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Bilan de la Photokina (Cologne, octobre 2004)

le point de vue de Jean-Paul Gandolfo, enseignant à l’ENS Louis-Lumière

lundi 21 mars 2005

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Sommaire

- Evolutions récentes page 2
- Secteur amateur page 3
- Secteur professionnel page 4


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Ambiance

La dernière édition de la PHOTOKINA, salon mondial des techniques de l’image, s’est tenue au centre des expositions de Cologne, en octobre 2004. À ce jour, c’est le seul salon qui permette une réelle confrontation des différents marchés de la photographie, tels qu’ils se présentent sur l’ensemble des continents, offrant ainsi un lieu privilégié pour l’observation des mutations qui s’appliquent aux professions de l’image.


- Evolutions récentes

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Kina 2004

Lors de la Photokina 2002, nous avions pu constater l’arrivée à maturité des outils d’acquisition (boîtiers de prise de vue, dos numériques, scanners) destinés au marché amateur avec les répercussions prévisibles concernant un reflux inévitable du marché argentique. Deux années plus tard, nous assistons effectivement à un retournement historique des tendances sur ce marché avec une érosion significative des volumes, qu’il s’agisse du nombre de bobines vendues ou des tirages réalisés. Pour mémoire, il faut se souvenir que le marché de la photographie amateur, pour ce qui concerne les tirages couleur, était en progression constante depuis près d’un demi-siècle. Dans ces conditions, le coup de frein brutal auquel nous assistons aujourd’hui - 10 à 25 % selon les domaines d’activité - déstabilise l’ensemble d’un secteur industriel qui s’était structuré autour de l’idée du caractère durable de cette expansion. Les observateurs avaient bien perçu le caractère prescripteur des outils d’acquisition numérique mis à la disposition des amateurs en termes de nombres d’images produites, mais ils avaient sous évalué les répercussions économiques des nouveaux comportements qui émergeaient comme le tri sélectif désormais accessible avant l’opération de tirage ainsi que les nouvelles formes de partages des images excluant le tirage papier, comme la transmission par mail ou l’observation directe sur écran et l’intégration dans des bases de données, qui permettent d’avancer une première interprétation concernant cette érosion du tirage papier. Le début de l’année avait été marqué par les déclarations de restructuration faites par Kodak sur le repositionnement de son outil industriel qui se sont traduites par le départ de plusieurs milliers d’employés. Ces annonces ont été suivies par celles des émulsionneurs européens Agfa et Ilford dans les derniers jours du mois d’août. Les articles publiés par la presse généraliste ont amplifié la perception de cette mutation au niveau du grand public, les commentaires allant même parfois jusqu’à prédire une disparition sur le court terme des surfaces sensibles traditionnelles, alors qu’en réalité, on assiste à une restructuration pragmatique d’un secteur qui se trouve, objectivement, en situation de surproduction et qui doit s’adapter aux nouveaux comportements de la clientèle amateur qui représente l’essentiel de son activité. Le marché de l’argentique, dont le reflux est pondéré par les ventes réalisées en Chine et en Inde, est estimé à deux milliards de bobines à l’horizon 2010 (soit une décroissance d’environ 30 % sur dix ans).


- Secteur amateur

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Kina 2004

Sur le marché amateur, on trouve aujourd’hui des boîtiers compacts équipés de capteurs à 8 mégapixels qui rivalisent - en termes de définition - avec certains équipements professionnels ; ces derniers conservant leur suprématie au niveau des cadences de prise de vue, du choix des paramètres de prise de vue ou encore des performances en lumière faible. À moyen terme, on devrait assister à une extension de la définition des capteurs qui pourrait atteindre des valeurs comprises entre 10 et 12 mégapixels, couvrant amplement les applications correspondant à ces équipements, mais l’escalade à la performance des capteurs, qui a marqué le secteur depuis les années 1990, semble en voie d’extinction. Les enjeux industriels sont aujourd’hui recentrés sur les stratégies à mettre en place pour maîtriser la volatilité associée à ces nouvelles images en incitant les amateurs à commander des tirages sur papier dans les réseaux spécialisés (laboratoires industriels de façonnage, minilabs de proximité, laboratoire en ligne sur internet). La dernière campagne publicitaire réalisée par Kodak, et montant des utilisateurs dépités brandissant des cadres vides, avait au moins le mérite d’être dépourvue de toute ambiguïté concernant le manque à gagner des opérateurs présents sur ce marché. Pour mémoire, on peut rappeler que cette activité représentait environ 50 % du volume d’affaires du secteur photographique, et dégageait des marges bénéficiaires significatives que l’on ne retrouve pas sur les ventes d’équipements numériques. Les bornes - ou kiosques - qui permettent de transmettre des ordres de travaux photo représentent la réponse des industriels à la dissémination de leur clientèle. Elles étaient déclinées, avec des solutions techniques variées (tirage argentique conventionnel, impression numérique) sur un nombre important de stands.


- Secteur professionnel

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Kina 2004

La dispersion des sociétés opérant sur ce secteur dans l’ensemble des halls de la foire - avec une logique que les visiteurs réguliers de Photokina n’ont pu percevoir - était révélatrice de l’état d’indécision des organisateurs concernant le classement des activités photographiques en ce début de vingt et unième siècle. Néanmoins, dans un souci d’objectivité, il faut bien reconnaître que le reproche de cette apparente désorganisation ne pouvait leur être fait tant que les industriels concernés n’auront pas retrouvé une visibilité qui dépasse le court terme.
Sur le terrain de l’acquisition, le marché des dos numériques amovibles pour boîtiers moyen format occupe une place privilégiée. La fusion récente entre le fabricant suédois d’appareils moyen format Hasselblad (racheté il y a peu par le groupe chinois Shriro opérant à Hong Kong) et Imacon (société danoise spécialisée dans les dos numériques et les scanners), devrait exercer une force stimulation sur ce secteur. Les évolutions les plus importantes portent sur l’augmentation de la définition des capteurs et l’autonomie des dispositifs qui devraient, à terme, accéder à la portabilité des dos traditionnels pour films. La firme japonaise Mamiya présentait un concept innovant de boîtier numérique moyen format, le ZD, intégrant un capteur de 22 mégapixels.

La disparition des halls autrefois consacrés aux activités de traitement était en phase avec la mutation des activités de laboratoire qui sont aujourd’hui assurées, pour une part importante, par les photographes eux-mêmes. Ces derniers devant, non seulement s’approprier ces compétences autrefois dévolues en exclusivité aux laboratoires, mais également mettre en place des stratégies économiques qui permettent de rémunérer au juste prix cette extension de leur domaine d’activité. Les laboratoires spécialisés conservent néanmoins un caractère incontournable pour les prestations réclamant des équipements spécialisés (impression très grand format pour accrochages intérieur ou extérieur, impression en volume sur véhicules, tirage numérique en nombre ...) ou pour les activités que le photographe désire déléguer à un prestataire extérieur. Dans ce domaine, on peut citer les activités de stockage, de conservation à long terme et de communication des archives photographiques numériques en cours de constitution, et qui exigent des stratégies affinées et des investissements conséquents pour être réellement opérationnelles. Plusieurs sociétés opérant dans ce domaine (logiciels d’archivage, mémoires, prestation de service ...) étaient représentées. Ce secteur représente un des enjeux déterminants pour les années à venir, à l’image de ce qui peut être observé dans l’audiovisuel.

Dans le secteur de la photographie, comme dans celui du son ou de l’image animée, les industriels impliqués dans la fabrication , le stockage et la gestion de l’information numérique (cartes mémoire, disques durs, réseaux et serveurs ...) ainsi que sa diffusion (opérateurs de télécommunication) sont, dans l’état actuel du marché, les réels bénéficiaires de ces nouveaux usages de la photographie, avec des volumes d’affaires importants et des marges significatives. La présence de l’opérateur national Deutch Telecom et du fabricant de téléphones mobiles Nokia, réunis, face à face dans un même hall, offrait au visiteur du salon une préfiguration des évolutions à venir. En 2004, la vente des caméraphones (téléphones mobiles équipés d’un appareil photographique numérique) dépasse déjà celle des boîtiers de prise de vue numériques dont les ventes devraient décliner dans les années à venir.

Paradoxalement, cette Photokina n’aura pas été marquée par le déferlement de nouveautés auxquelles nous avaient habitué les précédentes éditions. Nous entrons progressivement dans le deuxième âge de la photographie numérique avec des outils matures qui concilient la performance technique et l’accessibilité économique. Reste à définir de nouvelles logiques - esthétiques, techniques, économiques, mais également culturelles - qui permettent de les intégrer de manière cohérente dans les univers de la photographie amateur et professionnelle.

Rendez-vous à la prochaine Photokina (27 septembre- 3 octobre 2006) pour appréhender les nouveaux contours de la photographie.
Jean-Paul Gandolfo
Enseignant ENS Louis-Lumière

Article initialement paru sur le site de l’ENS Louis Lumière

Voir en ligne : www.photokina.de

P.-S.

Photographies 2004 par Jean-Paul Gandolfo

Portfolio

Kina 2004

2 Messages de forum

  • Bilan de la Photokina (Cologne, octobre 2004) 25 août 2006 09:26, par Taland daniel
    avec l’arrivée de l’ordinateur des écrans
    lcd et plasma la photo numérique s’oriente vers l’image audio visuelle
    peut-être allons nous voir des prochaines
    expositions photo réalisées avec des téléphones portables avec la photo argentique nous palpions la matière du film ou du papier photo avec la photo numérique tout ce passe à l’écran de l’ordinateur elle est plus axée pour le besoin ou l’utilité des autres