifiées, c’est le cas de Pierre Salinger en 1996 qui s’est laissé convaincre par une série de rumeurs concernant la destruction d’un Boeing 747 de la TWA au large de Long Island par un missile de l’US Navy, cette thèse n’a jamais été démontrée.

Les gardiens du Net en matière de journalisme

Le contrôle des dérives est effectué par les vrais journalistes qui n’hésitent pas à dénoncer ce qu’il considèrent comme une menace. Deux groupes se profilent :

· Les écoles de journalisme certaines d’entre elles donne un enseignement spécifique aux futurs cyber-journalistes en ligne en espérant que cet enseignement aura un impact sur l’éthique des cyber-journaux. · L’Online Journalism Review Il observe l’évolution des sites d’informations sur Internet et tire la sonnette d’alarme en cas de dérive. Son rôle est de répondre aux questions éthiques. pour la bonne marche de cette mission il recherche des partenariats en dehors du continent Nord-américain pour rendre compte du développement du journalisme en ligne dans le monde.

L’exigence éthique

Les risques de dérapage et de désinformation exigent la définition de règles d’éthique spécifiques, d’autant plus que le vide juridique du cybermonde reste encore à combler et que le journaliste en ligne est pris en étau entre la loi du marché et sa responsabilité sociale. Le journaliste est confronté à de nouveaux obstacles pour donner à son lecteur une information authentique et pertinente.

Une des questions qui se posent est la suivante : le journaliste doit-il renvoyer à des liens hypertextes ? Son rôle est d’informer mais aussi de trier l’information. Dans la presse classique, il peut cacher ses sources pour garder l’anonymat de ses informateurs ce qui peut être remis en cause avec Internet qui fonctionne avec l’hypertextualité.

Les non-journalistes ne sont pas arrêtés par la déontologie. Dans ce cas, comment définir ce qu’est un journal, un journaliste et comment se positionnent les autorités ’

Les risques qui existent dans le cas ou l’éthique n’est pas redéfinie sont les suivants : (selon ifrance.com)

· La manipulation : des informateurs, telles les organisations publiques et privées, utilisent les services de consultants ou d’ingénieurs pour produire sur le Web des informations recherchées par les journalistes qui ne sont pas toujours en position optimale en terme de délais et de moyens pour se passer de ces informations, les compléter et les vérifier.

· Externalisation du contenu : Internet peut favoriser chez le journaliste la pratique de la revue de presse et plus précisément la consultation des médias étrangers. Faute de temps et de moyens, ce sont les informations des confrères qui seront reprises et principalement s’ils travaillent dans des groupes de presse réputés sérieux.

· Les droits d’auteur : Il est difficile de régler la question des droits d’auteur des journalistes membres de la rédaction d’un média classique, ils exigent de se voir allouer une rémunération complémentaire dès lors que leurs articles sont reproduits sur le site internet du média qui les emploie, voire revendus à d’autres entreprises offrant un service d’information en ligne.

Le journalisme en ligne a ses propres règles, ses dérives et ses moyens de contrôle tout comme les autres médias traditionnels, il convient de souligner que le cyberjournalisme est jeune pour le grand public. Nous sommes dans une période de crédibilisation, c’est le lecteur qui fera la différence en consultant des sites plus fiables que d’autres. Comme dans la presse écrite le lecteur a un grand choix mais il se dirigera toujours vers la publication qui a le plus de notoriété ou celle à qui il fait le plus confiance. Internet est un lieu de manifestation ou les lecteurs devront avec le temps éviter les pièges.


3. Point de vue du journal en tant que personne virtuelle
et partenaire du lecteur

    Une force indiscutable

La diffusion en ligne est assurée quasiment en temps réel. Cela a particulièrement été vérifié dans le cas des attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. A peine une heure après les faits, la plupart des grands médias en ligne français diffusaient déjà des images et commentaires de l’événement, accessibles de n’importe quel poste de travail connecté au réseau. Aucun autre média ne dispose d’une puissance d’information identique. Toutefois, en ce même 11 septembre les réseaux ont rapidement atteint leur niveau de saturation et montré leurs limites en l’état actuel des technologies.

Un contexte difficile

La période actuelle est particulièrement difficile pour le journal en ligne. Libération.fr, créé en 1995, a perdu les deux tiers de ses effectifs : il reste 11 salariés sur 32. La cause est à chercher au niveau des recettes publicitaires : 0.5 millions d’euros contre les 2.3 prévus au budget. Mais pendant le même temps, la version papier a perdu 7.6 millions !

Le site du Parisien, lui, a récemment basculé d’un contenu RichMédia avec des cartes, des animations, des liens, des sondages, une vraie plus-value sur l’édition papier’ pour une présentation plus classique avec la seule reprise des articles du quotidien.

Une part importante des recettes de la presse écrite provenait des petites annonces, récupérées en ligne par des sites spécialisés. Le manque à gagner est sérieux.

La plupart des sites d’information en ligne ont revu leur budget et leurs ambitions à la baisse.

Le problème, c’est que les internautes qui consultent gratuitement les journaux en ligne ne rapportent rien, alors que la maintenance des sites coûte plusieurs millions par an. Et un audimat record ne fait pas vibrer le tiroir-caisse. En partie à la base de ce phénomène, un concept discutable mis en place par les régies publicitaires : le "taux de clics" qui ne permet d’obtenir de recette que lorsque les internautes cliquent sur le bandeau publicitaire des annonceurs qui encombrent les sites.

La réflexion se fait actuellement sur les espaces payants à valeur ajoutée. Le point de vue du journal sera donc très
différent selon le modèle économique d’origine qu’il aura adopté.

La tradition de la presse écrite est -depuis la loi de 1881- de se considérer comme investie d’une mission de service public. Il ne semble pas qu’il en soit de même pour ce qui est de la presse purement "web".

En presse écrite, l’impact la publicité -invention d’Emile de Girardin en 1836 avec le quotidien La Presse qui permet de vendre deux fois un média : une fois à l’annonceur, une fois à l’acheteur- est difficile à quantifier. Cet impact concerne non pas ceux qui ont acheté le journal, mais surtout ceux qui ont lu, vu ou aperçu la page concernée. Sur le web, la traçabilité du surf des internautes permet de savoir non seulement quelle page a été réellement consultée mais également à quelle heure, de quel point géographique, avec quels matériels, quel temps y a été consacré, sexe, âge, catégories socio-professionnelles, etc.

La cyberpresse a deux grands points faibles, déjà présents mais à un degré moindre dans la presse écrite : la pauvreté typographique, limitée au dénominateur commun de tous les systèmes de navigation web ; et l’orthographe. Combien d’articles découragent la lecture : des fautes toutes les deux lignes, des majuscules placées à tort et à travers, des abréviations fantaisistes, etc. L’origine de ces maux est connue et elle est triple :

· Personnel peu qualifié. Ce ne sont plus ni les typographes ni même de simples dactylos qui veillent à la mise en page, mais d’autres sources de compétences, tels les informaticiens.

· Conditions de travail réduites à l’extrême. Le poste de correcteur étant déjà passé à la trappe de longue date en presse écrite, on imagine qu’il n’a jamais existé sur le web.

· Fautes inhérentes aux systèmes utilisés, qui afficheront par exemple les caractères accentués de manière tout à fait insolite.

Les impératifs majeurs sur le web étant : rapidité d’exécution et moindre coût, on devine aisément que les dépêches de l’AFP ou de toute autre agence de presse peuvent se retrouver en ligne telle quelle sans vérification préalable.
Pire : les services de presse, qu’ils soient politiques, commerciaux, voire militaires délivrent régulièrement des dossiers "prêts à l’emploi" exploitables tels quels sans frais, ce qui est une tentation de facilité pour la presse, qu’elle soit ou non en ligne. Un exemple des plus significatifs est la récente candidature de Jacques Chirac à la présidence de la République à Avignon en février 2002. Nombre de journaux avaient imprimé d’avance un discours formaté "Presse" dicté par les soins de l’Elysée -en totale opposition avec le discours réellement tenu par l’intéressé- : la presse écrite annonçait que Jacques Chirac ne se prononçait pas sur sa candidature alors que la presse audiovisuelle démontrait le contraire ! Cette histoire prête à sourire, d’autres moins.

Un mariage des savoirs-faires

Pour un journal, la mise en ligne de ses informations, peut se traduire par un mariage des savoirs-faire de la presse écrite, de l’audiovisuel, avec en plus la puissance de la communication internet. On parle de RichMedia. Exemple significatif : mariage de TF1 avec le journal Le Monde pour les élections présidentielles. -Impensable ailleurs que sur le web-.

Le journal en ligne peut personnaliser ses contenus en temps réel en fonction du profil de ses visiteurs, il peut également proposer des lettres d’information personnalisées, il peut surtout recueillir une masse colossale d’informations en temps réel sur ce qui est lu et ce qui ne l’est pas, à quelle heure, de quel point géographique, avec quels matériels, quel temps y a été consacré, sexe, âge, catégories socio-professionnelles, sources précieuses d’adaptation à son lectorat. Les moteurs de recherche internes ou externes ne sont également pas neutres. L’outil proposé au lecteur est une manne pour le journal en ligne. Les questions posées peuvent être collectées, triées analysées... ce sont là encore des sources importantes pour cerner le lectorat. Ils permettent d’analyser avec finesse les motivations initiales des visiteurs.

Tous les acteurs importants de la presse écrite ont un site web, Le Figaro ayant attendu l’an 2000 pour s’y mettre, le journal La Croix étant un des derniers à s’y résoudre. La situation semble globalement plus subie que voulue, le mot d’ordre étant "y aller ou mourir".

Derrière le dynamisme apparent de la cyberpresse, réside un vrai fantasme de la cannibalisation. Chacun a en tête les success stories de sociétés comme Apple Computer ou Adobe Corporation dont le secret réside dans le dynamisme et la réactivité d’entreprises partie de rien.
L’enjeu est de prendre les parts de marché pour ne pas se les faire prendre
. Mais face à la crise du secteur publicitaire depuis le second semestre 2000, de nombreux sites qui avaient fondé leur modèle économique sur les recettes issues de leurs annonceurs changent de cap. Les 80% de revenus escomptés sur les publicités ne sont pas au rendez-vous.

Les données pourraient être encore prochainement bousculées avec la télévision numérique d’une part et le haut débit d’autre part.
Chiffre TF1 2001 - le plus grand portail media français- : 4.1 millions d’euros en 2000, 7.8 millions d’euros en 2001, 15.3 millions de pertes. 138 millions de pages vues en décembre 2001, temps moyen de connexion de 12 minutes, considéré comme important. (CA global de TF1=1.7 milliards d’euros).

Litiges

Cette question ne s’est pas encore beaucoup manifestée en ligne mais il y a quelques probabilités pour qu’elle fasse parler d’elle. En effet, le nombre de litiges en presse écrite est limité par l’incapacité d’un individu de lire tout ce qui s’écrit sur son compte. En revanche, pour ce qui est de la presse en ligne, l’utilisation d’agents intelligents -tels le serveur de revues de presse Net2One- permet actuellement de scanner toute l’information à peu de frais et d’engager des procédures avant les trois mois de recevabilité du "délit de presse" au delà duquel il y a prescription. Quand on sait qu’un personnage tel que Alain Delon a pu faire condamner le 5 août 1998 un livre non écrit -à l’état de synopsis d’une vingtaine de pages-, on imagine que le cyber délit de presse ne devrait pas être en reste bien longtemps.

La question des archives

Si on veut tenir compte des principes de propriété intellectuelle, propres au droit latin, tout ce qui est soumis au droit d’auteur ne peut résider sur le web que pour une durée limitée. Ceci est contraire à l’esprit du réseau qui veut pouvoir tout retrouver en temps réel.

"Les paroles s’envolent, les écrits restent". Sur le web, cet adage vole en éclats. Passé un certain délai qui va de quelques jours à quelques semaines, la plupart des pages sont modifiées, déplacées ou simplement effacées, 70% des pages ont une durée inférieure à 4 mois. Le réseau est en perpétuelle mutation. C’est pourquoi des initiatives émergent -officielles ou privées- pour préserver ce qui peut l’être. On cite Brewster Kahle aux Etats-Unis qui enregistre depuis 1996 des "instantanés du web" à espaces réguliers sur 400 PC montés en parallèle. Cette installation est considérée comme la plus grande base de données du monde, mais elle se heurte à des contraintes techniques et juridiques innombrables. Par ailleurs, les éditeurs n’apprécient pas que leurs sites puissent être "aspirés" pour devenir accessibles gratuitement alors qu’eux-mêmes éprouvent des difficultés à rentabiliser ce fonds de commerce. Ils en viennent donc à interdire l’accès aux moteurs de recherche, ce qui est -là encore- contradictoire avec l’esprit du web.

En France, il faut rappeler que les Archives nationales ont été créées par la Révolution pour rompre avec la pratique du secret d’état. Cette administration s’ouvre naturellement à Internet et propose un bulletin d’information sur l’archivage des documents électroniques.
www.archivesdefrance.culture.gouv.fr .

Un projet de loi sur la société de l’information est en cours, qui prévoit le principe d’un dépôt légal. Cette question est prise en charge depuis le mois de décembre 2001 par l’INA en collaboration avec l’Ecole Normale Supérieure -carrefour des sciences de l’Internet-, pour évaluer des solutions de collecte, d’analyse et d’archivage des contenus des sites français. Le projet se nomme "Toute la mémoire du monde". La question ne se pose pas tant en termes de stockage, que d’indexation et de choix des outils de recherche, ainsi que de pérennité des supports et des systèmes de lecture dans le temps -nos standards actuels seront-ils encore lisibles dans trente ans ?-.

Par ailleurs, il est avéré que la conservation des archives « papier » se fait difficilement compte tenu de la dégradation accélérée des supports papiers modernes. Mais pour ce qui est des supports numériques, personne ne sait réellement estimer le degré de pérennité. La société Pionneer annonce une fiabilité de 30 ans pour les derniers DVD. Qu’en sera-t-il réellement ?

Les quatrièmes journées internationales d’études de l’Association pour la recherche scientifique sur les arts graphiques (ARSAG) consacrées à la conservation à l’ère du numérique , à Paris les 27 et 30 mai 2002 tenteront d’y répondre.

Elles proposent de faire le point sur les relations entre numérisation et conservation du patrimoine. Car si pour la gestion et la diffusion des informations, le numérique permet des exploits considérables, de nombreuses questions restent en suspens en ce qui concerne la conservation.

Consulter sur le sujet : www.crcdg.culture.fr
Plus de détails sur :
www.culture.fr/culture/conservation/fr/actualit/actualit.htm


4. Point de vue de l’éditeur/investisseur

Un pragmatique

L’investisseur est un financier qui a par nature une vision pragmatique des choses. C’est lui qui tranche en dernier lieu sur la politique à tenir.

La confirmation du licenciement de Pierre Lescure -directeur de la chaîne de télévision Canal+- par Jean-Marie Messier -PDG du groupe Vivendi Universal- en assemblée générale le 24 avril 2002 - en dépit des protestations des salariés, des professionnels et de la classe politique- en est une illustration parmi d’autres.

La "grande presse", qu’elle soit écrite, audiovisuelle ou sur le web, dépend de plus en plus de groupes financiers qui la dépassent totalement.

On peut citer parmi les investisseurs : les groupes Lagardère/40.000 personnes (dont Hachette Filippachi - Auto Moto - Echo des Savanes - Entrevue - Jeune et Jolie - Newlook - Paris-Match - Pariscope - Skyrock - etc. avec dans le même pôle le groupe Matra, Aérospatiale, et autres groupes financiers) ; VIVENDI/260.000 personnes (ex Générale des Eaux) ; le groupe Bertelsmann/presse allemande qui détient Prisma Presse (Ca m’intéresse, Capital, Cuisine Actuelle, Cuisine gourmande, Essentiel du Management, Femme actuelle, Gala, Geo, Télé Loisirs, Voici, VSD, etc.), sans oublier Bayard Presse, etc.

A titre de comparaison, on estime que l’activité de toute la presse écrite française représente aujourd’hui une masse de 120.000 personnes.

Ces groupes puissants sont capables d’avoir une vision d’ensemble sur du long terme et entretenir certaines activités à perte, mais l’objectif final est forcément une rentabilité à 100%.

Eliminer les charges

Le cauchemar du financier de la presse écrite est la partie fabrication-transport-distribution qui peut représenter plus de 50% du prix de vente final. Afin de garantir les délais, un quotidien est quasiment obligé de posséder toute une imprimerie en propre, ce qui suppose des investissements matériels et humains considérables. Le financier se souvient également de la crise du papier de 1974 qui a vu son prix augmenter de 82%. Les NMPP ou la Poste sont des points de passage obligés pour la distribution, dont la qualité de service laisse parfois à désirer avec en particulier des grèves à répétitions. La distribution souffre également de contraintes incompressibles : peu de kiosques sont ouverts la nuit, le week-end, les jours fériés, sans parler de la question des invendus. L’enjeu du web est donc d’éliminer ces charges en partie ou en totalité.

Un des handicaps français est le régime fiscal favorable à la presse écrite : 2.10% de TVA plus un régime postal de faveur pour les abonnements, contre une TVA à 19.60% pour tout ce qui est presse en ligne.

La contrainte est de facturer le service de presse en ligne : à l’annonceur et au lecteur. En l’état actuel des choses, la publicité ne suffit généralement pas, on voit donc émerger de nouveaux services payants : Le Point ne propose librement que les titres de ses articles, Objectif Numérique (groupe FTPresse) a basculé en 2001 d’un modèle tout gratuit vers un modèle payant sur abonnement, Yahoo est en train de tester un modèle payant et globalement toutes sources privées de qualité basculent vers des modèles facturés.

D’autres sites annoncent clairement que leur contenu est payant, même si dans la pratique la visite à ce jour reste libre.

Mais -selon Bruno Patino, directeur général du Monde interactif dans Le Nouvel Observateur du 21 février 2002- le Wall street Journal en ligne, même avec ses 600.000 abonnés payants, perd de l’argent alors que le New-York Times, gratuit, en gagne’ L’idéal paraît se situer autour d’un modèle mixte.

Toutefois, tout indique que l’internaute moyen n’est pas disposéà payerdes sommes importantes pour s’informer avec pertinence sur le web (rejet de cette idée à 80% selon les derniers sondages). Au journal Le Monde, durant les 6 jours qui suivent la parution des articles, la consultation est libre. Puis 15 années d’archives -plus d’un demi million d’articles depuis 1987- sont en ligne moyennant paiement mais il ne se vend au plus que 1000 articles chaque jour. Il est donc probable que des formules plus souples du style "bouquets de services" verront bientôt le jour (plus de 50% des internautes acceptent l’idée d’un abonnement). Il semble que Wanadoo (déficitaire malgré son succès) cherche à mettre en place une gamme de services payants à la carte (W-Ha), sur un modèle inspiré du Minitel.

Le chiffre total de la publicité en ligne en France est de 92 millions d’euros en 2001, en hausse de 29% par rapport à 2000. A titre de comparaison, le seul chiffre d’affaires français du libraire en ligne Amazon est du même ordre de grandeur.


La liberté de la presse

"A condition de disposer d’un ordinateur et d’une connexion Internet, un homme seul peut aujourd’hui, depuis son salon ou un cybercafé, faire part au monde entier de ses opinions. Il lui suffit de créer un site, de participer à un forum de discussion, de diffuser des courriers électroniques. Le cas échéant, cet homme peut dénoncer, hors de tout contrôle, les atteintes à la liberté ou la répression en cours dans son pays, aussi autoritaire et fermé soit-il. Un exilé politique libyen, vietnamien ou gabonais peut désormais publier des informations à l’intention de ses compatriotes restés aux pays, en court-circuitant tous les systèmes de surveillance traditionnels. Du Chili à l’Algérie, un journal censuré peut en quelques minutes publier ses articles sur des serveurs américains, scandinaves ou français.

Internet a fait exploser le cadre traditionnel des rapports de force entre les Etats et ceux qui produisent l’information. Les gouvernements sont sur la défensive : tous veulent Internet, mais rêvent d’un réseau sous contrôle.

Face à ce dilemme, un arsenal de solutions répressives se déploie. (?) Les régimes les plus autoritaires censurent avec une énergie décuplée par le sentiment qu’une course de vitesse est engagée contre la cyber-dissidence. Dans les démocraties occidentales, la peur d’un Internet libertaire se traduit par des tentatives répétées d’encadrement législatif."

Source : Reporters sans frontières www.rsf.org

Carte établie à partir de neuf critères : le nombre de journalistes tués, emprisonnés, harcelés et expulsés, l’existence d’une censure, l’absence de médias indépendants, les difficultés de la presse étrangère, le monopole de l’Etat sur l’audiovisuel et, enfin, le contrôle de l’Internet.

La liberté de la cyberpresse malmenée

L’information n’est pas un bien de consommation ordinaire. Information, liberté et démocratie sont intimement liées.

Ainsi, la Corée du Nord a-t-elle tranché : pas de serveur, aucune connexion possible. Le pays de Kim Jong Il est le seul au monde où Internet n’existe pas, mais entretient des sites de propagande au Japon.

Dix fois plus riche et un peu moins peuplée, l’Arabie Saoudite a su construire, à Djeddah, un gigantesque système de filtrage d’adresses et de contenus et propose rien moins qu’un gigantesque intranet par le biais de l’immense serveur proxy. de la King Abdulaziz City for Science and Technology ou « KACST » (cité des sciences de Djeddah).

La pornographie est le principal argument avancé par le régime pour justifier cette débauche de moyens, mais le KACST bloque également et surtout l’accès à de nombreux sites à caractère politique ou d’organisations de défense des droits de l’homme.

Profitant du prix très faible des communications en direction des Etats-Unis, de nombreux Saoudiens sont abonnés directement chez des fournisseurs d’accès américains.

En Chine, la cybercriminalité est passible de la peine de mort.

Avant le récent conflit avec les Etats-Unis, l’Afghanistan des talibans disposait d’un Internet géré et contrôlé par son voisin le Pakistan. Ce pays comptait alors moins d’une centaine d’internautes.
Dans l’opposition, le Commandant Massoud disparu la veille des attentats du 11 septembre disposait également d’une adresse électronique qu’il consultait de temps en temps via un téléphone satellitaire.

Mais un des grands scandales américains de l’an 2000 a été la révélation de l’existence de Carnivore, véritable boîte noire placée chez les fournisseurs d’accès à Internet par le FBI qui permet d’intercepter les communications électroniques des personnes qu’il veut surveiller. Dans la pratique cet outil semble avoir été peu utilisé, il n’a engendré aucune fermeture de site, mais on note la volonté de pouvoir tout contrôler à tout instant.

La liberté de la presse en France et dans le monde est un acquis direct de la révolution de 1789, renforcé par la loi de 1881 sur laquelle aucun pouvoir n’a jusqu’à présent osé revenir si ce n’est dans le cas de la protection de la vie privée.

Une presse plus libre signifie moins de pression de la part  :

· Du pouvoir et des institutions
· Des puissances d’argent
· Des annonceurs
· Des lecteurs

    Le web rend-t-il la presse plus libre ?

Dans la pratique, plus la diffusion est importante, moins elle se permet d’effaroucher l’une ou l’autre des composantes du lectorat. Plus l’audience est forte, moins la presse est libre. Telle est la loi -non écrite-. Cette "loi" permet d’affirmer qu’un pouvoir en place, quel qu’il soit, ne devrait redouter la presse que s’il est déjà largement déconsidéré.

Les éléments de réponse sont largement dépendants des modèles économiques choisis et du positionnement face aux groupes de pression.

L’association Reporters sans Frontières -déclarée d’utilité publique- recense vingt états ennemis d’internet.
Parmi ceux-ci, l’Arabie Saoudite, la Biélorussie, la Birmanie, la Chine, la Corée du Nord, Cuba, l’Irak, l’Iran, la Lybie, la Sierra Leone, le Soudan, la Syrie, la Tunisie, le Viêt-nam ainsi que plusieurs pays d’Asie centrale et du Caucase ont le triste privilège d’y figurer.

Acteur et vecteur d’informations

L’internaute a cette particularité dérangeante qu’il est à la fois acteur et vecteur d’informations et non plus seulement récepteur. Le web ignore les frontières et donne un fort sentiment d’appartenir non plus à un pays mais à une communauté internationale. Ces idées -présentées également comme un vecteur nocif d’occidentalisation des esprits- ne peuvent que déranger les régimes anti-démocratiques.

Un cas extrême est celui du gouvernement de Cuba qui interdit purement et simplement la possession de tout ordinateur personnel, le mot d’ordre étant "limiter le pouvoir d’information du peuple et maintenir le contrôle absolu sur tous les moyens de diffusion de masse" (source : ZDNet / RSF).

Le pouvoir du public

La pression du public n’est cependant pas moins redoutable, elle impose aux rédactions d’en faire "toujours plus" et de se situer aux limites de l’indécence, la presse moderne rappelant souvent les jeux du cirque de Rome. Le cas du reporter indépendant Brice Fleutiaux est frappant. Kidnappé et retenu en otage en Tchétchénie d’octobre 1999 à juillet 2000, il avait fait la "Une" des journaux. C’est toutefois dans l’indifférence générale des médias que -dans la déprime qui s’en est suivie- il s’est donné la mort le 24 avril 2001, à Paris (Source : RSF).

Dans le même ordre d’idées, le cas de l’affaire "Diana" est étonnant si on l’observe avec un peu de recul. Lors de l’accident mortel de la Princesse de Galles fin août 1997, les rédactions de l’époque n’ont pas hésité à mettre en cause leurs propres confrères -sans aucun début de preuve- afin de satisfaire la demande des lecteurs.

Un produit d’appel

Le risque de la cyberpresse est également de se réduire à un produit d’appel sous forme de "remplissage de tuyaux" sans valeur ajoutée réelle (limitation à des dossiers de presse). La tentation est grande pour des géants du cyber-audimat tels que Wanadoo ou Microsoft de proposer des services d’informations complémentaires afin de rendre leurs internautes un peu plus captifs.
Et depuis plusieurs années déjà l’AFP propose un fil d’information à base de dépêches réactualisées en permanence, qu’elle vend à tous les sites qui souhaitent offrir ce service à leurs clients : portails, médias, entreprises’ avec partout les mêmes dépêches au même moment au mépris du principe de pluralisme des lectures.

A l’inverse, le journal Le Monde se diversifie et vend sur son propre site des livres et des places de cinéma avec une billetterie FNAC. Le Monde interactif a racheté le site Musexpo.com, qui est un portail consacré aux expositions et aux spectacles.

Vers une mondialisation des sources

Un autre phénomène est celui de la mondialisation de certaines sources. Une sorte de «  Yalta des images » est en train de s’opérer entre les milliardaires Bill Gates et Paul Getty, propriétaires depuis peu des plus grandes agences de presse photographiques -Corbis, Sygma, Image Bank, Pix, Giraudon, etc., qui se séparent de tous leurs journalistes -quand ils en ont encore- pour ne conserver que les archives, jugées plus faciles à contrôler. Les anciens directeurs d’agences sont remplacés par des comptables.
Les vraies poches de résistance à ce phénomène se situent dans de rares structures de type coopératives telle la célébrissime agence Magnum. Le message du non moins célèbre Henri Cartier-Bresson, fondateur de l’agence Magnum est révélateur :

"Je suis scandalisé par la désinvolture et la cruauté des licenciements massifs par Corbis, de 42 photographes de Sygma.- La compilation d’une banque d’images, aussi bien fournie qu’elle soit, n’égalera jamais un travail d’auteur.- D’un côté c’est une machine, de l’autre un être vivant et sensible.- Corbis n’offre pas le choix."

Henri Cartier-Bresson

    De nouveaux circuits

Mais la cyberpresse introduit également de nouveaux modes de circulation de l’information  : Emergence de nombreuses sources d’information à but non lucratif, tel Reporters Sans Frontières www.rsf.org qui annonce plus de 100.000 consultations mensuelles, niveau de tirage jusqu’alors réservé à la presse professionnelle. Et un organisme tel Amnesty International a pu diffuser ses positions sur les attentats du 11 septembre 2001 pratiquement en temps réel sur son site www.amnesty.org, ou www.amnesty.asso.fr en version française

Dans un autre registre, c’est également ce que fait le ministère de la culture sur son site www.culture.gouv.fr ou même l’Elysée sur son site www.elysee.fr qui va jusqu’à proposer une lettre d’information électronique diffusée gratuitement sur simple inscription en ligne.

La question, à ce stade pour le lecteur, est de pouvoir juger du crédit à accorder à une source marginale d’information. Quand on sait que certaines facultés de droit en France sont encore soupçonnées aujourd’hui de révisionnisme -concernant quelques pages d’Histoire-, la question n’est pas mince.
Car si on observe de nombreux cas de litiges pour une information vraie, rares sont les cas de procès pour une information fausse ou déformée qui arrange un groupe de pression assez puissant pour imposer son point de vue.

    A connaître  :

IRIS (Imaginons un Réseau Internet Solidaire), la principale association française de défense des libertés sur Internet : www.iris.sgdg.org
Le Réseau Voltaire, banque de données consacrée à la lutte pour les libertés et la laïcité : www.reseauvoltaire.net.


Conclusion

Un e-mail envoyé à mille exemplaires est-il toujours une correspondance privée ou devient-il un média ? Le propre de l’Internet est de rendre floues les frontières de toutes natures qui pouvaient exister avant son apparition.

Mais la cyberpresse n’est pas stabilisée. Les tendances qui se dégagent sont comme la météo : elles peuvent changer à court terme, en particulier avec les nouveaux réseaux à haut débit et la télévision numérique. A la fin de l’an 2001, Don Logan (PDG de Time) déclarait lui-même : "l’avenir (de la cyberpresse) est encore très incertain".

La rapidité de l’information
est-elle réellement une valeur fondamentale ?

A première vue, la question paraît absurde, tant la réponse est évidente dans l’air de notre temps.

Pourtant, nous avons vu que l’important n’est pas tant l’information, disponible en surabondance, que le recul nécessaire à son tri et son analyse. A ce stade, l’Internet change-t-il réellement le cours des choses ? Car la différence est subtile entre une information ordinaire et une autre extraordinaire.

Le roi Louis XVI paya en son temps fort cher de n’avoir pas accordé d’importance à une révolte parmi d’autres, portée à sa connaissance : celle du 14 juillet 1789. Son journal en atteste : "14 juillet, aujourd’hui, rien.".
A l’inverse il fallut bien du jugement à Sir Winston Churchill en juin 1940 pour accorder un quelconque intérêt à un sous-secrétaire français à la Guerre, promu général quelques jours auparavant.

Le point important en matière d’information n’est donc pas seulement la rapidité -souvent mise en avant sur le web- mais également la finesse de son interprétation, laquelle nécessite un jugement humain d’une grande acuité. La cyberpresse devra en tenir compte pour conserver et développer toute sa valeur.

Vers une société mondiale de l’information

Le 21 décembre 2001, l’Assemblée générale des Nations Unies, par sa Résolution A/RES/56/183, a donné son aval à l’organisation du Sommet mondial sur la société de l’information (SMSI), qui sera convoqué par les soins du Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies, Kofi Annan, l’Union internationale des télécommunications assumant le rôle de chef de file dans les préparatifs, en coopération avec les organismes des Nations Unies et les pays hôtes.

La décision de tenir ce Sommet découle de la Résolution 73 de la Conférence de plénipotentiaires de l’UIT, résolution ayant entraîné, entre les institutions spécialisées des Nations Unies, des consultations qui ont fait apparaître la nécessité de convoquer un Sommet mondial sur la société de l’information. L’Organe directeur de l’Union internationale des télécommunications (UIT), à savoir le Conseil de l’UIT, à sa session de 2001, a souscrit à la tenue de ce Sommet mondial sur la société de l’information, qui se déroulera en deux phases, tout d’abord à Genève du 10 au 12 décembre 2003 puis à Tunis en 2005.

Le Sommet traitera de la large gamme de questions liées à la société de l’information et permettra de se rapprocher d’une vision et d’une compréhension communes de cette transformation de la société. Le Sommet doit adopter une déclaration de principe et un plan d’action devant faciliter effectivement le développement de la société de l’information et contribuer à réduire la fracture numérique. Le Sommet, qui rassemblera au plus haut niveau les représentants du secteur public, du secteur privé, de la société civile et des organisations non gouvernementales, offrira à la communauté mondiale une occasion exceptionnelle de débattre de la société de l’information et de lui donner forme.

Les thèmes abordés seront :

Construire l’infrastructure
- Rôle des télécommunications, des investissements et de la technologie dans la création de l’infrastructure de la société de l’information et la réduction de la fracture numérique
Ouvrir la voie à la société de l’information
- Parvenir à un accès universel et équitable à la société de l’information
- Répondre aux besoins du monde en développement
- L’information, un bien public commun à tous
Services et applications
- Incidences de la société de l’information au niveau du développement économique, social et culturel
- Conséquences de la société de l’information pour les sciences
Besoins des utilisateurs
- Protection des consommateurs, confidentialité et sécurité
- Contenu applicable, reflétant la diversité des cultures et le droit à la communication
- Ethique de la société de l’information
- Formation des utilisateurs
- Protection des travailleurs et sphère privée sur le lieu de travail
Développement du cadre
·- Rôle des pouvoirs publics, du secteur privé et de la société civile dans la définition de la société de l’information
- L’information, bien public commun à tous (l’information, domaine public)
- Droits de propriété intellectuelle et exceptions juridiques
- Liberté d’expression
- Politiques tarifaires de l’accès aux télécommunications et à Internet
TIC et enseignement
- Les TIC comme levier pour un changement dans l’enseignement
- L’environnement éducatif : TIC, enseignants, étudiants et contenu
- Les besoins des travailleurs d’aujourd’hui

Dans le contexte, ce sommet méritera notre plus grande attention.

 

Nous remercions M. Jean-Louis Weissberg
Professeur à l’université Paris XIII de Villetaneuse
Pour sa contribution à l’élaboration de ce dossier
dans le cadre de ses cours sur les enjeux du multimédia.
Paris, le 26 avril 2002
Muriel Courjal
Michel Prik


Epilogue

Impact des élections présidentielles
sur l’audience des principaux sites médias :

(Source Journal du Net / cybermétrie)
L’audience des dix premiers sites médias
(nombre de visites)
Médias
Dimanche
Audience (lundi)
Commentaires
LeMonde.fr
207.055
687.401
Partenariat éditorial et technique
TF1.fr
260.099
397.341
Libération.fr
86.580
360.614
LeFigaro.fr
44.877
187.534
France Télévision
93.939
147.116
Les sites France2.fr et France3.fr
LeParisien.fr
28.209
108.716
Radio France
65.806
108.002
Radio-France.fr, France-Info.com,FranceInter.com
Europe1 Interactive
44.648
100.723
Groupe Nouvel Obs
31.222
72.804
Courrier International
9.306
52.113

Quatre des neuf sites étudiés ont subi des dégradations du service, en raison d’une forte affluence de visites juste après la publication des résultats. Les sites de Libération et France 2 ont plus particulièrement souffert, avec des taux de disponibilité très dégradés (respectivement 52,38% et 57,1%).

Performance des sites médias au cours de la soirée électorale
Sites
Temps de chargements en seconde (variation par rapport à une semaine normale) (1)
Taux de disponibilité(2)
Yahoo.fr
3,9 (-25%)
100%
LeFigaro.fr
6,6 (-15%)
100%
RTL.fr
14,3 (-26%)
100%
Radio-France.com
17,3 (+29%)
95,2%
Europe1.fr
17,9 (-29%)
100 %
TF1.fr
19,9 (-25%)
100%
LeMonde.fr
22,6 (+ 5 %)
95,2%
France2.fr
31,3 (+130%)
57,1%
Libération.fr
37,9 ( + 146%)
52,38%

(1) Moyenne du temps de chargement de la page d’accueil et de l’enchaînement au dossier "spécial élection" du site durant la soirée électorale. Le pourcentage entre parenthèses constitue la variation observée par rapport au temps de chargement observé en moyenne sur une semaine "lambda".
(2) Taux enregistré lors de la soirée électorale (19h00 - 00h00).


Références bibliographiques

 

Ouvrages et articles « papier » :

Les Métiers du journalisme François Vey,
Dominos Flammarion 2000

La Presse quotidienne Philippe Robinet et Serge guérin,
Dominos Flammarion 1999

Paris et Enjeux de la Presse de demain Sylvie Courcelle Labrousse et Philippe Robinet,
Pug 1987

La Presse écrite Jean-Christophe Brochier,
Hatier 1984

La presse sur Internet Charles de Laubier
Puf 2000

Plaidoyer pour une presse décriée
Philippe Bilger filippachi 2001

7 ans d’aventures Internet en France
Libération Hors-série décembre 2001

Les ennemis d’Internet -les entraves à la circulation de l’information sur Internet- Rapport 2001Reporters sans frontières -
Transfert.net Zéro Heure

Guide nFactory (centrale d’achat de contenu spécialisé pour site intenet)

Sale temps pour la presse en ligne Stéphane Artéta,
Nouvel Observateur 21-27 février 2002

L’information de presse électronique : état des lieux, droits et usages Claude-Marin Herbert Mémoire dans le cadre d’un projet professionnel personnel de bibliothécaire à l’Ecole nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques

Fiches de sociétés Kompass

    Presse en ligne :

www.toutsurlacom.com
www.journaldunet.com
www.lemonde.fr
http://news.zdnet.fr
www.uzine.net
www.juriscom.net
www.cfpj.com
www.ftpress.com
www.monde-diplomatique.fr
www.jliste.net
http://membres.lycos.fr
www.mmedium.com
Le Journal du Net du 13/7/2001
Le Monde Interactif du 13/7/01
Marc Laimé "Les médias dans l’oeil du cyclone" sur le site www.uzine.net . Voyage dans un avenir incertain Katherine Fulton www.lire-francais.comObservatoire de la cyberpresse www.ee-30.net