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Mémoire

Evolution du métier de chef-opérateur, animation et effets spéciaux

Mémoire d’Antoine Aybes-Gille (Ciné 2006) - Directrice de mémoire : Francine Lévy

lundi 27 juin 2011

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Le numérique implique une redéfinition des contraintes de production. Nous développons ici l’idée qu’une nouvelle organisation du processus de création est nécessaire. Ce nouvel agencement tient compte de la fin d’une logique de “cascade analogique” et de la concrétisation de l’idée du “chaudron numérique”. Grâce à cette approche le numérique développe ses potentialités en permettant de fondre l’ensemble des informations-images en un magma unique malléable par tous.

Cette mutation touche autant l’organisation des talents, que les talents eux-mêmes. Les professions les plus affectées et que nous étudions dans ce mémoire, sont celles de directeur de la photographie et de superviseur des effets spéciaux et visuels. Afin de placer cette recherche et le changement que nous entendons, dans la perspective du premier technicien d’un art vieux de plus de cent ans, nous débutons l’étude par un historique synthétique du métier de directeur de la photographie. Nous abordons alors les différentes révolutions techniques que le cinéma a connues et que ses opérateurs ont intégrées et travaillées.

Ces évolutions plus ou moins brutales ont sans cesse changé l’environnement et les compétences du directeur de la photographie, mais jamais son métier : faire une image. Nous nous intéressons ensuite aux effets visuels et spéciaux, d’abord pour les définir, et ensuite pour étudier leurs impacts sur le métier de l’opérateur. Au coeur de ces effets, le compositing, ou composition différée que nous étudions de manière approfondie. Étant une manipulation directe de l’image, le compositing est de la responsabilité du directeur de la photographie, sans pour autant être de son ressort…

Après avoir rappelé les ancêtres du fond bleu et de l’incrustation numérique, nous envisageons les paradoxes qu’ils impliquent du fait de la division du travail de l’image et de l’introduction d’un écart dans sa création. En augmentant, la quantité d’effets et l’écart ont favorisé l’émergence du poste de superviseur des effets spéciaux et visuels. Nous étudions donc comment le rôle de ce technicien aux champs d’intervention multiples est avant tout de veiller à la bonne communication entre le plateau et les stations de travail de l’image. Une communication que le superviseur doit penser du story-board à l’étalonnage.

Aujourd’hui le métier change et des profils nouveaux, plus adaptés à la nouvelle organisation dûe au numérique, semblent pouvoir émerger et faire valoir au delà de la mise en oeuvre technique, un regard critique sur l’image et sa création. Parce que définie comme de plus en plus proche des effets, nous étudions ensuite l’animation pour ses outils et ses techniques propres. En effet, ses productions impliquant une quantité de travail sans comparaison avec le cinéma traditionnel, l’animation a dû développer une conception décomposée de l’image par calques au temps de la 2D. Une conception qu’elle a fait évoluer en passes d’informations avec la 3D. D’autre part, mais nous intéressant également, la création de synthèse étant encore dans une recherche du photo-réalisme, l’animation étudie le réel et approche ses techniciens.

Enfin nous croisons ces approches, et parce que le numérique permet et favorise par sa nature vidéo, la décomposition et la recomposition de l’image, nous mettons en avant l’intérêt qu’à l’opérateur à s’approprier la réflexion par passes 2D. Cette conception que nous trouvons aujourd’hui dans l’étalonnage numérique est complémentaire de l’image et est à faire dialoguer avec la réalité tri-dimensionnelle du plateau. Nous étudions aussi le rapport entre Virtuel et Réel, afin de mieux cibler les possibilités et les atouts de chacun dans la captation et la création d’informations pour l’image de cinéma.

Cette distinction des possibles nous permet enfin de penser la nouvelle logique d’organisation de la profession face au numérique, une organisation à redéfinir perpétuellement en fonction des besoins du film, et où il revient à l’opérateur et au superviseur de connaître les possibles de l’autre afin d’évaluer la nature captée ou de synthèse, du centre de gravité de l’image en création.