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Mémoire

La temporailté cinématographique

Mémoire de Sylvain Duchêne (Ciné 2007) - Directeur de mémoire : Alain Bergala

jeudi 11 août 2011

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C’est toute la force de la vision deleuzienne du cinéma de se tenir au plus près du procédé cinématographique tout en lui donnant une conceptualisation jusque là inégalée en terme de rigueur et d’opérabilité.

Si, selon Pierre Macherey, Althusser aurait tenter de « donner au marxisme la “ métaphysique ” qu’il mérite », nous serions tentés de détourner cette formule au profit du cinéma, Deleuze ayant alors donné à ce dernier la « métaphysique » qu’il méritait, la formule acquérant du même coup une certaine ironie, Deleuze étant de ceux pour qui la mort de la philosophie n’avait aucun sens, fut-ce dans l’un de ses dépassements. Les guillemets, qui dans la citation originale faisaient fonction de mise à distance de ce mot honnis, n’ont plus lieu d’être et ce d’autant moins que Bergson, sur qui Deleuze fonde sa théorie, est très certainement l’un des derniers représentants d’une métaphysique (spiritualiste dualiste en l’occurrence) moribonde en tant que système.

En saisissant qu’il ne pouvait théoriser le cinéma sans mettre le procédé au coeur de son système, et à la suite d’Epstein (débarrassé des présupposés scientifiques et de toute pratique personnelle), de Bazin (débarrassé de l’ontologie et de la morale) et de Tarkovski (débarrassé de toute dimension religieuse) Deleuze avait saisi la nature fondamentale du cinéma comme art visuel du temps. Car c’est bien dans le procédé que prend racine la « métaphysique » du cinéma. Deleuze fut un philosophe qui, selon ses propres termes, pensait « avec » ses prédécesseurs, en ami, pour élaborer sa propre pensée. Même cette oeuvre tardive sur le cinéma, à une époque où il admettait être arrivé au « travail de la couleur », perpétue cette approche où l’histoire de la philosophie n’est jamais dissociable de la construction de sa pensée (l’image-mouvement et l’image-temps sont aussi une réflexion sur l’évolution de la pensée). Il en va d’ailleurs de même pour Pierce dont il remanie fortement et élargie le répertoire de signes.

Avec le concept d’image-mouvement et à plus forte raison avec celui d’image-temps, Deleuze mettait définitivement le temps au coeur de l’image cinématographique.