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Mémoire

L’intimité dans le photo reportage

Mémoire de Claire Lise Havet (Photo 2007) - Directeurs de mémoire : Françoise Denoyelle et Michel Philippot

jeudi 30 juin 2011

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Le mémoire intitulé L’intimité dans le photoreportage moderne a pour ambition d’étudier les rapports intimes qui se nouent entre le photographe et son sujet dans un travail de photoreportage pour montrer s’ils peuvent ou non enrichir son propos.

Ce questionnement est né d’interrogations personnelles sur la juste distance à avoir dans un travail informatif, qui reste bien souvent motivé par des intérêts propres au photographe. Cette question essentielle montre l’ambiguïté du rôle du photographe, qui dans sa sensibilité et son approche délivre un témoignage authentique qui, théoriquement, devrait pourtant rester exempte de jugements ou d’affect personnels pour prendre place dans la sphère de l’information. Il convient d’étudier en premier en lieu la complexité de la pratique photographique pour en montrer l’étonnant paradoxe entre une neutralité mécanique et une intentionnalité subjective.

Depuis les premières utilisations du médium dans la presse d’information jusqu’à la remise en cause du rôle et de la présence de celui-ci, des photographes prennent peu à peu conscience des capacités interprétatives et suggestives de la photographie et s’émancipent du simple rôle de « copieurs du réel » qu’on leur assigne souvent. Le développement de la télévision sur les terrains d’informations et les progrès techniques ont bousculé les pratiques de toute une profession, laissant aux seuls photographes d’agences contraints à l’immédiateté imposée par cette industrie, le soin de documenter les soubresauts de la planète.

Ces changements ont poussé les photographes à trouver d’autres concepts et d’autres représentations pour faire valoir la singularité de la photographie sur le terrain des formes comme sur celui de l’information. Ils ont ainsi réduit la distance entre leur propre intimité et leur sujet, affirmé leur point de vue et leurs états d’âmes en s’exprimant à la première personne, et cherché d’autres moyens de diffuser et de montrer leurs travaux. Leur engagement intime et personnel manifeste pour certains une attitude et une volonté politique de proposer une alternative humaine et sensible aux lecteurs/spectateurs qui se perdent aujourd’hui dans le foisonnement d’images auquel ils ne peuvent échapper.

On peut pourtant s’interroger sur le bien fondé de ces démarches qui peuvent laisser pressentir une dimension narcissique et égotiste, en contradiction avec la volonté première d’informer et de partager du photoreportage. Dans cette ambiguïté se pose la question essentielle du rapport à l’« Autre », l’« Autre » photographié et l’« Autre » à qui le photographe s’adresse.